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☣ Proposition: Comment organiser le confinement de la population camerounaise face à la menace du coronavirus

Voici les propositions pratiques par le Dr Albert NANA, Chirurgien Cardiovasculaire et Thoracique, Consultant Centre Hospitalier d’Essos

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« Il y a deux jours, dans les colonnes de ABK radio, nous rappelions les limites de notre système de santé à faire face à une augmentation du nombre de personnes infectées par le COVID-19 et les risques encourus par notre pays  et nous faisions la proposition de mettre toute la population camerounaise en confinement total.

Depuis deux jours, le nombre de personnes infectées au COVID-19 a quasi doublé. On pourrait dès à présent considérer que nous sommes entrés en crise.

Dr Albert NANA, Chirurgien Cardiovasculaire et Thoracique, Consultant Centre Hospitalier d’Essos
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🔴 Opinion – Me Yondo Black: « L’armée doit rompre le silence face à la tourmente qui frappe la population camerounaise »

L’ancien Bâtonnier de l’Ordre des avocats du Cameroun et Leader politique des premières heures de la démocratie au Cameroun au début des années 90 et président du M.S.N.D. d’adresse aux forces armées camerounaises.

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‘’Chers frères et sœurs, Mes Compatriotes,

Vous avez choisi l’un des métiers les plus nobles et les plus dangereux au monde, parce que votre vie est sans cesse exposée pour protéger le pays, la nation, le territoire, les biens et surtout les populations. Et lorsqu’on évoque vos missions, on dit spontanément : HONNEUR ET FIDELITE ! Vous êtes l’honneur de tout un peuple auquel vous avez juré fidélité et loyauté, et pour rien au monde vous ne devez l’oublier : vous n’êtes inféodé à aucun homme, à aucun parti, à aucune quelconque idéologie. Vous ne devez nourrir aucun esprit partisan, vous n’appartenez à aucune région, vous ne devez prendre part à aucun débat qui divise la nation, d’où l’attribut qui vous sied à merveille : la grande muette !

Mais la grande muette ne saurait être assimilée à la grande sourde et encore moins à la grande aveugle. Et depuis quelque temps, la colère du peuple monte, l’entendez-vous ? La société se fragmente, le voyez-vous ? Le tribalisme est à son paroxysme, nos différences sont exacerbées, on n’est plus partout chez soi au Cameroun, le sentez-vous ? La pauvreté est devenue la chose la mieux partagée, le voyez-vous ? Il n’y a pas d’eau, pas d’électricité, le savez-vous ? Il n’y a plus ni train, ni avion, les déplacements interurbains sont un véritable cauchemar à cause de l’état de nos routes, l’avez-vous constaté ? Les hôpitaux, lorsqu’il y en a, sont de véritables mouroirs pour le petit peuple, tandis que nos grands se font soigner à l’étranger aux frais du contribuable, êtes-vous au courant ? A coups de milliards on a fourgué des jouets en guise d’ordinateurs à nos enfants, l’avez-vous appris ?

2000 milliards destinés à la construction des infrastructures pour la CAN ont atterri dans les poches de particuliers connus et on nous a servi un glissement, vous en êtes-vous rendu compte ? Un individu sorti de nulle part et se prévalant de relations au plus haut sommet de l’Etat nous a livré un spectacle affligeant en narguant tout un plénipotentiaire et le plus haut responsable de la police nationale, l’honneur et la dignité du pays tout entier que vous avez l’obligation de défendre n’ont-ils pas été entamés ? Cette liste ne saurait être exhaustive, mais la question est la même : vous sentez-vous toujours en phase avec les populations de ce pays qui souffrent et se battent au quotidien pour leur survie, ou vous laissez-vous enfermer dans un piège qui vous prive de vos yeux et de vos oreilles, pour faire de vous des hommes et des femmes à la solde du chef suprême des forces armées.

« Votre chef des armées a déclaré la guerre sans que jamais, je dis bien jamais, il n’ait endossé l’uniforme ou le moindre gilet pour se rapprocher du théâtre des opérations afin de galvaniser ses troupes ».

