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đŸ”” Linda Kamta: « Le silence, arme de destruction massive contre la polygamie »

« AprĂšs 6 annĂ©es de relation, mon gars a enfin dĂ©cidĂ© de me mettre la bague au doigt. Comme il a dĂ©cidĂ© de s’engager, dans son entourage, chacun vient s’en mĂȘler. « 

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D’abord, il y a eu sa mĂšre: « Tu dois signer le rĂ©gime polygamie sinon, cette fille va te pourrir la vie ».

DerniĂšrement, je suis posĂ©ment posĂ©e chez lui. Le gars arrive avec deux de ses amis et ses deux frĂšres. Chacun me saluant de façon un peu… bizarre. Ils Ă©taient un peu trop polis.

Eux: La mĂšre, c’est comment?
Moi: ça va!

Attitude bizarre . Les gars me regardent . Je vais dans la chambre, mon chéri me suit.

Lui: Bae, ça va?
Moi: Ouii
Lui: Je veux qu’on discute un peu.
Moi: Ok.
Lui: Tu sais qu’on est entrain de construire une famille, naaan?
Moi: Ouiii.
Lui: On a dĂ©jĂ  calĂ© la date du mariage, mais je veux qu’on discute sur un point.
Moi: Ok. Lequel?
Lui: Sur le rĂ©gime, je veux qu’on signe rĂ©gime polygamie.
Moi: Ok.
Lui: Ok koi?
Moi: J’ai compris.
Lui: Et ça ne te dérange pas?
Moi: Non.

Le gars reste silencieux pendant quelques minutes. Entre temps, je range les vĂȘtements.

Moi: Tu as eu des nouvelles de Pascal ?
Lui: Non.

Le silence…

Lui: Tu as mĂȘme compris ce que je t’ai dit? Je veux qu’on signe rĂ©gime polygamie.
Moi: Ouiii
Lui: Et ça ne te dit rien?
Moi: C’est ce que tu veux, naaan?
Lui: Ce n’est pas le genre de polygamie de Pierre Roger lĂ , hein. Il y’a possibilitĂ© que je prenne une seconde Ă©pouse.
Moi: Ok.
Lui: Kamta, tu es sĂ»re que tu m’aimes vraiment ??

Hapaaaaaaaaa!* (*Eh ben dis donc!). Quand je repars au salon, sa bande de gars me regarde. Bizarrement. Puis…

Eux: La mÚre, ça va?
Moi: TrĂšs bien! Merci, et vous?

Je leur sers à manger. Mon « husband To be » est toujours dans la chambre . Silencieux.

Moi: BaĂ© oooh! Viens manger, mon cƓur !!!

Je fais un tour hors de la maison. Je reviens quelques minutes plus tard.

Moi: Mais… vous ne mangez pas?
Eux: Euh… On t’attendait , la mĂšre.
Moi: Hummm … Vous m’attendez souvent???

Ils se regardent. Je suis assise, entrain de zapper ma tv au calme. Le combat continue.

D’aprĂšs vous, pourquoi ces hommes ont tant de mal Ă  manger ma nourriture? De quoi ont-ils peur?

c° Lk

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â˜Łïž Alain-Roger Edou: « Le Covid va reconfigurer la carte du monde et redistribuer les Ă©quilibres de puissance ».

Le Dr Alain Roger Edou est Politologue, spĂ©cialiste de politique internationale et membre-expert du RĂ©seau de Recherche sur les OpĂ©rations de Paix de l’UniversitĂ© de MontrĂ©al. Il est auteur du Petit TraitĂ© des relations internationales africaines contemporaines paru en mai 2019 Ă  Paris chez l’Harmattan.

