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🔮 PROTAIS AYANGMA: « Pour la paix, le pouvoir doit discuter avec Ayuk Tabe et les autres sĂ©paratistes, mĂȘme en secret »

Protais AYANGMA a Ă©tĂ© Directeur GĂ©nĂ©ral Afrique Centrale du Groupe Colina et Ă  la Direction gĂ©nĂ©rale de Colina-Cameroun. Ce fondateur de plusieurs entreprises d’assurance et patron du groupement patronal E CAM ne se refuse pas le droit d’exprimer ses points de vue, en particulier par rapport Ă  la crise sĂ©curitaire des rĂ©gions du Nord Ouest et Sud Ouest comme dans cet Ă©ditorial.

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Que la paix rĂšgne au Cameroun.

Tous les observateurs de la vie politique camerounaise sont d’accord sur un fait : l’annĂ©e 2019 aura Ă©tĂ© une annĂ©e sombre. Non tenue de la Can, durcissement de la crise du Nord Ouest – Sud Ouest, crise post-Ă©lectorale, catastrophes de tous genres (incendie de la Sonara, Ă©boulement de Gouache, hĂ©catombes routiĂšres
). La coupe est pleine !

Mais tel le roseau de la fable, le Cameroun a pliĂ©, mais n’a pas rompu, Ă  la surprise de maints observateurs, compte tenu de la puissance et de la rĂ©currence des rafales qui se sont abattues sur le pays. Mais cette forte rĂ©silience ne doit pas nous abuser car le pays est Ă  bout et a atteint les limites extrĂȘmes de sa rĂ©sistance. Et nous n’avons d’autre option aujourd’hui que la paix. Nous devons donc concentrer toutes nos forces, nos Ă©nergies, nos intelligences Ă  la rĂ©solution de la crise du NoSo.

Nous devons surcapitaliser sur les quelques signaux bien faibles Ă©mis par le gouvernement mĂȘme s’ils sont parfois immĂ©diatement contrariĂ©s par des signaux contraires, brouillant toute visibilitĂ© et toute lisibilitĂ© de la politique du gouvernement.

Certes le Grand dialogue national n’a accouchĂ© que d’une petite souris, mais elle peut et doit ĂȘtre cette Ă©tincelle qui va, grĂące aux efforts de tous, permettre le retour Ă  une paix durable.
Trop peu, trop tard ont pu penser, non sans raison, certains. Mais nous devons nous accrocher Ă  la plus petite lueur d’espoir, fut-elle Ă©vanescente, et la raviver. Dommage que le chef de l’Etat, lors de son dernier message Ă  la nation, soit restĂ© dans une logique guerriĂšre, alors que que les derniers actes (Grand dialogue, arrĂȘt des poursuites
) laissaient plutĂŽt penser que nous Ă©tions dans une logique d’apaisement.

La paix, contrairement Ă  la guerre est un construit. Parfois par petites touches. Nous devons rĂ©tablir la confiance, mise Ă  mal par des promesses non tenues, des gentlemen agreement bafouĂ©s, des attitudes condescendantes
La grande et trĂšs coĂ»teuse messe du dialogue national doit laisser la place Ă  de petits dialogues, plus restreints, plus discrets, et mĂȘme secrets, avec les vĂ©ritables reprĂ©sentants des sĂ©cessionnistes. Le pouvoir doit discuter et transiger avec Ayuk Tabe et les autres. Il n’y a pas d’autre solution. Et nous finirons tĂŽt ou tard par lĂ . N’en dĂ©plaise aux bellicistes et autres pyromanes dĂ©guisĂ©s en pompiers.

Les personnalitĂ©s les plus clivantes et controversĂ©es et qui cristallisent la colĂšre des sĂ©cessionnistes doivent ĂȘtre Ă©cartĂ©es et Ă©ventuellement recasĂ©es dans nos nombreuses reprĂ©sentations diplomatiques aujourd’hui sans plĂ©nipotentiaire.

L’Ă©lite anglophone modĂ©rĂ©e, jusqu’Ă  prĂ©sent silencieuse, doit donner de la voix et s’impliquer dans le processus de paix. Elle ne plus laisser le terrain Ă  des charlatans qui n’ont aucune lĂ©gitimitĂ©.
De mĂȘme que la diaspora anglophone, trĂšs puissante et trĂšs influente, et dont le rĂŽle et le statut doivent ĂȘtre valorisĂ©s. Elle a les moyens de faire terminer cette guerre. C’est elle (la diaspora) qui la finance et qui l’inspire. Elle est donc une partie de la solution et des discussions de haut niveau (Premier ministre, trĂšs proches collaborateurs du chef de l’Etat) doivent ĂȘtre engagĂ©es avec elle sans dĂ©lai et sans conditions.

