Nos réseaux sociaux

BLOG

đŸ”” SUZANNE KALA LOBE (2009): « La diaspora camerounaise doit redescendre sur terre »

La lettre de la journaliste Ă©ditorialiste et membre du Conseil National de la Communication Suzanne Kala-LobĂš Ă  la diaspora reste-t-elle d’actualitĂ© 11 aprĂšs publication? Lisez vous – mĂȘme.

Publié

Le

Lettre Ă  la diaspora: Mes chĂšres compatriotes et chers compatriotes, Par votre activisme dĂ©bordant mais pas toujours efficace vous avez eu le mĂ©rite de faire monter Ă  la surface de l’espace public un dĂ©bat qui m’a toujours prĂ©occupĂ©e depuis que je suis rentrĂ©e au Cameroun, il y a maintenant deux dĂ©cennies: c’est le dĂ©calage qu’il y a entre un pays fantasmĂ©, que l’on voit tel qu’on le rĂȘve, sans savoir si on veut transformer le rĂȘve ou le pays et le pays rĂ©el dans lequel vivent des millions de Camerounais, que nous Ă  l’extĂ©rieur avons toujours cru ignorants, moins au fait que nous de leur rĂ©alitĂ©, du systĂšme dans lequel ils vivent que certains subissent et d’autres moins! Ce qui a motivĂ© la lettre, c’est la lecture de tous vos tracts dont le contenu dĂ©nonciateur aurait pu enflammer les foules si le ton Ă©tait plus juste et l’antienne moins ancienne. Si je crois Ă  la fonction tribunitienne de la dĂ©nonciation, je suis fermement persuadĂ©e qu’il faut rapprocher des faits pour pouvoir gagner des millions de Camerounais Ă  un combat pour que naisse un Kamerun Nouveau.

Or il me semble en vous lisant que ce que vous dites du Cameroun est en dĂ©calage avec la rĂ©alitĂ© que j’observe. Que la maniĂšre dont vous caractĂ©risez le rĂ©gime de Biya me paraĂźt plus mĂ©canique qu’analysĂ©e. Du coup, vos stratĂ©gies de combat passent Ă  cĂŽtĂ© de la plaque rĂ©volutionnaire et ne vous permettent pas de gagner l’adhĂ©sion des masses. Je sais que vous me rĂ©torquerez que les masses sont abruties, assommĂ©es par leur sort, elles coupent sur le temps de la vie, pour ne pas ĂȘtre dĂ©calĂ©es de leur quotidien. Que la vĂ©ritĂ© vient essentiellement de vos analyses outre-Atlantique.

Puisqu’ici, nous avons tellement le nez collĂ© sur le guidon, que nous avons peine avoir les roues tourner! Du haut de la Tour Eifel, on peut voir les merveilles du Monde et la Tour de Pise a beau ĂȘtre en dĂ©sĂ©quilibre permanent, ceux d’entre vous qui rament Ă  Venise, Paris oĂč Londres ont la prĂ©tention et les papiers qu’il faut pour dĂ©crire le prĂ©sent de l’Afrique et prĂ©voir avec une voyance ultra lucide, ce que demain sera pour nous tous. J’ai envie de vous dire redescendez sur terre.

Redescendez vite les marches de la Tour Eiffel, Ă©crasez avec vigueur vos lunettes grossissantes et regardons ensemble ce qui cloche dans votre dĂ©marche. Je crois qu’il vous faut dĂ©poussiĂ©rer beaucoup de vos modĂšles. Plus que jamais vous devez reconsidĂ©rer vos paradigmes, vos angles d’attaque. Car ce qui fait aujourd’hui la longĂ©vitĂ© de Paul Biya ce sont les erreurs tactiques et stratĂ©giques de ses adversaires. Et ces adversaires ont comme point commun de ne pas voir le Cameroun pour ce qu’il est, tel qu’il est avec son potentiel et ses faiblesses.