Vous êtes de la grande muette, mais vous n’êtes pas moins des citoyens à part entière soumis à des obligations et disposant de droits. Jamais il ne sera question de vous faire passer pour des mercenaires. Et mieux que moi, vous savez ce que c’est qu’un chef. C’est bien celui qui dit : suivez-moi, et non sans cesse : allez-y, et se contente de vous engraisser pour pouvoir vous tenir en laisse. Vous avez montré votre courage et tout votre professionnalisme en mettant un terme au phénomène des coupeurs de route, de même avec opiniâtreté, vous démantelez les niches de résistance des combattants de Boko Haram à qui ce chef des armées a déclaré la guerre sans que jamais, je dis bien jamais, il n’ait endossé l’uniforme ou le moindre gilet pour se rapprocher du théâtre des opérations afin de galvaniser ses troupes. Et lorsque certains d’entre vous tombent au champ d’honneur, il ne se déplace pas pour apporter du réconfort aux familles de nos héros, ou pour leur rendre les derniers honneurs.

Est-ce là l’idée précise que vous vous faites d’un chef ? J’en doute fort. Plus grave, lorsque la crise sociale du NOSO s’est transformée en crise sécuritaire, les politiques, dont votre chef, ont vite fait de vous jeter en première ligne avec ordre de tirer sur d’autres Camerounais, sans avoir cherché à vider la dimension qu’offre le dialogue. Et depuis ce temps on ne compte plus les morts, parmi les populations civiles, les sécessionnistes et même dans vos propres rangs. Que d’orphelins, sans compter que de nombreuses familles n’ont pas encore pu faire leur deuil : nos yeux débordent de larmes, nous sommes fatigués d’inhaler l’odeur fétide du sang, nous sommes à bout, nous n’en pouvons plus ! Avec la pandémie de la Covid-19, on a encore pu mesurer la boulimie de nos dirigeants qui ne se sont pas privés de détourner les fonds alloués à la riposte sanitaire, vous le savez sans aucun doute.

« il n’y a pas de souhait plus largement partagé de nos jours que celui de vous voir rompre votre silence, non pas pour entendre le bruit des bottes, mais simplement pour vous entendre affectueusement nous dire : Nous sommes avec vous ».

Doit-on éternellement garder le silence sous prétexte qu’on veut préserver la paix dans un pays déjà si fragilisé et dans la tourmente ? Nous avons peine à croire que vous ne le savez pas ! « Mais rien de plus ambigu que le silence. Il ne laisse pas deviner ni son objet ni son motif ». C’est pourquoi il me plaît de vous dire , Chers frères et sœurs en tenue qu’il n’y a pas de souhait plus largement partagé de nos jours que celui de vous voir rompre votre silence, non pas pour entendre le bruit des bottes, mais simplement pour vous entendre affectueusement nous dire : Nous sommes des vôtres, nous sommes avec vous. Mon objectif n’est nullement de vous inviter à mettre fin à la descente de plus en plus glissante vers laquelle s’oriente notre pays. Ce serait un mimétisme dangereux qui risquerait de vous faire passer pour un corps incapable par lui-même d’analyse.

L’histoire, néanmoins, nous enseigne que prenant ses responsabilités comme un rempart contre le chaos, l’armée joue le rôle de dernier recours lorsque les situations apparaissent désespérées et, stoppant la descente vers l’enfer, elle ouvre la voie à une transition qui traditionnellement s’achève par des élections. Vous êtes- vous demandés si les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets ! Ce qui s’est passé ailleurs pourrait-il nécessairement se produire chez nous ? Qu’adviendra-t-il de nous, qui sommes habitués à nous terrer ?

Me Yondo Black

« Est-il normal qu’un homme élu à plus de 70% ne soit plus aperçu nulle part, et soit totalement inaudible devant tant de dangers que court le pays ? »

Attention, pas de mimétisme, Surtout pas ! Pas d’idéologies importées. Gardons-nous en. Sur le plan politique, nous sommes dans l’impasse, et une classe d’hommes a tout confisqué à son profit alors que la voix de votre chef ne se fait sentir désormais que par décret. Il y a là un danger auquel, je crois, la nation est exposée. Est-il normal qu’un homme élu à plus de 70% ne soit plus aperçu nulle part et soit totalement inaudible devant tant de dangers que court le pays ?

