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☣️ Leslie Varenne: « Non, le Coronavirus ne décimera pas l’Afrique »

Leslie Varenne est journaliste d’investigation depuis plus de 20 ans, et co-fondatrice/directrice depuis 2015 de l’Institut de Veille et d’Etudes des relations internationales et stratégiques (IVERIS) basé à Paris. Elle est une spécialiste reconnue de l’Afrique, continent sur lequel elle se rend régulièrement et sur lequel elle a mené plusieurs études et écrit plusieurs livres.

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Coronavirus, la surprenante résilience de l’Afrique

«Le virus pourrait faire des millions de morts en Afrique.» Telle est la prophétie des Nations unies suivie par d’autres prédictions tout aussi anxiogènes des stratèges du Quai d’Orsay, de l’OMS et d’une kyrielle «d’experts» patentés. Pourtant, le feu de brousse prédit ne prend pas, comme l’analyse pour nos confrères de Sputnik Leslie Varenne, directrice de l’Iveris

Alors qu’elle n’avait pas vocation à être rendue publique, une note diplomatique intitulée «L’effet pangolin: la tempête qui vient d’Afrique?» circule abondamment sur le Net. Cette note provient du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS), un centre directement rattaché au ministre des Affaires étrangères.

Catastrophisme. « On ne badine pas avec la mort… »

Dès le titre, qui sied mal à une note diplomatique, le ton est donné et un premier postulat est posé. «L’effet pangolin» consiste à prendre pour acquis le fait que la pandémie se répande en Afrique comme une traînée de poudre. Les auteurs promettent une «onde de choc à venir» et parient sur «le nombre trop élevé de décès».

Les analystes du Quai d’Orsay ne sont pas les seuls à se faire les chantres du catastrophisme. Dès le 18 mars, alors que l’Afrique tout entière ne comptait pas encore 500 cas, l’OMS appelait le continent «à se préparer au pire».

Dix jours plus tard, alors que la propagation du virus ne grimpait toujours pas en flèche, comme tous les «experts» s’y attendaient, le secrétaire général de l’ONU déclarait que «la maladie est en train de se développer rapidement aussi en Afrique, il faut une mobilisation gigantesque». Sans cette mobilisation internationale, sans cette «priorité absolue», Antonio Guterrez craignait donc qu’il y ait «des millions de morts».

Dans la culture occidentale, les chauves-souris sont souvent assimilées à la nuit avec une connotation de malheur ou de mort. Dans la catégorie «oiseaux de mauvais augure» se trouvent aussi une palanquée d’experts médicaux. Ainsi, le 3 avril, alors qu’à cette date le compteur des cas en Afrique affichait 7.177, un épidémiologiste en annonçait, lui, 10.000 et déclarait: «Le coronavirus est en train de se diffuser de façon massive en Afrique», sans pour autant s’appuyer sur des données précises.

« Au 13 mars, le continent comptait 200 cas; au 6 avril, les compteurs en affichaient 9.310 pour une population de plus de 1,3 milliard d’habitants… Evoquer une hécatombe africaine fait preuve, au mieux, d’une grande maladresse. »

Il aurait eu des difficultés à le faire car l’évolution des chiffres ne montre pas de flambée. Au 13 mars, le continent comptait 200 cas; au 6 avril, les compteurs en affichaient 9.310 pour une population de plus de 1,3 milliard d’habitants. Compte tenu du manque de structures sanitaires, de la promiscuité, des comorbidités existantes et fréquentes –sida, hypertension, diabète–, la vitesse de propagation aurait dû être fulgurante et ressembler à celle des États-Unis. Ces derniers sont passés en un mois, entre le 6 mars et le 5 avril, de 236 cas à 336.673 pour une population quatre fois inférieure à celle de l’Afrique.

Par ailleurs, toutes ces institutions et tous ces «experts» commettent la même erreur: ils citent toujours l’Afrique comme une entité alors que le continent compte 55 États. Il existe de très fortes différences d’imprégnation du virus entre des pays d’un même continent, ce n’est pas différent en Afrique. Dans ces conditions, évoquer une hécatombe africaine fait preuve, au mieux, d’une grande maladresse.

