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đŸ”” SUZANNE KALA LOBE (2009): « La diaspora camerounaise doit redescendre sur terre »

La lettre de la journaliste Ă©ditorialiste et membre du Conseil National de la Communication Suzanne Kala-LobĂš Ă  la diaspora reste-t-elle d’actualitĂ© 11 aprĂšs publication? Lisez vous – mĂȘme.

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Lettre Ă  la diaspora: Mes chĂšres compatriotes et chers compatriotes, Par votre activisme dĂ©bordant mais pas toujours efficace vous avez eu le mĂ©rite de faire monter Ă  la surface de l’espace public un dĂ©bat qui m’a toujours prĂ©occupĂ©e depuis que je suis rentrĂ©e au Cameroun, il y a maintenant deux dĂ©cennies: c’est le dĂ©calage qu’il y a entre un pays fantasmĂ©, que l’on voit tel qu’on le rĂȘve, sans savoir si on veut transformer le rĂȘve ou le pays et le pays rĂ©el dans lequel vivent des millions de Camerounais, que nous Ă  l’extĂ©rieur avons toujours cru ignorants, moins au fait que nous de leur rĂ©alitĂ©, du systĂšme dans lequel ils vivent que certains subissent et d’autres moins! Ce qui a motivĂ© la lettre, c’est la lecture de tous vos tracts dont le contenu dĂ©nonciateur aurait pu enflammer les foules si le ton Ă©tait plus juste et l’antienne moins ancienne. Si je crois Ă  la fonction tribunitienne de la dĂ©nonciation, je suis fermement persuadĂ©e qu’il faut rapprocher des faits pour pouvoir gagner des millions de Camerounais Ă  un combat pour que naisse un Kamerun Nouveau.

Or il me semble en vous lisant que ce que vous dites du Cameroun est en dĂ©calage avec la rĂ©alitĂ© que j’observe. Que la maniĂšre dont vous caractĂ©risez le rĂ©gime de Biya me paraĂźt plus mĂ©canique qu’analysĂ©e. Du coup, vos stratĂ©gies de combat passent Ă  cĂŽtĂ© de la plaque rĂ©volutionnaire et ne vous permettent pas de gagner l’adhĂ©sion des masses. Je sais que vous me rĂ©torquerez que les masses sont abruties, assommĂ©es par leur sort, elles coupent sur le temps de la vie, pour ne pas ĂȘtre dĂ©calĂ©es de leur quotidien. Que la vĂ©ritĂ© vient essentiellement de vos analyses outre-Atlantique.

Puisqu’ici, nous avons tellement le nez collĂ© sur le guidon, que nous avons peine avoir les roues tourner! Du haut de la Tour Eifel, on peut voir les merveilles du Monde et la Tour de Pise a beau ĂȘtre en dĂ©sĂ©quilibre permanent, ceux d’entre vous qui rament Ă  Venise, Paris oĂč Londres ont la prĂ©tention et les papiers qu’il faut pour dĂ©crire le prĂ©sent de l’Afrique et prĂ©voir avec une voyance ultra lucide, ce que demain sera pour nous tous. J’ai envie de vous dire redescendez sur terre.

Redescendez vite les marches de la Tour Eiffel, Ă©crasez avec vigueur vos lunettes grossissantes et regardons ensemble ce qui cloche dans votre dĂ©marche. Je crois qu’il vous faut dĂ©poussiĂ©rer beaucoup de vos modĂšles. Plus que jamais vous devez reconsidĂ©rer vos paradigmes, vos angles d’attaque. Car ce qui fait aujourd’hui la longĂ©vitĂ© de Paul Biya ce sont les erreurs tactiques et stratĂ©giques de ses adversaires. Et ces adversaires ont comme point commun de ne pas voir le Cameroun pour ce qu’il est, tel qu’il est avec son potentiel et ses faiblesses.

Non, ils le voient tel qu’il est vu Ă  travers les mailles d’une grille nĂ©o-tiers-mondistes, qui fit de la critique de l’impĂ©rialisme son cheval de bataille, sans savoir si l’impĂ©rialisme avait changĂ© de forme et quelles incidences ces changements ont provoquĂ© dans le champ politique.