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Vers une troisiÚme guerre mondiale? ou Le corona virus par les mots de la polémologie

Penser le Corona Virus relĂšve aujourd’hui de la banalitĂ©, tant l’expertise savante est brouillĂ©e par le discours commun. Pour l’internationaliste, rĂ©vĂ©ler les affinitĂ©s Ă©lectives entre les mots du champ de la mĂ©decine et ceux du champ de la polĂ©mologie s’avĂšre heuristique. L’internationaliste doit pourtant faire entendre sa voix, Ă  rebours du discours ambiant ou des prises de position militantes et obsessionnelles autour de cet « Ă©vĂšnement monstre Â». Quelquefois pressĂ© par des proches, je me suis laissĂ© convaincre de la nĂ©cessitĂ© d’y jeter un regard froid et sans complaisance. Ainsi, contrairement Ă  une certaine tradition scolastique, je pense que l’homme de science est un exĂ©gĂšte de l’histoire du prĂ©sent,Ă  condition qu’il Ă©lague les substrats idĂ©ologiques de son analyse et qu’il « s’arme Â» de rigueur. Au demeurant, la rapiditĂ© avec laquelle ce virus s’est rĂ©pandu va de pair avec la soudainetĂ© de son Ă©mergence en Chine. CelĂ  a fait naĂźtre des thĂ©ories complotistes qui affirment qu’il s’agit d’un virus fabriquĂ© en laboratoire pour des visĂ©es gĂ©oĂ©conomiques hĂ©gĂ©moniques. Alors que certains chercheurs ayant brevetĂ© l’invention du Corona virus sont pointĂ©s du doigt, le chef de l’exĂ©cutif Ă©tasunien dĂ©signe le mal par l’appelation « virus chinois Â». Cette guerre sĂ©mantique cache mal la similaritĂ© de rhĂ©torique guerriĂšre entre les Ă©noncĂ©s courants utilisĂ©s Ă  la fois par la communautĂ© scientifique, le monde social et politique, le monde mĂ©diatique ; et la polĂ©mologie classique. Cette affinitĂ© nominale n’est pas un fait anodin. Ne traduit-elle pas, au fond, le dĂ©roulement d’une troisiĂšme guerre mondiale sui generis oĂč s’affrontent, non plus les armĂ©es rivales des Etats, mais des laboratoires scientifiques ? Quelles premiĂšres leçons peut-on en tirer pour les relations internationales?

Les mots de la polémologie dans le discours médical

Les inventions scientifiquesont de tout temps Ă©tĂ© considĂ©rĂ©es comme un instrument en polĂ©mologie. En effet, c’est bien l’esprit scientifique qui a permis l’évolution de l’industrie de l’armement, la logistique de guerre, l’invention des armes de destruction massive, et la sophistication des techniques de dĂ©fense. Mais, avec le corona virus, il apparait comme une inversion de curseur. C’est plutĂŽt la tradition de la guerre, dans ses reprĂ©sentations verbales et nominales, qui influence la communautĂ© scientifique appelĂ©e en rescousse pour trouver une rĂ©ponse Ă  cette dynamique virale dont le potentiel de sinistralitĂ© a Ă©tĂ© trĂšs vite Ă©tabli.

Tant et si bien, le langage des mĂ©decins et des chercheurs semble, plus que par le passĂ©,  irriguĂ© par l’intrusion du vocabulaire de la guerre. Plusieurs expressions en traduisent la rĂ©alitĂ©.

Il y a premiĂšrement le mot « confinement Â».

Dans la polĂ©mologie, la notion de containment mobilisĂ©e pendant la guerre froide s’en rapproche superbement. Celle-ci fait appel Ă  l’idĂ©e d’encerclement ou de blocage, faisant rĂ©fĂ©rence Ă  une stratĂ©gie de combat pour etoufer l’ennemi. Or la population confinĂ©e ne saurait ĂȘtre cet ennemi. Le confinement ici permet d’assurer le « maillage » du   territoire du virus.

Ville en confinement total

Il en va de mĂȘme de la notion de « barriĂšre Â».

Le vocabulaire mĂ©dical ces derniĂšres semaines a enrichi le quotidien des locuteurs de l’expression « geste-barriĂšre Â» qui renvoie aux attitudes Ă  prescrire et Ă  celles Ă  proscrire pour contenir la progression du virus. Or, prĂ©cisĂ©ment, la barriĂšre dans le langage militaire est un obstacle dressĂ© sur le chemin de « l’ennemi Â». Il s’agit d’un point de contrĂŽle et de filtrage qui est, Ă  l’instar de la sphĂšre mĂ©dicale, un horizon de protection contre l’ennemi.