PlutĂŽt que des caravanes d’aide alimentaire dont la gestion reste questionnable, la reconstruction, notamment des Ă©coles, des hĂŽpitaux, pourrait dĂ©jĂ  commencer dans les zones sĂ©curisĂ©es pour mitiger cette impression de dĂ©solation et d’abandon et pour montrer que la vie finalement est au-dessus de la mort. J’ai vu au Liban les bĂątiments et les rues reconstruites aprĂšs chaque bombardement.

La paix doit ĂȘtre pour tout Camerounais un impĂ©ratif catĂ©gorique, un dĂ©fi obsessionnel, une idĂ©e fixe dont nous devons tous poursuivre la rĂ©alisation avec acharnement.

Tous les Camerounais devraient donc, Ă  l’image de ce censeur romain Caton qui voulait tellement que Carthage soit dĂ©truite, qu’il ponctuait tous ses discours de « delenda Carthago », Eh bien nous aussi si toutes nos pensĂ©es convergeaient vers cet objectif, si tous nos discours commençaient et se terminaient par « Que la paix rĂšgne au Cameroun », la force de cette suggestion partagĂ©e, pourrait devenir rĂ©alitĂ©. Comme Carthage a fini par ĂȘtre dĂ©truite.

Nous pourrons alors une fois la paix retrouvée, relancer avec force et vigueur notre économie et retrouver les chemins de la croissance et du progrÚs social.
Bonne et heureuse année 2020.

QUE LA PAIX RÈGNE AU CAMEROUN !

Protais Ayangma Amang

Éditorial à lire dans Mutations

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ABK ACTU

🔮 Opinion-Gaston Kelman: L’affaire Charlotte Dipanda ou l’artiste victime du syndrome du messianisme en politique camerounaise

« Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes. Ils peuvent se tromper comme les autres hommes ». Il en va de mĂȘme pour les princes de nos scĂšnes, de nos Ă©crans et de nos stades.

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Les artistes ont le droit d’avoir des opinions. Ils ont aussi le droit de les exprimer comme tout le monde. GĂ©nĂ©ralement selon le niveau de leur talent, leur opinion est courtisĂ©e. La maĂźtrise de leur art en fait des alliĂ©s ou des adversaires redoutables pour les hommes et les structures ayant besoin de visibilitĂ©. On recherche leur compagnie. Ils apparaissent aux cĂŽtĂ©s des candidats dans les campagnes Ă©lectorales et les meetings en tout genre. Ils s’affichent sur les supports publicitaires, pour les causes humanitaires. NĂ©anmoins, s’ils lisent la piĂšce de thĂ©Ăątre de Corneille intitulĂ©e le Cid, ils tomberont sur le passage oĂč le Comte, pĂšre de ChimĂšne commente en ces termes, le choix du roi portĂ© sur le pĂšre de Rodrigue pour l’éducation du prince. « Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes. Ils peuvent se tromper comme les autres hommes Â». Il en va de mĂȘme pour les princes de nos scĂšnes, de nos Ă©crans et de nos stades.

Le problĂšme pour les stars camerounaises, c’est qu’elles appartiennent Ă  un pays oĂč la quĂȘte de Messies et de boucs Ă©missaire a fait que l’artiste, comme d’autres personnalitĂ©s,  porte une charge qui n’est pas la sienne. Le deuxiĂšme malheur, plus grave encore, c’est que certains de ces artistes se sont pris au jeu comme s’ils ne pouvaient pas exister sans cette autre reconnaissance du petit peuple. On les Ă©rige en messies et ils croient qu’ils en sont. Alors, on observe souvent des situations cocasses. Certains tombent purement dans un Ă©tat psychotique, sinon nĂ©vrotique. Dans un dĂ©lire profond, ils inondent la toile de multiples apparitions quotidiennes, lancent des dĂ©fis donquichottesques, engagent des paris grand-guignolesques, se font spĂ©cialistes de tout et de son contraire, bombent le torse, sermonnent Ă  qui mieux-mieux, insultent Ă  tire-larigot, bavent des insanitĂ©s, et au bout de ce combat contre des ombres qui ont envahi leurs tĂȘtes, deviennent la claire image mĂ©phistophĂ©lique de la haine de soi postcoloniale que je dĂ©finissais dans une rĂ©cente chronique.