Tout se passe dans vos rĂ©criminations comme si la doctrine rĂ©volutionnaire s’était Ă©puisĂ©e avec MaoTsĂ©Toung, Castro et mĂȘme Engels. Comme si la structure du systĂšme Ă©conomique n’avait pas engendrĂ© de nouveaux monstres obligeant les combattants Ă  rĂ©viser leur approche et tactique. A lire derriĂšre vos invectives, vos colĂšres et un peu votre dĂ©sespoir, je ne peux manquer de me rappeler ces annĂ©es 70, oĂč encore jeune lycĂ©enne, toute pĂ©trie de mon nouveau savoir marxiste, je donnais des leçons de lutte de classe Ă  mes parents aristo-bourgeois, du haut de mes dix huit ans.

J’avais la fougue, l’aveuglĂ©ment et naturellement la mĂ©-connaissance de la jeunesse. Mais je prenais mon ignorance pour du savoir absolu. J’avais l’utopie savante et la critique dogmatique, forcĂ©ment convaincue de dĂ©tenir la vĂ©ritĂ© pour sortir l’Afrique des miasmes du sous-dĂ©veloppement. J’avais alors sous-estimĂ© la puissance de la propagande blanche et Ă  quel point celle-ci nous avait soumis Ă  un lavage de cerveaux, y compris, nous qui nous croyions rĂ©volutionnaires.

Il me faudra rentrer pour comprendre dans quelle torpeur intellectuelle nous avait condamnĂ© l’arrogance de nos certitudes et saisir la maniĂšre pĂ©riphĂ©rique que nous avions d’aborder la question du changement sur le continent. A l’époque, je savais qu’il y avait une imposture quelque part, mais je ne savais pas exactement oĂč la situer. L’imposture c’était notre maniĂšre dĂ©calĂ©e et attardĂ©e de voir l’Afrique: nous ne la voyions pas comme un continent, un tout complexe, mais comme un Ă©tat gouvernĂ© par des « prĂ©sidents fantoches et dictateurs, Ă  la solde de l’impĂ©rialisme dont la rĂ©alitĂ© s’arrĂȘtait aux portes de leur palais, aux murs des prisons et aux cris des militants.

Nous avions rĂ©duit l’Afrique Ă  un seul schĂ©ma, sans chercher Ă  comprendre quelles Ă©taient ses dynamiques propres, de maniĂšre Ă  travailler sur sa capacitĂ© de changer et sur les dynamiques sociales qui la font encore tenir debout. Nous Ă©tions de cette cĂ©citĂ© que donne l’assurance de ceux et celles qui sont convaincus d’ĂȘtre au centre du savoir.

Mais qu’en Ă©tait-il de nos faits de luttes? Quels combats avions nous menĂ© en France Ă  Londres aux Etats-Unis, pour prĂ©tendre enseigner aux autres une maniĂšre de se battre? Mes chers compatriotes et chĂšres compatriotes de la diaspora, je retrouve dans votre hargne, ma rage de jeunesse et dans vos mots ma suprĂȘme arrogance. Je ne vous en veux pas. Mais, il faut que nous avancions. Il faut rĂ©ellement que le pays change. Pour cela nous avons besoin de vous, avec plus d’intelligence que celle que vous manifestez aujourd’hui.

Nous avons besoin de vous avec plus d’humilitĂ© et un sens aigu de l’analyse. Nous avons besoin de vous pour un front de lutte mieux articulĂ© sur des programmes fondĂ©s sur une apprĂ©hension juste de ce que nous sommes aujourd’hui. Et non pas ce que l’on nous a fourguĂ© comme idĂ©ologie de contrebande en guise et place de toute stratĂ©gie rĂ©volutionnaire. Chers compatriotes et chĂšres compatriotes, depuis combien de temps n’avons nous pas eu de penseurs rĂ©volutionnaires? Depuis que Marx a Ă©crit le Capital combien d’entre vous ont prĂȘtĂ© leur connaissance Ă  l’élaboration de nouvelles doctrines? Combien d’entre vous, ont fouillĂ© les entrailles de l’Afrique, pour en tirer la substantifique moelle? Peu, bien peu.