Il existe plusieurs autres expressions qui dĂ©notent du brouillage ou de l’enrichissement mutuel des champs.

C’est aussi le cas du concept de « sĂ©curitĂ© Â» employĂ© dans le mot composĂ© « distance de sĂ©curitĂ© Â».

Dans la tradition nĂ©o rĂ©aliste des relations internationales, il est admis que les Etats sont en quĂȘte parmanente, non plus de puissance, mais plutĂŽt de sĂ©curitĂ©. Cette idĂ©e vise Ă  dire que le besoin de paix qui irrigue le comportement international de l’Etat se manifeste pareillement chez les individus. Le champ de la polĂ©mologie associe quasi-naturellement les notions de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© pour dĂ©signer un dispositif de quadrillage de l’espace territorial pour faire advenir l’ordre. Faire observer une « distance de sĂ©curité » renvoie dĂšs lors et fatalement, Ă  la posture « d’auto-dĂ©fense », dont l’essence est l’évitement de l’insĂ©curitĂ© liĂ©e Ă  l’exposition au virus. L’expression est courante dans l’univers de la protection des personnalitĂ©s, des champs de tirs ou des essais atomiques, etc.

Au surplus, l’on observe avec quelque Ă©tonnement, l’emploi anaphorique du terme « Ă©quipement Â».

Le vocabulaire militaire est coutumier de la notion. La logistisque de guerre comprend effectivement des « Ă©quipements militaires Â» qui laissent la place, dans cette forme de troisiĂšme guerre mondiale, aux Ă©quipements mĂ©dicaux.

La guerre mondiale qui se dĂ©roule sous nos yeux, sape les capacitĂ©s d’organisation des Etats. Elle questionne l’efficacitĂ© des systĂšmes de santĂ© publique et pose le problĂšme de la qualitĂ© des Ă©quipements mĂ©dicaux.

Incidemment, la figure de l’Etat y est questionnĂ©e en termes d’ordonnateur de la configuration des systĂšmes de santĂ© et de programmateur des rĂ©ponses adĂ©quates face Ă  la menace sanitaire.

Qu’il suffise de s’intĂ©resser Ă  un dernier concept fort de sens : les « opĂ©rations Â».

Le corona virus exige dans certains cas des actes chirurgicaux que sont les opĂ©rations, lorsque les sujets ont des complications dĂ»es par exemple Ă  l’existence des pathologies antĂ©rieures. Ce vocable est couramment utilisĂ© depuis quelques semaines dans le cadre des rapatriements des ressortissants des Etats. Les « opĂ©rations de rapatriement Â» donnent une fausse illusion du confinement du corona virus dans les zones de dĂ©part. Le langage de la polĂ©mologie fait usage commun de la notion d’opĂ©ration armĂ©e et celle de thĂ©Ăątre d’opĂ©rations, qui mettent en avant le mouvement. C’est exactement cette phĂ©nomĂ©nologie qui se dĂ©voile dans la logique de transfert des citoyens dans leurs terroirs originels. De la sorte, l’affinitĂ© Ă©lective se manifeste par le fait que les opĂ©rations d’évacuation traduisent surtout une interopĂ©rabilitĂ© entre les nationaux et leurs dirigeants, au mĂȘme moment oĂč les interactants d’un thĂ©Ăątre d’opĂ©ration ou d’une opĂ©ration armĂ©e s’affrontent ou coopĂšrent.