La société est bloquée et il nous semble impératif d’intégrer que les Camerounais qui éprouvent le besoin fort et légitime de construire un nouveau contrat social se retrouvent autour d’une table pour engager une véritable palabre sur des questions qui gênent : le retour à la paix au NOSO, la forme de l’Etat et un système électoral consensuel, notamment. Vous êtes du peuple, vous connaissez les souffrances de votre peuple, vous avez le devoir de protéger ce peuple. La nation vous sera à jamais reconnaissante. C’est le cri du cœur d’un citoyen de base qui en appelle à la contribution de tous pour une paix des braves, pour le plus grand bien de notre patrie sans laquelle nous n’existons pas : le Cameroun ! « Une conscience qui fait autant de bruit qu’une arme à feu est D’une grande paix » Jacques NTEKA BOKOLO’’

Me Yondo Black

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🔴 Louis Marie Kakdeu: « Il y a une solution simple pour limiter les affrontements communautaires au Cameroun »

Cameroun: Trois mesures pour limiter les affrontements intercommunautaires
Par Louis-Marie Kakdeu, PhD & MPA

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Au Cameroun, Les violences et affrontements intercommunautaires font désormais partie du paysage quotidien des citoyens du pays à la fois dans le monde virtuel (réseaux sociaux) que dans le réel. Au-delà des velléités de sécession qui secoue la partie anglophone depuis novembre 2016, l’on a noté depuis 2019 une dizaine d’affrontements intercommunautaires. Ce 04 septembre 2020, les Sawa ont signé un mémorandum et manifesté contre la nomination des « chefs allogènes » chez eux. Aussi, des appels à la haine tribale se multiplient sur les réseaux sociaux, compromettant sérieusement la paix dans le pays. Notre préoccupation est de savoir ce qui pose problème et ce qu’il faut faire pour apporter des solutions.

Sur ce chemin de la recherche de la solution, certains proposent le fédéralisme comme étant une panacée. Ils expliquent que le fédéralisme viendra résoudre les problèmes communautaires, ce qui est très discutable dans la mesure où notre société, camerounaise ou non, est une réalité cosmopolite. Il n’y aura JAMAIS homogénéité culturelle et ethnique dans une localité au Cameroun. Le fédéralisme n’a pas vocation à homogénéiser les communautés. Cela veut dire que les gens proposent une mauvaise solution pour un vrai problème. Nous avons L’OBLIGATION de réfléchir sur un projet de vivre-ensemble dans le cadre d’une société multiculturelle et cosmopolite. Voici mes trois propositions :

1- Réformer le statut inégalitaire des citoyens et promouvoir la citoyenneté résidentielle

Toutes les localités du Cameroun sont cosmopolites mais, la citoyenneté reste identitaire au lieu d’être résidentielle. Je défends la citoyenneté résidentielle. C’est elle qui est en droite ligne avec les exigences démocratiques appliquées dans les Etats modernes. La migration est un phénomène courant voir normale et naturelle, mais certains l’envisagent encore comme étant un problème pour la cohésion sociale. Mon hypothèse d’intervention est que si nous voulons créer une paix durable, alors nous devons éviter de créer de par la Constitution, deux catégories de citoyens dans un même pays : l’autochtone (citoyen plein) et l’allogène (sous-citoyen). Le piège est que chaque citoyen est tantôt autochtone tantôt allogène en fonction de sa situation géographique dans le pays. C’est en décalage avec les exigences du fonctionnement d’un Etat moderne. On tend à oublier au Cameroun/Afrique qu’un Etat fonctionne grâce aux impôts et que celui qui paie ses impôts a le droit de regard sur sa cotisation. Et donc, l’on fabrique un Etat dans lequel les Autochtones et les Allogènes sont soumis aux mêmes devoirs civiques et aux droits différents. C’est un projet d’escroquerie politique. La citoyenneté est résidentielle dans tous les Etats modernes du monde. Si le Cameroun veut aussi être moderne un jour, il devra s’y accommoder. Un digne fils ou fille d’une localité n’est pas, au sens moderne, celui ou celle dont les parents sont installés depuis plusieurs générations (nous sommes toutes et tous des migrants) ; mais, celui ou celle qui contribue dignement à construire la localité.
Que faut-il faire pour promouvoir la citoyenneté résidentielle ? Il faut réformer la Constitution sans forcément changer la forme de l’Etat (ceux qui me lisent savent déjà que je ne trouve pas que le fédéralisme soit une panacée). Bien qu’au Titre premier, Article premier, Alinéa 2 de la Constitution, il soit prévu que la République du Cameroun assure l’égalité de tous les citoyens devant la loi, on observe que la même Constitution, au même Titre premier, même Article premier et même Alinéa 2 reconnaît les valeurs traditionnelles sous réserve du respect des valeurs démocratiques qui ne sont pas requises dans les faits.