Si l’artiste a droit Ă  la parole comme tout citoyen, le fait de maĂźtriser un art le rend-il apte Ă  traiter de tous les sujets ? Pourquoi ne privilĂ©gierait-il pas l’utilisation des moyens dont il dispose pour servir son pays ? Bien entendu, ce service n’exclut pas un engagement politique. Nous allons poser ici quelques portraits de l’artiste camerounais face aux soubresauts politiques de l’heure.

Les formes de l’expression des artistes

Au moment oĂč je trace cette prose malhabile, un internaute – Moussa Njoya, Ă  tout seigneur tout honneur – nous propose un texte d’anthologie sur « l’artiste engagĂ© en dictature : le cas de Fela Kuti Â». Alors, on entend le silence de la magnificence et on parodie CĂ©saire car ici, les chiens se taisent, tous les chiens, ceux de François Mitterrand pleurant BĂ©rĂ©govoy, comme ceux qui suivent la caravane. A ceux qui savent reconnaĂźtre les pĂ©pites d’internet et se remettre en cause, je conseille de lire ce texte. « Les exemples vivants sont d’un autre pouvoir Â», disait Corneille dans le Cid.

Les artistes peuvent s’exprimer. Mais ils doivent tenir compte du contexte. Le contexte politique camerounais est spĂ©cial. Aujourd’hui il est gangrĂ©nĂ© par le syndrome du Messie cĂŽtĂ© face et celui du punching-ball, cĂŽtĂ© pile. Chaque pays a les dirigeants qu’il mĂ©rite. Le Camerounais a maladivement besoin des dirigeants Ă  qui il a quelque chose Ă  reprocher. Ce qui lui permettra de museler la petite voix qui lui rappelle ses propres turpitudes. Ensuite, il se prĂ©sentera l’élu de sa quĂȘte comme un Messie. Paul Biya de par sa longĂ©vitĂ© au pouvoir, son Ăąge et son bilan que ses opposants trouvent mĂ©diocre, est l’épouvantail rĂȘvĂ© des corbeaux criards de la nĂ©crophagie et des porcs de la scatophagie ambiantes. On l’a vu, on l’a voulu, on l’a prĂ©dit mort si souvent qu’il est bien au-delĂ  des neufs vies de la rĂ©sistance du chat.  Le mĂȘme Biya pour ses partisans, cĂšde la place du diable Ă  son ministre et thurifĂ©raire d’hier, aujourd’hui dĂ©sireux prendre la place du vizir, et revĂȘt l’habit du Messie crĂ©ateur des crĂ©atures. Kamto le sus-dĂ©crit ancien thurifĂ©raire est quand Ă  lui une maniĂšre de dieu de l’Olympe et qui ose le toucher ou tout simplement en soutenir un autre, est menacĂ©, maudit, honni banni, agoni d’anathĂšmes. MĂȘme le jeune Cabral Libii n’a pas Ă©chappĂ© Ă  cette peste messianisante, en qui ses nombreux adeptes voient ni plus ni moins que la rĂ©incarnation du Messie Mpodol Ruben Um NyobĂš. Devant cette foire existentielle, l’artiste a le choix. Seulement, l’artiste est Camerounais. Alors l’artiste camerounais se jette souvent dans la mĂȘlĂ©e. Pourtant d’autres voies sont possibles.

Les artistes peuvent s’exprimer. Mais ils doivent tenir compte du contexte. Le contexte politique camerounais est spĂ©cial. Aujourd’hui il est gangrĂ©nĂ© par le syndrome du Messie cĂŽtĂ© face et celui du punching-ball, cĂŽtĂ© pile. Chaque pays a les dirigeants qu’il mĂ©rite.

Nous avons vu dans le pays voisin, le modĂšle Fela Kuti. HĂ©las, nous n’avons pas cette envergure chez nous, ni dans la connaissance, ni dans l’action. Nous avons eu plus grand dans un autre registre. C’est Manu Dibango. Le plus grand musicien d’Afrique de tous les temps ne s’est jamais permis de prendre la parole en politique. Il n’a jamais essayĂ© d’influencer l’opinion publique. Il n’a jamais Ă©tĂ© donneur de leçons. Il n’a jamais insultĂ© personne. Il savait que l’homme n’est ni ange ni bĂȘte. Mais il connaissait aussi la suite de cette maxime de Blaise Pascal. Il savait qu’il n’y a ni Messie ni diable sur la terre et que chacun doit remplir sa mission en bon citoyen. Il savait surtout qu’il y avait un long processus vers la libĂ©ration des peuples et que c’est comme musicien qu’il allait y jouer un rĂŽle et non comme insulteur, aboyeur et donneur de leçons.