Non, ils le voient tel qu’il est vu Ă  travers les mailles d’une grille nĂ©o-tiers-mondistes, qui fit de la critique de l’impĂ©rialisme son cheval de bataille, sans savoir si l’impĂ©rialisme avait changĂ© de forme et quelles incidences ces changements ont provoquĂ© dans le champ politique.

Tout se passe dans vos rĂ©criminations comme si la doctrine rĂ©volutionnaire s’était Ă©puisĂ©e avec MaoTsĂ©Toung, Castro et mĂȘme Engels. Comme si la structure du systĂšme Ă©conomique n’avait pas engendrĂ© de nouveaux monstres obligeant les combattants Ă  rĂ©viser leur approche et tactique. A lire derriĂšre vos invectives, vos colĂšres et un peu votre dĂ©sespoir, je ne peux manquer de me rappeler ces annĂ©es 70, oĂč encore jeune lycĂ©enne, toute pĂ©trie de mon nouveau savoir marxiste, je donnais des leçons de lutte de classe Ă  mes parents aristo-bourgeois, du haut de mes dix huit ans.

J’avais la fougue, l’aveuglĂ©ment et naturellement la mĂ©-connaissance de la jeunesse. Mais je prenais mon ignorance pour du savoir absolu. J’avais l’utopie savante et la critique dogmatique, forcĂ©ment convaincue de dĂ©tenir la vĂ©ritĂ© pour sortir l’Afrique des miasmes du sous-dĂ©veloppement. J’avais alors sous-estimĂ© la puissance de la propagande blanche et Ă  quel point celle-ci nous avait soumis Ă  un lavage de cerveaux, y compris, nous qui nous croyions rĂ©volutionnaires.

Il me faudra rentrer pour comprendre dans quelle torpeur intellectuelle nous avait condamnĂ© l’arrogance de nos certitudes et saisir la maniĂšre pĂ©riphĂ©rique que nous avions d’aborder la question du changement sur le continent. A l’époque, je savais qu’il y avait une imposture quelque part, mais je ne savais pas exactement oĂč la situer. L’imposture c’était notre maniĂšre dĂ©calĂ©e et attardĂ©e de voir l’Afrique: nous ne la voyions pas comme un continent, un tout complexe, mais comme un Ă©tat gouvernĂ© par des « prĂ©sidents fantoches et dictateurs, Ă  la solde de l’impĂ©rialisme dont la rĂ©alitĂ© s’arrĂȘtait aux portes de leur palais, aux murs des prisons et aux cris des militants.

Nous avions rĂ©duit l’Afrique Ă  un seul schĂ©ma, sans chercher Ă  comprendre quelles Ă©taient ses dynamiques propres, de maniĂšre Ă  travailler sur sa capacitĂ© de changer et sur les dynamiques sociales qui la font encore tenir debout. Nous Ă©tions de cette cĂ©citĂ© que donne l’assurance de ceux et celles qui sont convaincus d’ĂȘtre au centre du savoir.

Mais qu’en Ă©tait-il de nos faits de luttes? Quels combats avions nous menĂ© en France Ă  Londres aux Etats-Unis, pour prĂ©tendre enseigner aux autres une maniĂšre de se battre? Mes chers compatriotes et chĂšres compatriotes de la diaspora, je retrouve dans votre hargne, ma rage de jeunesse et dans vos mots ma suprĂȘme arrogance. Je ne vous en veux pas. Mais, il faut que nous avancions. Il faut rĂ©ellement que le pays change. Pour cela nous avons besoin de vous, avec plus d’intelligence que celle que vous manifestez aujourd’hui.

Nous avons besoin de vous avec plus d’humilitĂ© et un sens aigu de l’analyse. Nous avons besoin de vous pour un front de lutte mieux articulĂ© sur des programmes fondĂ©s sur une apprĂ©hension juste de ce que nous sommes aujourd’hui. Et non pas ce que l’on nous a fourguĂ© comme idĂ©ologie de contrebande en guise et place de toute stratĂ©gie rĂ©volutionnaire. Chers compatriotes et chĂšres compatriotes, depuis combien de temps n’avons nous pas eu de penseurs rĂ©volutionnaires? Depuis que Marx a Ă©crit le Capital combien d’entre vous ont prĂȘtĂ© leur connaissance Ă  l’élaboration de nouvelles doctrines? Combien d’entre vous, ont fouillĂ© les entrailles de l’Afrique, pour en tirer la substantifique moelle? Peu, bien peu.