« Le terme « allogène » est violent dans sa forme actuelle et la dichotomie autochtone/allogène contenue dans la Constitution camerounaise est inappropriée »

Par conséquent, les personnes qui sont « dans leur village [où elles ont une descendance multiséculaire) » ont la primauté sur celles qui résident au village avec une descendance récente (allogène). Ces villages sont organisés autour d’une chefferie traditionnelle où les allogènes n’ont ni rang ni classe en violation des « valeurs démocratiques ». Pire, la même Constitution engage l’Etat à préserver les droits des populations « autochtones ». En ne définissant pas le terme « autochtones », cette Constitution crée le doute et la confusion ; toutefois, il s’agit au sens du Haut-commissariat des Nations Unies pour des Droits de l’Homme des «descendants de ceux qui habitaient dans un pays ou une région géographique à l’époque où des groupes de population de cultures ou d’origines ethniques différentes y sont arrivés et sont devenus par la suite prédominants, par la conquête, l’occupation, la colonisation ou d’autres moyens ». Dans cette définition, c’est la notion de minorité qui ressort et qui nécessite une protection juridique. Comme dans tout Etat moderne et démocratique, il faut plutôt introduire la notion de minorité dans la Constitution et assurer leur protection. J’ai l’habitude de dire que les problèmes sont mal posés au Cameroun.
Le terme « allogène » est violent dans sa forme actuelle et la dichotomie autochtone/allogène contenue dans la Constitution camerounaise est inappropriée. En matière de droits humains, l’on protège les minorités ; or, aucun texte législatif ou réglementaire ne définit les minorités ethniques au Cameroun. A la rigueur, seuls les pygmées méritent actuellement d’être protégés. Pour le reste, il est difficile de dire qu’il existe des « peuples autochtones » au Cameroun au sens des instruments internationaux.
Ce concept à connotation primitive importé dans la Constitution camerounaise est source de confusion. Dans le droit international, le terme anglais « indigenous/indigena » a été traduit en français par « autochtone » pour éviter le terme « indigène » qui renvoie à la catégorie juridique des « sujets indigènes » de l’Empire colonial français (« Code de l’indigénat »). Il convient pour les Camerounais/Africains d’utiliser ces termes avec modération. Le Cameroun doit respecter son engagement constitutionnel de garantir que « Toute personne a le droit de se fixer en tout lieu et de se déplacer librement [sur l’ensemble du territoire national]».

2- Réformer le droit de propriété et protéger la propriété privée

En marge des affrontements intercommunautaires au Cameroun, se trouve la croyance des autochtones qu’ils ont le pouvoir de « chasser [exproprier] » les allogènes en marge du droit. Les autochtones se croient investis du pouvoir de « faire la loi » chez eux. En l’état, il n’existe pas de sécurité d’investir au Cameroun en dehors de son village (d’origine) ; un jour et en cas de désaccord avec les autochtones, le « propriétaire » peut être « chassé/ exproprié » sous le regard passif des autorités publiques. Cela fait croire aussi aux allogènes qu’ils peuvent être « chassés » parce que le pouvoir de l’Etat est détenu par un « autochtone ». D’où la violence du combat politique pour le contrôle du pouvoir de l’Etat.
Pour ma part, la solution se trouve dans la réforme du droit de propriété. Dans un Etat moderne qui se veut démocratique, le droit de propriété est sacré. Aussi, il serait injuste au sens des libertés individuelles de s’attaquer aux biens d’autrui. Ni l’Etat, ni les autochtones ne doivent pouvoir « chasser » un propriétaire privé contre son gré sous prétexte qu’il est « allogène ». Il convient de renforcer les bases de la liberté et du droit dans notre société. Au-delà du problème de vivre-ensemble, ce nouveau modèle de société est plus propice au développement dans la mesure où il permettrait de rassurer les investisseurs et d’attirer des ressources extérieures (IDE) nécessaires aux financements des investissements intérieurs. Il garantirait un système libre et équitable: droits de propriété et droit de résidence inviolables. Certains communautaristes au Cameroun semblent défendre le projet de construction d’une vie en autarcie. Or, ils ignorent qu’un Etat moderne a besoin d’attirer les capitaux étrangers pour se développer et que personne ne viendrait investir là où il peut être « chassé » au premier désaccord. Le désaccord est normal dans la vie des êtres humains et certains veulent faire croire qu’il n’y aura jamais de désaccord ou d’escroquerie entre frères et sœurs du village. Mensonge !