Nous observons parfois des artistes qui savent garder leur place avec beaucoup clairvoyance. Je me souviens du temps oĂč en France, on donnait la parole aux rappeurs et aux sportifs noirs sur tous les sujets. Il faut leur reconnaĂźtre que globalement, ils Ă©vitaient le piĂšge et ne se prenaient pas pour ce qu’ils n’étaient pas. Un jour, je me suis retrouvĂ© sur le plateau de France 2 pour parler de la sociologie des banlieues, avec un jeune rappeur qui caracolait en tĂȘte du hit parade. Toute la France avait pour lui les yeux de ChimĂšne. Il Ă©tait jeune beau et bourrĂ© de talent. J’ai pu apprĂ©cier la grandeur de ce garçon. Il n’a pas arrĂȘtĂ© de s’excuser d’ĂȘtre lĂ . Il disait, « je ne comprends pas pourquoi on m’a invitĂ© sur le mĂȘme plateau que les spĂ©cialistes comme Monsieur Kelman». Chaque fois qu’il devait intervenir, il me regardait pour quĂȘter mes encouragements, parce que j’étais le seul autre noir du plateau, mais surtout – il me l’avouera – parce qu’il avait lu mes Ɠuvres et apprĂ©ciait ma grande maĂźtrise du sujet.

Puis il y a la foule des exubĂ©rants, experts en tout, qui savent tout. Cette lĂ©gion d’imbĂ©ciles que Umberto Eco ce spĂ©cialiste de la communication, a su si bien dĂ©finir. Au Cameroun, aujourd’hui, c’est la race dominante. Il y a des spĂ©cimens au talent des plus rachitiques qui Ăąnonnent sans fin la mĂȘme ratatouille rythmique sur le mĂȘme thĂšme en changeant Ă  peine les mots ; des sous douĂ©s dont la production traversera pĂ©niblement les frontiĂšres camerounaises vers les pays de la CEMAC, dont l’état mental n’est pas certain, mais leurs dĂ©clarations rythment la vie publique sociale et politique de ce pays. Mais la tristesse absolue, ce sont ceux qui ont un certain talent, qui auraient dĂ» s’en contenter, mais se prostituent nĂ©anmoins pour les ovations virtuelles.

Notoriété, valeur, patriotisme.

Le cas d’actualitĂ©, ce sont les propos de Charlotte Dipanda en faveur de l’alternance. Nous savons le tollĂ© que sa dĂ©claration a soulevĂ©. Certains l’ont rĂ©cupĂ©rĂ©e ayant jugĂ© qu’elle apportait un soutien Ă  leur camp et ce faisant, elle abominait le camp ennemi. Du coup, ceux d’en face se sont senti obligĂ©s d’agonir la chanteuse d’injures. Vous me direz qu’elle s’en tire Ă  bon compte. Vous me rappellerez que certains ont Ă©tĂ© molestĂ©s et empĂȘchĂ©s de faire leur travail parce qu’ils soutenaient le camp adverse.

Qu’a donc dit Charlotte Dipanda de si rĂ©volutionnaire ? Elle a dĂ©clarĂ© que l’alternance Ă©tait bonne pour le dĂ©veloppement. Tout simplement. Dans bien d’autres contextes, sous d’autres cieux, cette dĂ©claration n’aurait pas soulevĂ© le plus petit commentaire. Je n’ai jamais entendu rien de plus banal de si peu original. C’est comme si elle avait dit, l’école est une bonne chose. Elle a aussi dit qu’un vieillard octogĂ©naire Ă©tait au pouvoir depuis trop longtemps Ă  son goĂ»t. Quel jeune de son Ăąge ne le penserait pas ? Je reste intimement convaincu que mĂȘme les soutiens du prĂ©sident Ă  la longĂ©vitĂ© exceptionnelle, Paul Biya pour ne pas le nommer, vous diront eux aussi que l’alternance est une bonne chose. Ceux de Robert MugabĂ© disaient la mĂȘme chose.

AprĂšs cette mise au point, je vais faire un peu de pĂ©dagogie car en fait c’est la seule raison pour laquelle ce dĂ©bat m’intĂ©resse, vraiment pas pour hurler avec les loups.

Je reste intimement convaincu que mĂȘme les soutiens du prĂ©sident Ă  la longĂ©vitĂ© exceptionnelle, Paul Biya pour ne pas le nommer, vous diront eux aussi que l’alternance est une bonne chose. Ceux de Robert MugabĂ© disaient la mĂȘme chose.