Non, vous vous intĂ©ressez aux strass et aux paillettes. Aux palais et non aux paillotes. Aux cĂŽtĂ©s spectaculaires de la politique. Le visible. Le risible. Le grotesque. Aux lampions qui font briller le dĂ©placement d’un chef d’Etat Ă  Paris. Vous croyez donner de l’importance Ă  un fait qui n’est que l’aboutissement d’un long processus: pourquoi n’avez-vous pas empĂȘchĂ© le Premier ministre français Ă  venir prĂ©parer la visite de Paul Biya le 21 juillet 2009? Pourquoi n’avez pas dĂ©clenchĂ© une grĂšve de la faim, dĂšs l’instant oĂč vous saviez que les Accords de dĂ©fense entre le Cameroun et la France avaient Ă©tĂ© modifiĂ©s? Pourquoi n’avez-vous pas hurlĂ© et rĂ©primandĂ© sĂšchement Nicolas Sarkozy sur l’Etat de sa politique en Afrique? Chers compatriotes et chĂšres compatriotes, manifestez! Exprimez-vous! Mais n’oubliez pas de rĂ©actualiser vos paradigmes et soyez un peu plus imaginatifs! Allez piocher dans votre intelligence les rĂ©serves de crĂ©ativitĂ© qu’il faut pour changer la donne en Afrique.

Fouillez un peu mieux dans vos littĂ©ratures pour trouver la traçabilitĂ© qu’il faut Ă  un projet rĂ©volutionnaire. Maintenant si vous vous ennuyez et si le pays vous manque: sortez de vos HLM ou vos appartements bourgeois. Ne vous laissez pas asphyxier par la fumĂ©e nostalgique des plats -pays. Rompez avec vos habitudes d’immigrĂ©s.

Prenez un billet d’avion tous les trois mois et venez rĂ©flĂ©chir avec nous Ă  la meilleure stratĂ©gie pour sortir le pays des griffes de tous les imposteurs. Je sais que vous saurez me lire et je voie dĂ©jĂ  vos objections. Mais ça ne fait rien: j’attends. je suis disposĂ©e au dĂ©bat. Votre serviteur E (je tiens Ă  cet E, final). La chroniqueuse ».

Suzanne Kala Lobe est Journaliste et membre du Conseil National de la Communication

DOUALA – 20 JUIL. 2009 | La Nouvelle Expression

Lire la suite
Advertisement
Cliquez pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

BLOG

🔮 Marcel O. Ndi : « Le mouvement 10 millions de nordistes est un repli identitaire de trop »

Pendant que le monde s’unifie, dans le cadastre d’un grand village planĂ©taire, concevoir un Cameroun clivĂ© pose forcĂ©ment un problĂšme d’inopportunitĂ© politique surtout, en ce moment dĂ©cisoire d’une transition imminente.

Publié

Le

Par

MOUVEMENT 10 MILLIONS DE NORDISTES : quelle perspective politique ?

Ce type de regroupement est essentiellement embarrassant et inopportun dans un paysage socioculturel cosmopolite oĂč, le regroupement identitaire sous quel que pretexte qu’il soit, prĂȘte Ă  confusion et force une politisation qu’elle pourrait ne pas avoir Ă  l’origine.

Pendant que le monde s’unifie, dans le cadastre d’un grand village planĂ©taire, concevoir un Cameroun clivĂ© pose forcĂ©ment un problĂšme d’inopportunitĂ© politique surtout, en ce moment dĂ©cisoire d’une transition imminente.