Les mots de la polémologie dans le discours politique

La guerre, disait Clausewitz, est la continuation de la politique par d’autres moyens. Ce qui se dĂ©roule sous nos yeux est Ă  maints Ă©gards symptomatique de la prise en main par les politiques de la riposte contre la menace globale qu’est dĂ©sormais ce virus. Tout est politique, clamme-t-on de maniĂšre rĂ©pĂ©titive dans les sciences du politique. A la vĂ©ritĂ©, la rhĂ©torique sur le corona virus est portĂ©e par les acteurs politiques qui sembent supplanter, dans la majoritĂ© des cas, les acteurs scientifiques. Le concept de lĂ©gitimitĂ© de Max Weber permet d’expliquer ce phĂ©nomĂšne dans sa variante lĂ©gale rationelle. Les dĂ©cideurs, gouvernants et hommes politiques en responsabilitĂ© sont dĂ©tenteurs des mandats dĂ©mocratiques qui leur confĂšrent la lĂ©gitimitĂ© de parler au nom de la communautĂ©. Aussi, est-il question de marquer le coup, car la sanction de l’opinion souvent est sans appel. Dans les Etats confrontĂ©s Ă  l’imminence du bouillonnement du temps politique, le vocabulaire guerrier est plus prĂ©gnant. C’est le cas de la France oĂč le prĂ©sident a proprement parlĂ© de « guerre sanitaire Â» Ă  moult occurrences. La stratĂ©gie du prĂ©sident amĂ©ricain, Ă  la veille du scrutin de novembe, consiste Ă  rattraper le retard constatĂ© dans le dĂ©clenchement de la riposte du pays, en mettant en avant le caractĂšre erronĂ© et incomplet des informations que la Chine fournissait aux Etats dĂšs dĂ©cembre 2019 ; ce qui a amenĂ© ceux-ci Ă  minorer la « menace Â».

L’évocation du concept de « menace Â» propre Ă  la grammaire polĂ©mologique s’applique bien au corona virus que les hommes politiques dĂ©signent comme tel. La menace peut ĂȘtre visible, invisible, symĂ©trique ou asymĂ©trique. Dans le cas d’espĂšce, le corona virus est dĂ©signĂ© par les acteurs politiques et dĂ©cisionnels comme une menace invisible de type asymĂ©trique. Et, puisque cette catĂ©gorie de menace ne nĂ©cessite pas la mobilisation des armĂ©es conventionnelles, un nouveau type d’armĂ©e voit le jour.

La troisiÚme guerre mondiale qui a court érige dÚs lors le medecin, la firme pharmaceutique, le chercheur du laboratoire, en unités armées.

En clair, ici, se jouent des stratĂ©gies directes oĂč, les Etats, plutĂŽt que de lutter collectivement contre le corona virus, soutiennent individuellement leurs unitĂ©s de combats d’un nouveau genre, en installant le monde dans une course Ă  la dĂ©couverte du vaccin et du sĂ©rum. On est Ă©videmment loin de la figure du diplomate et du soldat de Raymond Aron comme dĂ©terminant de la dualitĂ© actorielle des relations internationales.

Les notions de « crise Â» sont aussi rĂ©guliĂšrment mobilisĂ©es dans les discours. En France, en Italie, en Espagne, et partout dans le monde, la crise sanitaire semble dĂ©sacraliser toutes les autres thĂ©matiques de l’agenda mondial. Tout est reportĂ©, annulĂ©, disqualifiĂ© au profit de la convergence des Ă©nergies vers le corona virus. Le temps mondial semble suspendu aux effets dĂ©vastateurs de la crise sanitaire sur l’économie-monde. Un bouleversement de l’ordre du monde est probablement attendu. D’oĂč l’intĂ©rĂȘt pour l’Etat de monter en force dans la recherche des rĂ©ponses idoines.

L’homo politicus, dans ce contexte, donne des « ordres Â». L’Etat providence  devient interventionniste, en ce sens qu’il se saisit de tout, rĂ©gule tout et organise tout. Des stocks des casques de protection ou de mĂ©dicaments au soutien au marchĂ©, en passant par l’organisation des dispositifs de ravitaillement des mĂ©nages, la dĂ©rĂ©gulation s’estompe. Il y a mĂȘme dans certains cas, une hypertrophie des pouvoirs prĂ©sidentiels ou exĂ©cutifs. Les cas les plus emblĂ©matiques sont amĂ©ricains et français. Dans le premier cas, Donald Trump dĂ©crĂšte l’ensemble du territoire de la fĂ©dĂ©ration « urgence nationale Â», ce qui lui confĂšre des pouvoirs exeptionnels. Dans le second cas notamment, une loi sur l’état d’urgence sanitaire permettra probablement au prĂ©sident de la RĂ©publique de devenir un jupiter constitutionnel, au premier ministre et au ministre de la santĂ© de jouir des prĂ©rogatives exorbitantes. Que dire de l’exemple chinois, sinon qu’il illustre le point culminant de la notion de « l’ordre Â» ? La mise en confinement Ă  Wuhan de prĂšs de 12 millions d’habitants a Ă©tĂ© un fait inĂ©dit dans l’histoire de la rĂ©gulation des mobilitĂ©s urbaines. Ailleurs, la restriction des « dĂ©placements Â» aux seuls cas justifiĂ©s par les nĂ©cessitĂ©s impĂ©rieuses a posĂ© la question de la violation des libertĂ©s individuelles. En temps de guerre, cela nest-il pas justifiable ? A preuve, la CorĂ©e du Sud et le Japon ont suivi ce chemin.