Est-ce que la pertinence des propos d’un artiste est proportionnelle Ă  sa notoriĂ©tĂ© ?  Parce que l’on est bon musicien ou bon footballeur, devient-on plus pertinent dans ses prises de positions publiques ? L’importance que les Camerounais ont accordĂ©e aux propos de Dipanda, je rĂ©pĂšte, propos d’une logique mais aussi d’une banalitĂ© absolues, porte Ă  croire que la rĂ©ponse Ă  cette question ne saurait ĂȘtre que positive. Alors, dans ce cas, nous devons tous suivre Samuel Eto’o, le meilleur de tous en terme de notoriĂ©tĂ©. Quel Camerounais oserait dire que notre 9 national a un concurrent  dans toute l’Afrique ? N’a-t-il pas Ă©tĂ© une Ă©toile du foot dans le monde, Ă  un niveau qu’aucun Africain n’avait jamais atteint ? Si on rĂ©unit tous les footballeurs, tous les musiciens, tous les Ă©crivains camerounais, Samuel Eto’o Fils seul a plus de notoriĂ©tĂ© que tous rĂ©unis. Pourtant, il s’est fait laminer pour ses positions par le camp adverse qui aujourd’hui acclame Dipanda et la couronne d’infaillibilitĂ©. Beaucoup de ceux qui rĂ©cupĂšrent la position de la chanteuse sont les mĂȘmes qui ont pourri la vie de certains artistes Ă  cause d’un choix qui Ă©tait leur droit le plus absolu.

Un artiste peut-il ĂȘtre utile Ă  son pays, hors des stades, des scĂšnes, des positionnements tapageurs oĂč il se fait grand stratĂšge rompu Ă  l’injure et Ă  l’anathĂšme ? En effet, c’est ici que l’efficacitĂ© de l’artiste peut ĂȘtre proportionnelle Ă  sa notoriĂ©tĂ©.

Samuel Eto’o Fils, ce champion toute catĂ©gorie du football mondial, nous l’a prouvĂ© Ă  plusieurs occasions. Je ne parle pas de ses engagements caritatifs et de ses expĂ©riences  Ă©conomiques. A lui seul, il est plus influent dans la diplomatie que tous les ambassadeurs du Cameroun rĂ©unis. Si le Cameroun fait des affaires particuliĂšres avec la Turquie et bien d’autres pays, on le doit Ă  ce garçon. Dans la diplomatie du football, il pĂšse plus que le prĂ©sident et le ministre des sports rĂ©unis. Je pense que c’est grĂące Ă  lui que vous avez pu rattraper in extremis la CAN que vous ne mĂ©ritiez mĂȘme plus. Mais il s’est battu pour vous, pour son pays, pour la jeunesse. DĂšs lors, a-t-il besoin de descendre dans le caniveau, dans la mare aux canards pour exister ? S’il le fait, je dirai ce que j’en pense. Je ne sais pas s’il a une page Facebook. Je ne connais pas une seule de ses vidĂ©os virales. Il Ă  choisi de se mettre bien au-dessus de la mĂȘlĂ©e, lĂ  oĂč l’on rencontre  les gĂ©ants, comme le disait François Mitterrand.

Un autre gĂ©ant, Manu Dibango, a ouvert la Cameroun au monde entier avec sa chanson Soul makossa. GrĂące Ă  lui, son pays et l’Afrique tout entiĂšre sont entrĂ©s aux Etats-Unis d’AmĂ©rique au-delĂ  de ce que notre diplomatie aurait pu rĂ©ussir

Un autre gĂ©ant, Manu Dibango, a ouvert la Cameroun au monde entier avec sa chanson Soul makossa. GrĂące Ă  lui, son pays et l’Afrique tout entiĂšre sont entrĂ©s aux Etats-Unis d’AmĂ©rique au-delĂ  de ce que notre diplomatie aurait pu rĂ©ussir. Il m’a racontĂ© la suite qu’il aurait voulu donner Ă  cette aventure. Il a proposĂ© au Cameroun de surfer sur ce succĂšs pour promouvoir les produits camerounais en les rĂ©unissant sous le label Makossa. Rien n’a Ă©tĂ© fait. Le label Makossa – banane makossa, cafĂ© makossa, cacao makossa, poivre makossa, ananas makossa – aurait ouvert les portes des Etats-Unis et de bien d’autres pays Ă  notre commerce extĂ©rieur. Des annĂ©es plus tard – un peu tard, trop tard ! -, son ami Njala kwam qui Ă©tait directeur de la CDC a exploitĂ© ce filon pour la banane. Il y a eu quelques rĂ©sultats.

De l’alternance en question.

S’il m’avait Ă©tĂ© donnĂ© de (psych)analyser les propos de Charlotte Dipanda, voici ce que j’aurais trouvĂ©.  Oui Charlotte Dipanda appelle l’alternance de tous ses vƓux. En fait, elle va mĂȘme plus loin, car il s’agit d’une double alternance ; celle des hommes et celle des gĂ©nĂ©rations au pouvoir.