« La rĂ©ponse la plus facile, pour nombre d’opposants en quĂȘte d’excuses est que, le systĂšme electoral est viciĂ©. Pourtant, la rĂ©alitĂ© affiche l’absence d’un discours fĂ©dĂ©rateur »

Ce projet Ă  configuration identitaire a forcĂ©ment une incidence sur la capacitĂ© de l’opposition Ă  parvenir Ă  l’alternance. Remarquons qu’aprĂšs une trentaine d’annĂ©es de pluralisme politique, 5 Ă©lections prĂ©sidentielles organisĂ©es suivant un calendrier Ă©lectoral connu, trĂšs peu, sinon aucun homme politique n’a convaincu le peuple camerounais afin de lui attribuer, dans son immense majoritĂ©, ses votes au cours d’une Ă©lection prĂ©sidentielle. Cette intrigante situation questionne le fondement d’un tel Ă©chec.

La rĂ©ponse la plus facile, pour nombre d’opposants en quĂȘte d’excuses est que, le systĂšme electoral est viciĂ©. Pourtant, la rĂ©alitĂ© affiche l’absence d’un discours fĂ©dĂ©rateur, dĂ©fiant le replis identitaire et, touchant par contre toutes les sensibilitĂ©s communautaristes. Autrement dit, que chaque camerounais, de quel que tribu qu’il soit, retrouve dans le projet d’un leader, une partie des solutions Ă  ses problĂšmes.

Cependant, la cartographie politique du Cameroun me semble encore fortement calquĂ©e sur le clivage ethnique de sa sociĂ©tĂ©. Toute chose qui justifierait, en partie, la plethore de partis politiques reconnus et lĂ©galisĂ©s dans notre pays : une sorte d’opĂ©ration une tribu Ă©gale un parti politique.

Du coup, qu’un mouvement politique portant la dĂ©signation, mĂȘme symbolique, d’un regroupement identitaire naisse, cela montre indiscutablement et une fois de plus que, le leadership alternatif n’a pas encore diagnostiquĂ© le fondement de son Ă©chec ce, malgrĂ© les multiples concerts de dĂ©nonciation des miasmes du replis identitaire.

Le grand danger qu’un prĂ©sident soit Ă©lu sur la base d’une domination statistiques d’une tribu est que, la redistribution des richesses sera, Ă  coup sĂ»r, une rĂ©compense ethnique, plutĂŽt qu’une distribution Ă©quitable, prenant en compte la pluralitĂ© ethnique du pays. Un tel scĂ©nario est porteur des germes d’une guerre civile


Pour ma part, et, au vue de ce qui précÚde, le mouvement 10 millions des nordistes est un replis identitaire de trop et donc, inopportun et inacceptable dans une sociétés aussi cosmopolites que la société camerounaise.

Marcel Olivier Ndi – MĂ©phisto

Lire la suite

BLOG

🔮 CĂŽte d’Ivoire – DĂ©cĂšs d’Amadou Gon Koulibaly: la sorcellerie et Hamed Bakayoko indexĂ©s – Partie 2

D’aprĂšs le lanceur d’alerte Chris Yapi, l’attaque cardiaque du 02 Mai 2020 et la mort le 08 Juillet dernier du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly ne sont que la rĂ©sultante d’une terrible guerre mystique au sommet de l’Ă©tat ivoirien. Voici un texte publiĂ© par ce lanceur d’alerte quelques jours seulement avant la mort d’Amadou Gon Coulibaly. PrĂ©monitoire?

Publié

Le

Par

AMADOU GON-COULIBALY ET HAMED BAKAYOKO : TOUT EST GÂTÉ.

Le premier citĂ© a Ă©tĂ© trĂšs malade, il a mĂȘme frĂŽlĂ© la mort. N’eĂ»t Ă©tĂ© la providence divine, il ne serait plus de ce monde. Le PrĂ©sident Ouattata a eu peur, vraiment trĂšs peur. Le second, lui, espĂ©rait fortement que l’irrĂ©parable se produise. Il l’avait mĂȘme laissĂ© entendre Ă  ses amis. Il Ă©tait sĂ»r que les astres du ciel lui faisaient un clin d’Ɠil. L’enjeu ? Le pouvoir, la PrĂ©sidence de la RĂ©publique de CĂŽte d’Ivoire. Disons que depuis plus de cinq ans, Hamed Bakayoko y travaille patiemment et silencieusement. Il y travaille depuis que les oracles avaient laissĂ© entrevoir qu’il serait le successeur d’Alassane Ouattara.
Mais, il a bien appris que mĂȘme quand la providence doit agir, il faut la pousser. Ne dit-on pas : « aide-toi et le ciel t’aidera ? » Hamed Bakayoko, est un audacieux touche-Ă -tout. Il a de l’audace et une certaine forme de tĂ©mĂ©ritĂ©. Grand maĂźtre de la franc-maçonnerie, il est aussi versĂ© dans l’occultisme africain.