Face aux demandes sociales pressantes, il est partout question pour le politique de proposer une « stratĂ©gie Â» de lutte contre le corona virus. Ici, l’exception nationale prime lĂ  oĂč la mise en synergie aurait pu prĂ©valoir.

Il suffit d’évoquer le cas de l’Italie et ses appels restĂ©s aphones au niveau de l’union europĂ©enne. L’arrivĂ©e, sous acclamation, le 21 mars 2020, de 36 mĂ©decins, 15 infirmiers et un administrateur cubains dans ce pays, est emblĂ©matique de cette paradoxologie. Dans le mĂȘme sens, le secours de la Chine s’est accompagnĂ© d’un acte symbolique de remplacement de l’étendard de l’union europĂ©enne par celui de ce pays.

MĂȘme s’il ne s’est pas agi d’une cĂ©rĂ©monie officielle, l’écho de cet acte a raisonnĂ© au-delĂ  de l’Italie. L’Afrique centrale Cemac l’a compris aux aurores de la pĂ©nĂ©tration de cette pandĂ©mie dans son territoire. Les ministres en charge de la santĂ© ont rĂ©flĂ©chi ensemble sur les rĂ©ponses communautaires possibles malgrĂ© l’existence des programmes nationaux. Il faudrait sans doute plus de recul avec l’immĂ©diatetĂ© pour mieux en Ă©valuer l’efficacitĂ©, ce d’autant plus que l’union africaine n’a rĂ©uni les ministres africains de la santĂ© autour d’une stratĂ©gie continentale de rĂ©ponse que le 22 fĂ©vrier 2020.

L’idĂ©e mĂȘme de rĂ©ponse globale est portĂ©e par l’OMS qui dresse la cartographie et la sociographie actualisĂ©es du corona virus. La diffusion des informations sur le virus Ă©tant aujourd’hui polluĂ©e par les demi-savants, la banalisation de l’expertise brouille tout horizon clair de dĂ©chiffrage. Face aux dĂ©comptes macabres, le regain d’humanitĂ© qui traverse les vivants ou survivants favorise la diffusion tous azimuts des recette-miracles. Cette pollution en vient Ă  Ă©dulcorer la valeur des produits de la pharmacopĂ©e traditionnelle. Des tĂ©moignages de proches des victimes inondent les rĂ©seaux sociaux autour de la dangerositĂ© du virus et interpellent les pouvoirs publics sur la nĂ©cessitĂ© de prendre des mesures plus efficaces pour stopper la saignĂ©e humaine. Une appĂ©tence Ă  la mort se tisse dans l’éthos social au point oĂč, les interactions quotidiennes se nouent et se dĂ©nouent au rythme du dĂ©compte macabre. C’est la course Ă  l’exclusivitĂ© de l’annonce des nouveaux infectĂ©s, morts, ou guerris. Cette culture du charognard est un dĂ©fi pour les politiques qui doivent pourtant maitriser la communication de masse et contrĂŽler les effets anxiogĂšnes des psychoses et scenarii de l’apocalypse ainsi crĂ©Ă©s.