S â€˜agissant des hommes, nous avons Ă  la tĂȘte du pays lemĂȘme prĂ©sident depuis 38 ans. Charlotte Dipanda s’en indigne. Beaucoup de Camerounais partagent cette indignation et aimeraient qu’il passe la main. Mais ce n’est pas tout. Ce qu’il convient d’ajouter, c’est que cet homme incarne un certain Cameroun, un type de gouvernance, un modĂšle qu’il a construit avec une Ă©quipe. Cela ne vous aura pas Ă©chappĂ©, depuis l’indĂ©pendance, tous les candidats Ă  la prĂ©sidence de la rĂ©publique ont Ă©tĂ© des compagnons de route de Paul Biya. Ils l’ont aidĂ© Ă  fabriquer le Cameroun que nous vivons et que beaucoup rejettent. Ils ont parfois participĂ© Ă  la mise en place de lois que l’on conteste aujourd’hui. Ils ont encensĂ© Biya au-delĂ  de ce que le pire tyran aurait espĂ©rĂ©. Ils ont sacralisĂ© le culte de la personnalitĂ© et l’infaillibilitĂ© du chef. Une fois Ă  la retraite, ils deviennent des Iznogoud. Ce camp hĂ©berge trois catĂ©gories de prĂ©tendants au trĂŽne du vizir. La derniĂšre Ă©lection prĂ©sidentielle nous en fait une illustration magistrale, tous puisĂ©s dans le camp des retraitĂ©s du pouvoir de Paul Biya. Il y a ceux qui font ça pour rire. Garga Haman Adji ne s’en cache pas. Et ça lui rĂ©ussit bien. Chacune de ses interventions tĂ©lĂ©visĂ©es est une mise en scĂšne. Adamou Ndam Njoya, trĂšs lucide, dit clairement qu’il se prĂ©sente pour faire vivre son parti en attendant le grand soir. A son Ăąge (qu’il repose en paix), c’était une noble et altruiste mission qu’il s’était assignĂ©. Maurice Kamto, le troisiĂšme larron et le dernier de cordĂ©e – chronologiquement bien sĂ»r – se pique au jeu et promet le grand soir. Certains le croient. Ne l’oublions pas, le Camerounais a besoin de se dĂ©charger de ses responsabilitĂ©s sur un Messie ou sur un Ă©pouvantail. Tous ceux-lĂ , Charlotte Dipanda leur demande de partir et de devenir des conseillers de la jeunesse.  

Ne l’oublions pas, le Camerounais a besoin de se dĂ©charger de ses responsabilitĂ©s sur un Messie ou sur un Ă©pouvantail. Tous ceux-lĂ , Charlotte Dipanda leur demande de partir et de devenir des conseillers de la jeunesse.  

Et puis il y a l’alternance des gĂ©nĂ©rations. Pendant les soixante derniĂšres annĂ©es, depuis son premier gouvernement, le champ politique camerounais a connu un modĂšle unique UC/UNC/RDPC qui a façonnĂ© Paul Biya et ses trois collaborateurs, Haman Adji, Njoya et Kamto. En 2018, Ă  l’occasion de l’élection prĂ©sidentielle du 07 octobre, on va assister Ă  la premiĂšre rĂ©volution dans ce champ politique. Elle a Ă©tĂ© portĂ©e par trois hommes : Cabral  Libii, Serge Espoir Matomba, Joshua Oshi. Chacun a Ă©tĂ© le meilleur dans son style. Cabral le fonceur, Matomba le mĂ©ticuleux, Oshi le besogneux. Ils sont jeunes comme la majoritĂ© des Camerounais et comme la majoritĂ© des nouveaux dirigeants au monde. Ils sont talentueux. Ils ont inventĂ© chacun une façon de faire de la politique au Cameroun. Alors que les jeunes avaient Ă©tĂ© formĂ©s Ă  attendre que les vieux les forment Ă  leur systĂšme vieilli, qu’ils les adoubent, et qu’ils leur donnent des miettes, nos trois mousquetaires  ont foncĂ©. Oshi a virĂ© l’indĂ©boulonnable Chairman, John Fru Ndi. Cabral a surgi comme un indomptable corsaire. Matomba a commencĂ© en crĂ©ant un parti alors qu’il Ă©tait loin de ses trente ans et a entrepris sa longue marche step by step.