Non, vous vous intĂ©ressez aux strass et aux paillettes. Aux palais et non aux paillotes. Aux cĂŽtĂ©s spectaculaires de la politique. Le visible. Le risible. Le grotesque. Aux lampions qui font briller le dĂ©placement d’un chef d’Etat Ă  Paris. Vous croyez donner de l’importance Ă  un fait qui n’est que l’aboutissement d’un long processus: pourquoi n’avez-vous pas empĂȘchĂ© le Premier ministre français Ă  venir prĂ©parer la visite de Paul Biya le 21 juillet 2009? Pourquoi n’avez pas dĂ©clenchĂ© une grĂšve de la faim, dĂšs l’instant oĂč vous saviez que les Accords de dĂ©fense entre le Cameroun et la France avaient Ă©tĂ© modifiĂ©s? Pourquoi n’avez-vous pas hurlĂ© et rĂ©primandĂ© sĂšchement Nicolas Sarkozy sur l’Etat de sa politique en Afrique? Chers compatriotes et chĂšres compatriotes, manifestez! Exprimez-vous! Mais n’oubliez pas de rĂ©actualiser vos paradigmes et soyez un peu plus imaginatifs! Allez piocher dans votre intelligence les rĂ©serves de crĂ©ativitĂ© qu’il faut pour changer la donne en Afrique.

Fouillez un peu mieux dans vos littĂ©ratures pour trouver la traçabilitĂ© qu’il faut Ă  un projet rĂ©volutionnaire. Maintenant si vous vous ennuyez et si le pays vous manque: sortez de vos HLM ou vos appartements bourgeois. Ne vous laissez pas asphyxier par la fumĂ©e nostalgique des plats -pays. Rompez avec vos habitudes d’immigrĂ©s.

Prenez un billet d’avion tous les trois mois et venez rĂ©flĂ©chir avec nous Ă  la meilleure stratĂ©gie pour sortir le pays des griffes de tous les imposteurs. Je sais que vous saurez me lire et je voie dĂ©jĂ  vos objections. Mais ça ne fait rien: j’attends. je suis disposĂ©e au dĂ©bat. Votre serviteur E (je tiens Ă  cet E, final). La chroniqueuse ».

Suzanne Kala Lobe est Journaliste et membre du Conseil National de la Communication

DOUALA – 20 JUIL. 2009 | La Nouvelle Expression

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🔮Luther MEKA: « Djamen doit quitter le MRC et demander pardon Ă  Biya »

Le communiquant du RDPC parti au pouvoir tire ses leçons des derniĂšres Ă©lections couplĂ©es lĂ©gislatives et municipales du 09 FĂ©vrier dernier. Pour lui, malgrĂ© qu’il ne rĂ©colte pas de siĂšge au conseil municipal de Douala 5e oĂč il Ă©tait en compĂ©tition, CĂ©lestin Djamen (pressenti pour challenger le maire RDPC sortant jusqu’Ă  ce que son parti le MRC dĂ©cide de ne plus participer aux scrutins) est moins bien loti que lui et il devrait rejoindre le RDPC.

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Lettre Ă  CĂ©lestin Djamen:

Aucun homme sensĂ©, qui a toute sa raison ne peut accepter ce qui s’est passĂ© dans le MRC (Mouvement pour la Renaissance du Cameroun). Quitter de façon impromptue les Ă©lections pour sa propre gloire, pour son honneur, sans consulter personne. Tout simplement parce que le monde entier dĂ©couvrira que le MRC n’est pas national, qu’il a peu d’Ă©lus, tout simplement parce que kamto n’a pas Ă©tĂ© Ă©lu president (lors du scrutin d’Octobre 2018).

Mon cher CĂ©lestin, ton prĂ©sident de parti et ses thurifĂ©raires pensent que le MRC et lui ont un destin presidentiel, et que vous autres vous l’accompagnez et donc, vous ne comptez pas.

S’il ne peut pas ĂȘtre president, vous vous ne serez pas maires, dĂ©putĂ©s, sĂ©nateurs. D’ailleurs, il vous l’a dit, « le MRC n’est pas nĂ© pour distribuer les postes Ă©lectifs aux individus mais pour changer le Cameroun » dans le sens que lui il souhaite.

Cher CĂ©lestin Djamen, il n’est pas tard. Demande pardon au peuple camerounais pour avoir Ă©tĂ© dans un projet funeste avec les ennemis du Cameroun.

Demande pardon au prĂ©sident Paul Biya Ă  qui tu as malhonnĂȘtement portĂ© plainte pour biens mal acquis Ă  Paris. Le peuple camerounais n’a jamais pardonnĂ© cet affront contre leur president dont la modestie, la sobriĂ©tĂ© n’a d’Ă©gale que l’abbĂ© Pierre.

CĂ©lestin Djamen tu as Ă©tĂ© dans le SDF et tu as Ă©tĂ© victime de favoritisme. Tu as Ă©tĂ© au MRC, et tu as constatĂ© l’existence de la dictature de la pensĂ©e unique et des projets funestes contre le peuple camerounais. Tu constates ce que moi j’ai compris depuis des lustres.