En outre, les querelles scientifiques entre praticiens et chercheurs de la mĂ©decine, abreuvent les publics d’informations contradictoires et parfois aux antipodes. On voit se dessiner une guerre des chiffres, une guerre de lĂ©gitimitĂ© sur les protocoles de mĂ©dication, avec en « premiĂšre ligne Â» les professionnels de la santĂ©. Des « combats Â» Ă©piques sont livrĂ©s entre experts, bien que quelques expĂ©riences collaboratives soient aussi enregistrĂ©es. S’en suit une « bataille de l’opinion Â» qui censure Ă  la fois l’action ou l’inaction des politiques et le sens moral des professionnels du serment d’hypocrate. Cette « guerre Â» symbolique utilise les mĂ©dias classiques et les nouveaux mĂ©dias pour relayer des spots gouvernementaux et des films de propagande autour de l’efficacitĂ© de l’action publique et de la prĂ©vention.

En conclusion : ce que le Corona virus enseigne aux relations internationales stratĂ©giques

L’hypothĂšse d’une troisiĂšme guerre mondiale ne relĂšve donc pas d’un fantasme de l’analyste. MĂȘme si la nature des armes en « combat Â» est diffĂ©rente des modalitĂ©s des deux premiĂšres dĂ©flagrations mondiales, que les belligĂ©rants sont des civils pour la majoritĂ© d’entre eux, et que la cible militaire ne fonde pas l’animositĂ© des acteurs, il demeure que la « guerre virale Â» qui a cours  n’a pas encore dĂ©voilĂ© la totalitĂ© de ses Ă©nigmes. Quelle soit spontanĂ©e ou construite, cette guerre comporte une dimension Ă©conomique et financiĂšre de nature Ă  reconfigurer la carte de la dĂ©mographie mondiale et Ă  redistribuer les Ă©quilibres de puissance en Europe et en Asie. La nature mondialisĂ©e de la premiĂšre et de la deuxiĂšme guerre mondiale Ă©tait en rĂ©alitĂ© le fait des stratĂ©gies indirectes. Or aujourd’hui, la globalisationdes mobilitĂ©s internationales, la rĂ©volution des moyens de transport, et la mobilitĂ© du capital ont entraĂźnĂ© une deterritorialisation de la dynamique virale. L’Afrique est confrontĂ©e, autant que les autres aires gĂ©ographiques rĂ©ceptacles des premiers contaminĂ©s, aux mĂȘmes dĂ©fis avec en prime, une pression plus forte sur son « disposiif Â» de rĂ©ponse Ă  cette « attaque Â» frontale.

Pour « neutraliser Â» la pandĂ©mie, l’on observe un regain de territorialitĂ© dans le comportement international de l’Etat. A la politique d’alliance, qui fut par exemple un multiplicateur de puissance entre 1914 et 1918 et entre 1939 et 1945, est substituĂ© l’individualisme des Etats qui recherchent des solutions nationales.

Les frontiĂšres sont clairement perçues comme des « fronts Â» ; ce qui constitue un paradoxe gĂ©opolitique au regard du truisme selon lequel l’énnemi de mon ami est mon ennemi. Si donc, le covid-19 est cet ennemi commun, la diffĂ©rence des intĂ©rĂȘts nationaux et les pesanteurs gĂ©oĂ©conomiques semblent ĂȘtre les donnĂ©es structurantes des logiques solitaires dans un contexte paradoxal de guerre globale. L’aprĂšs-guerre sera sans doute, dans certains espaces plus que d’autres, un dĂ©fi pour fixer les nouveaux marqueurs de l’Ă©thique et de la solidaritĂ© internationales


Dr Alain-Roger Edou Mvelle

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ABK ACTU

☣ Le confinement aurait sauvé entre 21.000 et 120.000 personnes fin mars.

Un rapport de l’Imperial College London publiĂ© lundi 30 mars estime que les mesures prises en Europe pour enrayer l’Ă©pidĂ©mie de Covid-19 auront permis d’Ă©viter prĂšs de 120.000 dĂ©cĂšs Ă  la date du 31 mars.

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Dans l’ensemble, les chercheurs jugent que les mesures prises en Europe ont rĂ©duit la propagation de la maladie. CumulĂ©es sur les 11 pays, elles auront permis d’Ă©viter entre 21.000 et 120.000 dĂ©cĂšs fin mars. En tenant compte de la marge d’erreur.