Cabral  Libii, Serge Espoir Matomba, Joshua Oshi. Chacun a Ă©tĂ© le meilleur dans son style. Cabral le fonceur, Matomba le mĂ©ticuleux, Oshi le besogneux. Ils sont jeunes comme la majoritĂ© des Camerounais et comme la majoritĂ© des nouveaux dirigeants au monde.

Qui pourrait imaginer que si elle n’est pas bĂȘte, et elle ne l’est pas, Charlotte Dipanda ne pense pas Ă  ceux-lĂ , ne mise pas sur ce tiercĂ© prometteur comme la vraie alternance que le pays attend ? Qui pourrait sans la mĂ©priser, s’imaginer qu’elle lĂącherait ces poulains sĂ©millants et frĂ©missants, pour un quarteron de haridelles dĂ©polies par l’ñge et l’usure du pouvoir. Qui pourrait imaginer sans l’offenser, que la jeune femme ne soit pas dans une logique de solidaritĂ© gĂ©nĂ©rationnelle ?  

Cabral Libii a compris la contribution de sa cogĂ©nĂ©rationnelle Charlotte Dipanda. Saisissant la balle au bond, alors que les aboyeurs de tout bord s’écharpent sur la toile de leurs griffes vermoulues, il interpelle. « Peuple Camerounais, lĂšve toi et marche pour le changement et l’alternance. Ce n’est que comme ça que le Cameroun pourra avancer Â». Ce corsaire finira par rĂ©ussir son abordage. Et les autres ne seront pas loin. Les paris sont ouverts.

A propos de l’auteur : Gaston Kelman est un Ă©crivain français d’origine camerounaise, nĂ© le 1er septembre 1953 Ă  Douala . Son plus gros succĂšs de librairie a Ă©tĂ© son livre « Je suis noir mais je naime pas le manioc » publiĂ© en 2003. Il a signĂ© en 2013 une biographie complĂšte de Manu Dibango « Balade en saxo dans les coulisses de ma vie Â» / avec Manu Dibango

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ABK ACTU

â˜Łïž Coronavirus: La revue The Lancet Ă©voque l’inefficacitĂ© de la chloroquine. Faut-il la croire?

Quels sont les vĂ©ritables enjeux de cette bataille. Cette Ă©tude a t-elle Ă©tĂ© biaisee ? La question est Ă  nouveau posĂ©e aprĂšs la publication d’une Ă©tude trĂšs controversĂ©e sur l’inefficacitĂ© de la chloroquine.

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C’est toujours intĂ©ressant de savoir qui parle et d’oĂč on parle . Ainsi en est-il de tout citoyen et de tout groupe ou d’organisation qui s’expriment publiquement que ce soit Ă  travers les mĂ©dias, dans un forum , une rĂ©union publique ou dans une entreprise. Je m’explique . The Lancet est une revue mĂ©dicale britannique hebdomadaire qui appartient Ă  la multinationale nĂ©erlando-britannique RELX Group dont le capital est dĂ©tenu par d’importants fonds de pension et d’investissements notamment amĂ©ricains dont le sulfureux BlackRock. Certains de ces fonds de pension ont investi dans l’industrie pharmaceutique. Ce qui peut poser la question des conditions de la production de l’information dans cet environnement sous influence du capitalisme financiarisĂ© et de ses prĂ©dateurs que sont ces fonds de pensions. The Lancet a ses bureaux Ă  Londres Ă  quelques pas de la City. Tout un symbole , surtout quand on sait que The Lancet appartenait avant Ă  Reed Elsevier ( depuis 1991 ) tout autant connu pour la rĂ©putation de ses 2500 journaux que pour ses extraordinaires marges financiĂšres . Depuis  plus de vingt ans , Elsevier-Relx Group rĂ©alise en effet plus de 30 % – certaines annĂ©es plus de 35 % de marge sur un chiffre d’affaire de 3 milliards d’euros et un bĂ©nĂ©fice de plus de 2 milliards ( voir l’étude de Plos One de 2015 ). Elsevier, aujourd’hui RELX Group, a des activitĂ©s Ă©galement trĂšs rentables dans l’analyse financiĂšre, le conseil juridique, les mĂ©dias, l’évĂ©nementiel, l’organisation de salons Ă  travers le monde comme ceux de l’automobile etc. La position de force du groupe dans le recueil de l’information mĂ©dicale et scientifique est telle , qu’elle contraint les gouvernements de plusieurs pays de lui acheter des bouquets de titres . Ainsi la France paie chaque annĂ©e Ă  la multinationale Elsevier-RELX Group plus de 35 millions d’euros, dont 5 millions d’euros pour le CNRS…

VoilĂ  pour le dĂ©cor, ou plutĂŽt la vitrine rapidement dressĂ©e . Car il y a , la vitrine et l’arriĂšre vitrine, et ce qui se passe Ă  l’abri des curieux, dans l’arriĂšre vitrine, c’est pour ainsi dire pas trĂšs reluisant. Je dirais mĂȘme que c’est plutĂŽt nausĂ©abond comme le sont les affaires de malversations, de concussions ou de corruptions.