Depuis son terroir natal de SĂ©guĂ©la, le Ministre de la DĂ©fense a demandĂ© Ă  ses parents de peser sur le destin. Alors, le cercle familial a dĂ©cidĂ© de confier cette mission Ă  Awaza Bakayoko, l’oncle du ministre et grand connaisseur des rites mystiques et des cercles maraboutiques. L’activisme d’Awaza et ses nombreux sacrifices ont rassurĂ© Hambak sur la rĂ©alisation inĂ©luctable de son destin prĂ©sidentiel. Quelle ne fut donc sa surprise, une surprise dĂ©sagrĂ©able, quand le PrĂ©sident Ouattara lui prĂ©fĂ©ra Amadou Gon-Coulibaly comme candidat Ă  la prĂ©sidentielle et successeur. Il en a Ă©tĂ© affectĂ© et le cachait difficilement.

Hamed Bakayoko

« Hamed Bakayoko dût se rendre à Séguéla pour faire des bains mystiques et renforcer sa puissance occulte et le miracle se produisit ! Amadou Gon-Coulibaly, le chouchou du Président de la République, fut terrassé par une attaque cardiaque »

Pour dire vrai, le Ministre de la DĂ©fense a frĂŽlĂ© la dĂ©pression. Mais, ses marabouts n’en dĂ©mordaient pas et continuaient Ă  l’encourager : « tu seras PrĂ©sident » assuraient-ils. « Nos ancĂȘtres de Koro ont Ă©tĂ© sollicitĂ©s, les sacrifices ont Ă©tĂ© faits et nous avons l’assurance qu’ils nous donneront satisfaction ».
En sus de ces sacrifices, Hamed Bakayoko dĂ»t se rendre Ă  SĂ©guĂ©la pour faire des bains mystiques et renforcer sa puissance occulte et le miracle se produisit ! Amadou Gon-Coulibaly, le chouchou du PrĂ©sident de la RĂ©publique, fut terrassĂ© par une attaque cardiaque. EntrĂ© dans le coma, il Ă©tait donnĂ© pour mort. MĂȘme Chris Yapi l’avait cru, puisque sa source au sein de l’entourage le lui avait jurĂ© sur tous les dieux. DĂšs qu’Amadou Gon fut sauvĂ© par les plus grands mĂ©decins français, tous les supporters du Premier ministre criĂšrent avec jubilation que Chris Yapi avait menti. Que nenni.

Cette information sur la santĂ© dĂ©licate du Premier ministre Ă©tait tellement vraie, que pour rassurer les partisans du RHDP, le PrĂ©sident Alassane Ouattara lui-mĂȘme se prĂȘta Ă  une manƓuvre mensongĂšre qui a terni son image. Il s’est prĂȘtĂ© Ă  la mascarade d’une fausse visioconfĂ©rence avec son poulain, avec pour unique objectif de dĂ©montrer que ce dernier Ă©tait en pleine forme et prĂȘt Ă  assurer la relĂšve.
Pendant qu’il s’essayait Ă  berner l’opinion publique ivoirienne, le PrĂ©sident Ouattara chargeait son ami Nicolas Sarkozy, ancien PrĂ©sident français devenu son lobbyiste, de se dĂ©mener pour qu’Amadou Gon soit traitĂ© par les meilleurs spĂ©cialistes de la France. L’activisme de Sarkozy a payĂ©. Satisfait, le PrĂ©sident Ouattara lui a collĂ© une nouvelle mission: se dĂ©brouiller pour faire adouber la candidature d’Amadou Gon-Coulibaly par l’actuel PrĂ©sident français, Emmanuel Macron ainsi que par la droite française.