En Belgique par exemple, l’Ă©tude estime que 3,7% de la population belge a effectivement contractĂ© le nouveau coronavirus. Un chiffre similaire Ă  la moyenne des 11 pays europĂ©ens Ă©tudiĂ©s. Il ne correspond pas aux bilans officiels communiquĂ©s par le Centre de crise, qui ne compte que les cas confirmĂ©s par dĂ©pistage.

La proportion de la population infectĂ©e est la plus Ă©levĂ©e en Espagne (15%), selon les calculs des experts. L’Italie suit avec prĂšs de 10%. Le taux est le plus faible en Allemagne (0.72%) et en NorvĂšge (0.41%), ce qui indique que ces pays se trouvent au dĂ©but de l’Ă©pidĂ©mie.

Il faut deux ou trois semaines pour pouvoir observer l’impact d’une disposition aprĂšs sa mise en application. Il est donc trop tĂŽt pour affirmer avec certitude que les mesures sont efficaces, nuance cependant l’Ă©tude. 

Il faut deux ou trois semaines pour pouvoir observer l’impact d’une disposition aprĂšs sa mise en application. Il est donc trop tĂŽt pour affirmer avec certitude que les mesures sont efficaces, nuance cependant l’Ă©tude. 

Ces scientifiques britanniques de l’Imperial College de Londres avaient estimĂ© qu’il faudrait maintenir les mesures de confinement et de distanciation sociale jusqu’à 18 mois pour espĂ©rer en finir dĂ©finitivement avec l’épidĂ©mie de coronavirus Covid-19.

L’Imperial College en grande partie responsable de la dĂ©cision de Boris Johnson  de commencer Ă  mettre en place des « mesures drastiques ».

Une dĂ©cision survenue aprĂšs la publication alarmante d’un article scientifique sur le Covid-19, provenant d’un groupe de chercheurs de l’Imperial College London. Les donnĂ©es transmises au gouvernement britannique ont ainsi convaincu les autoritĂ©s qu’une propagation du virus non canalisĂ©e serait dramatique. A sa lecture, le Premier Ministre Britannique, jusque-lĂ  sceptique, a demandĂ© Ă  ses citoyens anglais d’éviter tout contact inutile avec d’autres personnes.

Un rapport pris en compte Ă©galement par l’administration de Donald Trump. « Notre Ă©quipe s’est concentrĂ©e sur ce rapport qui prĂ©conise un confinement de 14 jours en cas de contamination Â», a dĂ©clarĂ© Deborah Birx, coordinatrice pour la Maison Blanche dans la lutte contre le Covid-19.

Le collectif de chercheurs de l’Imperial College London a dĂ©clarĂ© que, si aucune action n’était entreprise par le Gouvernement et par les citoyens britanniques, l’épidĂ©mie deviendrait incontrĂŽlable. Des chiffres alarmant ont alors fait Ă©tat de 510 000 morts au Royaume-Uni et plus de deux millions aux Etats-Unis si rien n’était entrepris. Le tout dans un pays dit « dĂ©veloppĂ© Â» avec un systĂšme de santĂ© performant, alors qu’adviendrait-t-il dans les pays dit « sous-dĂ©veloppĂ©s ? Â».

Des chiffres alarmant ont alors fait Ă©tat de

510 000 morts au Royaume-Uni et plus de deux millions aux Etats-Unis si rien n’était entrepris.

Les chercheurs expliquaient que si le gouvernement britannique agissait rapidement pour rĂ©duire la propagation du virus, alors le nombre de dĂ©cĂšs dans le pays chuterait Ă  environ 20 000 personnes. Pour cela,  il faudrait obliger la population Ă  Ă©viter tout contact, isoler les cas et que fermer les Ă©coles et universitĂ©s pour non pas quelques semaines, mais quelques mois.

Une publication qui fait peur, mais qui a eu le mĂ©rite d’alarmer les autoritĂ©s outre-Manche et outre-Atlantique.

Que contenait cette Ă©tude choc de l’Imperial College of London ?