La solution est Ă©vidente: Tourne toi vers le RDPC, le seul parti du rassemblement, constant, et perein. Il respecte la diversitĂ© ethnique du Cameroun et Ɠuvre pour le dĂ©veloppement. Le RDPC reçoit tous les camerounais capables de mettre leurs compĂ©tences pour les grandes opportunitĂ©s.

Notre prĂ©sident national est un president du pardon. Lui, le « Lion » au pouvoir, n’a-t-il pas pardonnĂ© Ă  son propre « chasseur »? N’a-t-il pas pardonnĂ© Ă  Maurice Kamto lui-mĂȘme en faisant arrĂȘter les poursuites contre lui (Ă  la surprise gĂ©nĂ©rale)? N’a-t-il pas pardonnĂ© aux auteurs du coup d’État du 06 avril 1984 en signant l’amnistie ?

Paul Biya te pardonnera. Viens prendre la carte. Le RDPC est le parti du rassemblement.

Luther André Meka

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🔮 CHARLES FORGANG (SDF): « Nous avons perdu Ă  cause du vote tribal et de la corruption »

Charles Cacharel Forgang est journaliste, syndicaliste et enseignant de journalisme. Il s’est engagĂ© en politique dans la liste du SDF pour les Ă©lections municipales Ă  la commune de Douala 5e, liste conduite par Carlos Ngoualem. Et pour lui, les causes de leur echec sont facilement identifiables.

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 » Nous avons perdu, mais gagné en leçons. Le pays va encore plus mal.
Le vote a eu lieu. Les rĂ©sultats en notre possession placent le RDPC en tĂȘte, le PCRN en second et le SDF en troisiĂšme position aux municipales Ă  Douala 5. Je ne serai donc pas conseiller Municipal cette fois et c’est partie remise.

Je vous remercie pour tout le soutien et salue la percĂ©e du PCRN et de sa jeunesse. Le RDPC est restĂ© fidĂšle Ă  lui-mĂȘme, constant dans la fraude par l’achat des consciences. J’ai supervisĂ© les Ă©lections dans trois centres de vote comptant 20 bureaux. Ici, on trouvait des Ă©missaires du RDPC, qui faisaient voter des Ă©lecteurs pour quelques billets de banque.

La leçon que j’en tire est qu’au Cameroun, le vote est devenu dĂ©finitivement communautaire. Les Ă©lecteurs des bastions ou village Bassa sont sortis en masse plĂ©bisciter le PCRN. C’est dans ces zones qu’on trouve les plus forts taux de participation. Au centre de vote de l’Ecole ST Kisito NDOGBATI 2 par exemple, plus de Ÿ des inscrits sont venus voter. Il fallait mĂȘme s’aligner et se bousculer pour accomplir son devoir citoyen. Ici, le PCRN s’en sort parfois avec des avances de plus d’une centaine de voix sur les autres.

Les Anglo-bamis sont par contre ceux qui ont le plus respectĂ© le mot d’ordre du Boycott. A Makepe Missoke et dans le grand Bepanda, Ă  peine ÂŒ des inscrits sont venus voter. Le SDF s’est classĂ© en tĂȘte dans tous les bureaux, mais avec des scores Ă©triquĂ©s.

Le RDPC, dont les militants ne sont pas concernĂ©s par le boycott sont restĂ©s constants. Le parti a associĂ© Ă  leur vote, l’achat des consciences des jeunes et des femmes.

J’en retiens que dans ce pays, au-delà de tout, le RDPC a aussi des militants fidùles, qui, pour une raison ou une autre croient en ce parti.

Ces Ă©lections confortent l’enracinement des clans, du communautarisme et la prĂ©servation des privilĂšges acquis. On y comprend que les candidats ne sont pas Ă©lus pour un quelconque projet de sociĂ©tĂ©. On y apprend aussi que la famine, les difficultĂ©s de la vie, la quĂȘte de la pitance quotidienne, le culte de la personnalitĂ© des leaders politiques enivrent les Kamerunais.

On en tire la leçon, que, pour une communauté bien identifiée, une communauté adepte de la fourberie, que je refuse de nommer ici, le pays peut basculer à gauche ou à droite, sombrer, mais tant que leurs privilÚges ne sont pas menacés, cette communauté reste imperturbable.

Je reste confiant qu’un autre Kamerun est possible. Un Kamerun oĂč on pensera d’abord au pays, avant de penser Ă  soi. »


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