Pour le malade Amadou Gon et sa famille, il Ă©tait clair que le mal subit qui s’est abattu sur le candidat du RHDP n’était pas une maladie naturelle. Ils y ont dĂ©tectĂ© l’Ɠuvre de mains obscures. Il fallait trouver le coupable de cet attentat mystique. Tous les fĂ©ticheurs sĂ©noufos consultĂ©s par la famille Ă©taient formels : le responsable n’est autre que son numĂ©ro deux au Gouvernement, Hamed Bakayoko, qui voulait devenir Calife Ă  la place du Calife. Ils annoncĂšrent Ă  la famille du Premier ministre Amadou Gon que si leur fils restait en France, il mourrait Ă  petit feu.

C’est pourquoi et contre l’avis gĂ©nĂ©ral de ses mĂ©decins que le Premier ministre insistait pour rentrer terminer son traitement en CĂŽte d’Ivoire, par les plantes traditionnelles et les potions magiques africaines.
Amadou Gon-Coulibaly Ă©tait inflexible sur sa dĂ©cision de rentrer en CĂŽte d’Ivoire pour ne pas mourir dans un hĂŽpital parisien. Tous les fĂ©ticheurs les plus connus et les plus puissants du Poro et du Tchologo, furent consultĂ©s pour examiner la question de la maladie et du retour du Premier ministre au pays. Leur diagnostic Ă©tait invariable : les blancs ne peuvent pas guĂ©rir cette maladie, car elle est mystique. Il faut qu’il rentre pour ĂȘtre sauvĂ©.

Amadou Gon Coulibaly

« Des sorciers dĂ©barquĂšrent en France par vol spĂ©cial, pour apporter des remĂšdes traditionnels Ă  Amadou Gon…Curieusement, la santĂ© du Premier ministre a commencĂ© Ă  s’amĂ©liorer de jour en jour. Hamed Bakayoko sous-estimait la charge de haine et la capacitĂ© de riposte d’Amadou Gon, devenu dĂšs lors, son ennemi »

Mais, les mĂ©decins français s’opposaient Ă  son voyage, estimant qu’il n’Ă©tait pas suffisamment remis sur pied. C’est ce qui explique les nombreuses annonces avortĂ©es de son retour. Le dilemme Ă©tait si grand qu’à force de rĂ©flexion, on finit par dĂ©cider qu’il fallait dĂ©placer certains sorciers Ă  Paris. Imaginez la scĂšne cocasse de guĂ©risseurs africains avec des canaris et des calebasses d’eau noirĂątre dĂ©ambulant en plein Paris 16Ăšme arrondissement. Et c’est ce qui se produisit.

En effet, des sorciers dĂ©barquĂšrent en France par vol spĂ©cial, pour apporter des remĂšdes traditionnels Ă  Amadou Gon. Ce fut alors une alchimie qui combinait les traitements les plus modernes aux bains dĂ©senvoutants des fĂ©ticheurs. Curieusement, la santĂ© du Premier ministre a commencĂ© Ă  s’amĂ©liorer de jour en jour, asseyant du coup la certitude que c’était bien les marabouts et autres mystiques d’Hambak qui lui avaient jetĂ© un sort. Il ne perdait donc rien pour attendre. Hamed Bakayoko sous-estimait la charge de haine et la capacitĂ© de riposte d’Amadou Gon, devenu dĂšs lors, son ennemi. Hambak avait maintenant le dos au mur. Il savait qu’il Ă©tait dĂ©sormais en tĂȘte de liste des personnes Ă  qui le Premier ministre Amadou Gon rĂ©glerait leurs comptes dĂšs sa guĂ©rison.