3- Lutter contre l’Etat providence et promouvoir la libre compétition

Mon hypothèse ici est que la précarité socioéconomique et la paupérisation de notre société exacerbent les replis identitaires. Dans la recherche du bouc-émissaire, le « Nous » pense que le « Eux » représente une menace pressante en raison de la rareté des ressources pour la survie. Les autochtones pensent donc qu’ils galèrent à cause des allogènes qui profitent aussi de leurs ressources. Ils pensent qu’en chassant les allogènes, leurs ressources leur suffiraient, ce qui est une illusion. La réflexion économique a pour vocation de permettre l’optimisation des ressources dans ces cas où la demande est supérieure à l’offre. Le régime Biya a échoué à conduire à bien cette réflexion économique. Au lieu de fuir le débat, il faut mener cette réflexion. Le contexte économique national est caractérisé par l’existence des ressources limitées et des opportunités illimitées de production, de transformation ou de distribution. Au sein des économistes, deux modèles de société (avec prix Nobel chacun) cohabitent de façon conflictuelle : Une première approche qui serait plutôt keynésienne pousse la population à attendre de l’Etat qu’il favorise la consommation en vue de la relance. Une autre approche plutôt libérale (Paul Krugman) pense que la mondialisation (et donc la migration) n’est pas coupable et que le libre-échange (l’ouverture des marchés) dispose plutôt des vertus. Au Cameroun, les ressources de l’Etat se font rares et les citoyens se révoltent. Les jeunes qui se retrouvent au chômage et dans l’oisiveté, sombrent dans l’incivisme. Dans les faits, les jeunes oisifs (qui attendent tout de l’Etat) s’attaquent aux biens des jeunes entrepreneurs (qui n’attendent rien de l’Etat) parce que ces derniers seraient allogènes (libéraux). L’Etat providence et le jacobinisme promu par le colon français avaient fait croire que la réussite sociale se trouvait plutôt dans la fonction publique de l’Etat. Or, il n’en est rien !

« Dans son discours de fin d’année, Paul Biya a l’habitude de donner le nombre d’emplois créés au lieu du nombre d’entreprises créées. Dans un Etat moderne, ce sont les entreprises qui créent la richesse et non l’Etat ! »


Les affrontements identitaires au Cameroun sont aussi le fruit de l’affrontement de ces deux modèles de société. Ceux qui n’attendent rien de l’Etat ne sont pas intéressés par le quota ethnique dans les concours ou dans l’appareil de l’Etat.
Dans une société de plus en plus ouverte, il convient de remettre en question l’idée de l’Etat providence. Il faudrait promouvoir l’égalité de traitement et donner la possibilité à tout citoyen d’être compétitif. Il s’agit simplement de la promotion de la libre entreprise et/ou de l’esprit d’entrepreneuriat. Cela passe par le déplacement du symbole de la réussite sociale de l’obtention du matricule (intégration dans la fonction publique) à la création d’une entreprise. Dans son discours de fin d’année, Paul Biya a l’habitude de donner le nombre d’emplois créés (approche keynésienne) au lieu de donner le nombre d’entreprises créées. Dans un Etat moderne, ce sont les entreprises qui créent la richesse et non l’Etat !
S’il est vrai que l’Etat ne peut pas recruter tous les citoyens dans la fonction publique, il lui est en revanche possible de permettre à chaque citoyen de créer son entreprise et d’aspirer à la richesse. A l’image du « American dream », il faut libérer les ascenseurs sociaux pour favoriser le « Cameroon dream » en vue de permettre aux citoyens ordinaires d’aspirer librement à l’argent, au pouvoir et à la gloire. Cette possibilité de rêver n’est possible qu’avec l’ouverture des frontières communautaires et la préparation à la libre compétition. Le « Nous [autochtones] » ne percevra plus le « Eux [allogènes/immigrés] » comme menace dans la mesure où chacun aura droit à son rêve au-delà des barrières communautaires. Un Béti/Bamiléké qui crée son entreprise ne peut pas rêver ne vendre qu’à l’intérieur de sa communauté ethnique. Notre modèle d’ouverture créerait la croissance nécessaire pour générer le financement des biens publics actuellement demandés par le citoyen (eau, énergie, route, école, hôpitaux, logements sociaux, etc.).

En somme, nous pensons que pour limiter les affrontements communautaires au Cameroun, il faut promouvoir la citoyenneté résidentielle, la protection de la propriété privée et la libre entreprise. Ce sont-là des bases solides pour construire une nouvelle justice sociale et un nouvel ordre social consensuel. C’est le modèle qui cadre le plus avec les exigences de droits humains et de libertés fondamentales. C’est le modèle qui cadre le plus avec les exigences d’un Etat moderne et démocratique. Tous ceux qui sont en Europe ou aux Etats-Unis vivent dans ce modèle sans le savoir pour certains.

Louis Marie Kakdeu

Dr Louis Marie Kakdeu

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