Il faut savoir en effet que cette cĂ©lĂšbre revue The Lancet a fait tout au long de son histoire ,  l’objet de vives critiques et de plusieurs scandales. Ainsi en 1998 , lorsque The Lancet publie une Ă©tude suggĂ©rant un lien entre le vaccin contre la rougeole, la rubĂ©ole et les oreillons , le ROR, et l’autisme. L’étude porte sur les cas d’une dizaine d’enfants , elle est signĂ©e par le docteur Andrew Wakefield  et de douze de ses collĂšgues du Royal Free Hospital et de la School of MĂ©decine de Londres. L’étude dĂ©clenche une vive polĂ©mique en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis . L’affaire aurait pu s’arrĂȘter lĂ  . Mais c’était sans compter la pugnacitĂ© d’un grand journaliste d’investigation du Sunday Time , Brian Deer, qui aprĂšs une enquĂȘte minutieuse dĂ©couvrit un Ă©norme conflit d’intĂ©rĂȘts concernant le signataire et responsable de l’étude , le docteur Wakefield . Le journaliste Brian Deer rĂ©vĂ©la ainsi que ce mĂ©decin avait Ă©tĂ© rĂ©munĂ©rĂ© par un laboratoire en tant qu’expert pour la somme de … 510.249 euros ! Suite Ă  cette enquĂȘte , le General Medical Council britannique qualifia d’erreurs grossiĂšres et la mĂ©thode de recherches «  non Ă©thiques «

The Lancet dĂ©cida alors de se rĂ©tracter et de retirer la publication de cette Ă©tude sur le ROR de ses archives ( dĂ©pĂȘche AFP du 2 fĂ©vrier 2010). En janvier 2011, le British Medical Journal qualifie l’étude de fraude et accuse le docteur Andrew Wakefield d’avoir dĂ©libĂ©rĂ©ment falsifiĂ© ses donnĂ©es .

Le docteur Wakefield et John Walter-Smith, l’un des principaux cosignataire de l’étude furent finalement radiĂ©s du registre des mĂ©decins britanniques par le GMC , le General Medical Council, l’équivalent chez en France de l’Ordre National des MĂ©decins.

The Lancet connut d’autres polĂ©miques, d’autres scandales concernant des falsifications d’études ou d’articles frauduleux ,  notamment en janvier 2006 , avec l’affaire du chercheur cancĂ©rologue  norvĂ©gien John Subdo et de 13 co-auteurs Ă  l’origine de plusieurs publications  et d’ Ă©tudes truquĂ©es au sujet de certains cancers en particuliers des cancers  de la bouche . Plus prĂšs de nous , en 2018, il y eut le scandale de l’étude du chirurgien de transplantation de trachĂ©es , Paolo Macchiareni qui obligea The Lancet Ă  retirer l’étude de ses archives .

Ces affaires doivent poser la question centrale du rĂŽle du RĂ©dacteur en Chef de The Lancet , Richard Horton , journaliste et mĂ©decin, aujourd’hui directeur de cette revue. Il faut savoir que avant d’ĂȘtre journaliste , Richard Horton a Ă©tĂ© interne Ă  Birmingham et au Royal Free Hospital de Londres .Mais aussi expert et conseiller scientifique Ă  l’OMS et Ă  l’ONU. En tant que journaliste , RĂ©dacteur en Chef et directeur de l’hebdomadaire The Lancet, il a la responsabilitĂ© de s’assurer que les soumissions d’études scientifiques Ă  des fins de publication subissent bien un examen pertinent , objectif , impartial et indĂ©pendant des pressions de l’industrie pharmaceutiques , des lobbies, ou des propriĂ©taires du journal ( en particulier des fonds de pension amĂ©ricain ou autres ) . Il doit vĂ©rifier et s’assurer que les Peer reviews, les relecteurs  de ces Ă©tudes , ne soient pas anonymes et que eux-mĂȘmes ne soient pas sous influence.

Il est fort Ă  parier que l’étude dĂ©jĂ  trĂšs controversĂ©e parue dans The Lancet sur la non efficacitĂ© de l’Hydroxychloroquine  va alimenter dans les jours prochains cette rubrique des scandales et Ă  moyen terme la rubrique judiciaire.

Patrick Champagnac.

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