Pire, certains de ses fidĂšles avaient commis le crime politique d’avoir commencĂ© Ă  annoncer fiĂšrement sa prochaine candidature au titre du RHDP, pendant que le Premier ministre Amadou Gon, candidat dĂ©signĂ©, Ă©tait couchĂ© sur son lit d’hĂŽpital. Tout le monde l’a vu et lu sur Internet. Le jour donc oĂč ses espions ont annoncĂ© Ă  Hamed Bakayoko qu’Amadou Gon Ă©tait tirĂ© d’affaire et qu’il se portait de mieux en mieux, ce fut le branle-bas dans son camp. Il en voulu fortement Ă  Awaza son sacrificateur et ses marabouts, les menaçant de reprĂ©sailles. Avec le retour en fanfare d’Amadou Gon-Coulibaly, Hamed Bakayoko est conscient qu’une guerre vient d’ĂȘtre dĂ©clenchĂ©e.

« Le jour de l’arrivĂ©e du Premier ministre Ă  Abidjan, toute sa famille lui a conseillĂ© de ne point serrer la main du Ministre Hamed Bakayoko, car il Ă©tait supposĂ© dissimuler une amulette dans sa poche, qui pourrait lui nuire s’il le saluait »

Signe de l’ouverture des conflits, le jour de l’arrivĂ©e du Premier ministre Ă  Abidjan, toute sa famille lui a conseillĂ© de ne point serrer la main du Ministre Hamed Bakayoko, car il Ă©tait supposĂ© dissimuler une amulette dans sa poche, qui pourrait lui nuire s’il le saluait. Les proches des deux hommes ont notĂ© le malaise perceptible entre eux Ă  l’aĂ©roport. Ils se sont Ă  peine saluĂ©s. Hamed Bakayoko a compris que la partie allait ĂȘtre dĂ©licate pour lui et qu’il jouait maintenant son avenir politique face Ă  la dĂ©termination affichĂ©e d’Amadou Gon de rĂ©gler des comptes. Il a dĂ©cidĂ© de se replier sur ses bases de SĂ©guĂ©la pour se prĂ©parer Ă  affronter la tempĂȘte. L’État-major d’Awaza a Ă©tĂ© rĂ©uni avec de nouvelles compĂ©tences.

De nouvelles consultations ont Ă©tĂ© faites et des nouvelles rassurantes ont Ă©tĂ© donnĂ©es au fils de SĂ©guĂ©la. Ses devins sont formels : Amadou Gon rechutera avant les Ă©lections et ne sera plus candidat. Un autre parmi les grands candidats dĂ©clarĂ©s tombera Ă©galement et ne pourra pas compĂ©tir pour la prĂ©sidentielle. Ces deux candidats qui pourraient empĂȘcher Hamed Bakayoko d’accomplir son destin prĂ©sidentiel seront foudroyĂ©s. Ainsi, de guerre lasse, le PrĂ©sident Ouattara serait obligĂ© de se rebattre sur Hambak comme ultime recours. Tous les candidats affichĂ©s, dont Guillaume Soro et Henri Konan BĂ©diĂ©, ont donc du souci Ă  se faire. Ceux qui veulent croire qu’ils croient. Ceux qui veulent nĂ©gliger cette prĂ©diction des marabouts d’Hamed Bakayoko, libre Ă  eux !

Mais, juste un conseil : la famille et les proches d’Amadou Gon-Coulibaly feraient mieux de prendre au sĂ©rieux ces Ă©crits de Chris Yapi, au lieu de se laisser aller Ă  la jubilation. Veillez sur le Premier ministre et soignez-le bien, car la bataille rentre dans une nouvelle dimension.
Souvenez-vous de la bataille de Kirina entre Soundjata KĂ©ita et Soumangourou KantĂ©, aux multiples rebondissements. Le vainqueur est devenu l’empereur du MandĂ©. Entre Amadou Gon-Coulibaly et Hamed Bakayoko qui portera la couronne ? Qui vivra verra. Octobre n’est pas loin et la guerre des titans est loin d’ĂȘtre terminĂ©e.

CHRIS YAPI NE MENT PAS. « 

*La suite, on la connaßt, le premier Ministre Amadou Gon Coulibaly décÚdera en plein conseil des ministres.

Lire la suite

LES PLUS POPULAIRES