PubliĂ© le 16 mars, ce rapport sur le coronavrus prĂ©sentait une modĂ©lisation prĂ©voyant des millions de morts et un confinement possible jusqu’à 18 mois.  RĂ©alisĂ© par des dizaines d’experts, elle informait les dĂ©cideurs politiques que les systĂšmes de santĂ© seraient dĂ©passĂ©s et que  la vie ne serait plus jamais la mĂȘme, selon le rapport..  Pour attĂ©nuer la catastrophe, de nouvelles mesures devraient ĂȘtre mises en place immĂ©diatement et durer des mois avant d’ĂȘtre assouplies. Cette Ă©tude choquante semble avoir incitĂ© le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump et le Premier ministre britannique Boris Johnson Ă  changer de cap et Ă  augmenter les tests et les mesures.

Sur la base des donnĂ©es actuellement disponibles, les experts en modĂ©lisation ont estimĂ© que “l’efficacitĂ© de toute intervention menĂ©e de façon isolĂ©e est susceptible d’ĂȘtre limitĂ©e, rendant nĂ©cessaire d’associer plusieurs [mesures de santĂ© publique] pour avoir un impact substantiel sur la transmission”. En clair, le fait d’isoler les personnes malades du Covid-19 sans aucune autre mesure associĂ©e ne suffirait pas Ă  freiner la progression du virus.

En attendant qu’un vaccin soit disponible, les scientifiques dĂ©taillent les deux stratĂ©gies possibles : 

  • l’attĂ©nuation, qui est axĂ©e sur la mise en quarantaine des individus infectieux ;
  • et la suppression,  qui vise Ă  rĂ©duire la transmission en isolant ceux qui ne sont pas infectĂ©s, autrement dit les mesures de confinement et de distanciation sociale pour tous et toutes.

Comment ce rapport at-il Ă©tĂ© reçu ailleurs ?

En IsraĂ«l, la menace virale a Ă©tĂ© prise au sĂ©rieux beaucoup plus tĂŽt, mais les cas ont nĂ©anmoins dĂ©passĂ© les 677 le 19 mars. IsraĂ«l compte plus de cas par habitant que le Royaume-Uni ou les États-Unis. Avec une capacitĂ© trĂšs limitĂ©e dans les hĂŽpitaux, IsraĂ«l est correctement prĂ©occupĂ© par ce que montrent les modĂšles produits Ă  l’Imperial College et par d’autres experts. Ces modĂšles n’affectent pas seulement IsraĂ«l, ils affectent tout le Moyen-Orient. La Jordanie ferme les routes par l’armĂ©e. Les États du Golfe arrĂȘtent les vols. La rĂ©gion du Kurdistan irakien est sous couvre-feu.

“l’efficacitĂ© de toute intervention menĂ©e de façon isolĂ©e est susceptible d’ĂȘtre limitĂ©e, rendant nĂ©cessaire d’associer plusieurs [mesures de santĂ© publique] pour avoir un impact substantiel sur la transmission”


On trouve dans ce rapport du 16 mars, tous les Ă©lĂ©ments de langage liĂ©s Ă  la crise des coronavirus, comme la notion «d’aplatir la courbe», les prĂ©occupations sur les effets des ventilateurs et dans les unitĂ©s de soins intensifs, la distanciation sociale, etc.

Ironiquement, le virus est, Ă  certains Ă©gards, plus une menace pour les pays avancĂ©s que ceux dont les systĂšmes mĂ©dicaux sont faibles ou inexistants. En effet, les pays riches sont plus vulnĂ©rables aux pannes lorsque la vie change et que les gens rĂ©clament un certain niveau de traitement. Les pays pauvres oĂč des millions de personnes sont soumises Ă  des structures Ă©tatiques dĂ©faillantes ont dĂ» se dĂ©brouiller dĂ©jĂ  avec les crises sanitaires existantes telles que le paludisme ou la famine.

L’objectif final de l’étude et des politiques gouvernementales est dĂ©sormais d’empĂȘcher le systĂšme d’ĂȘtre submergĂ©. La question est de savoir quel systĂšme va craquer en premier, mĂ©dical, Ă©conomique ou gouvernemental et sĂ©curitaire. Ce sont les vraies donnĂ©es inconnues par ce modĂšle.

Par Alexandre Siewe

SOURCE : https://www.imperial.ac.uk/mrc-global-infectious-disease-analysis/covid-19/

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