La nuit n’est pas si noire

Les cinq pays les plus touchés –Afrique du Sud, Algérie, Maroc, Égypte et Cameroun– comptent, à eux seuls, 5.912 cas, soit 70% des infections déclarées. Bien sûr, il est toujours possible d’arguer que les États ne réalisent pas ou peu de tests et donc que les chiffres ne sont pas conformes à la réalité. Cependant, ils ne sont pas les seuls à manquer de tests et aucun pays ne peut se targuer de la plus grande transparence. Par ailleurs, les États africains n’ont aucun intérêt à minorer le nombre de malades car ils comptent sur l’aide internationale qui sera versée aux plus affectés. Enfin, si la maladie se propageait massivement, cela ne pourrait être caché. Comme dans les pays les plus touchés –France, Espagne Italie–, toutes les familles auraient une connaissance ou un parent affecté par le virus, ce qui n’est, encore une fois, pas le cas.

Cela ne veut pas dire, bien entendu, que le coronavirus ne circule pas sur le continent, qu’il ne faut pas s’en protéger, qu’il ne faut pas s’y préparer. Cela signifie seulement que la majorité des pays africains résiste mieux à l’épidémie. Les raisons en sont encore mal connues, plusieurs hypothèses sont avancées: l’immunité grâce aux anticorps acquis pour se protéger des nombreuses bactéries en circulation; la jeunesse des populations; la prise de chloroquine pendant de nombreuses années (même si cet antipaludéen n’est plus utilisé aujourd’hui); le vaccin contre la tuberculose, toujours obligatoire dans nombre de pays africains et qui pourrait, selon des études menées actuellement, protéger du Covid-19.

Enfin, toujours dans le registre des nouvelles rassurantes, il ne faut pas oublier non plus qu’Ebola est passé par là. Gouvernements et populations connaissent les épidémies et ne sont donc pas totalement démunis. En outre, nombre d’États comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Burkina Faso ont adopté le protocole du professeur marseillais Didier Raoult, associant chloroquine et azithromycine. Dans ces deux derniers pays, des unités de fabrication de chloroquine sont en train d’être lancées.

Les printemps corona?

Malgré tous ces faits incontestables, c’est pourtant sur les prévisions les plus alarmistes que se basent les stratèges du Quai d’Orsay pour bâtir leurs prospectives. À la crise sanitaire s’ajouterait «une crise de trop qui déstabilise durablement, voire qui mette à bas des régimes fragiles (Sahel) ou en bout de course (Afrique Centrale)». Comme si le coronavirus allait soulever des tempêtes populaires qui ouvriraient (enfin?) la voie aux alternances en Afrique centrale et balayeraient les pouvoirs illégitimes et honnis.

Ce n’est pourtant pas ce qui se profile. Nombre de «régimes», comme les nomme assez peu diplomatiquement le CAPS, en profitent pour renforcer leur pouvoir en durcissant leurs prérogatives sécuritaires. Le premier danger qui s’annonce est bien celui d’une consolidation des pouvoirs autocratiques plutôt que l’avènement d’un «printemps corona».

La tempête qui vient

Cette note, sa méconnaissance des pays africains, de la résilience des populations, de la solidarité familiale, de la capacité d’adaptation des citoyens devant les difficultés, ses préconisations douteuses comme celle de s’appuyer sur les autorités religieuses ou les chanteurs populaires pour gérer les crises politiques que les auteurs anticipent, a été très mal perçue.

« Jean-Paul Mira, chef de service des urgences de l’hôpital Cochin et Camille Locht, directeur de recherche à l’Inserm (deux éminents professeurs) sur la chaîne LCI souhaitaient tester des vaccins BCG sur une population déjà vaccinée! Peut-être qu’eux aussi méconnaissent l’Afrique. »

Tout comme les propos tenus par Jean-Paul Mira, chef de service des urgences de l’hôpital Cochin sur la chaîne LCI. Ce médecin s’est interrogé en direct sur la pertinence de tester le BCG sur les Africains, en suivant la même approche que celle effectuée sur les prostitués contre le sida, et Camille Locht, directeur de recherche à l’Inserm, a acquiescé maladroitement. Cette saillie a soulevé, à juste titre, une montagne de colère et pas seulement sur les réseaux sociaux. Le porte-parole du Président sénégalais Macky Sall a déclaré que les propos tenus dénotaient une «bêtise que je pense congénitale», mais c’est pire encore puisque les deux éminents professeurs souhaitaient tester des vaccins BCG sur une population déjà vaccinée! Peut-être qu’eux aussi méconnaissent l’Afrique.

Leslie Varenne, journaliste d’investigation, est directrice de l’IVERIS (Institut de Veille et d’Etude des Relations Internationales et Stratégiques)

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🔵 Opinion – Daniel Claude ABATE : Les grandes réformes structurelles pour accélérer l’émergence au Cameroun

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Dans le cadre de mes chroniques dominicales sur l’émergence, je me propose ce dimanche de parler des grandes réformes (structurelles) dont notre pays a plus que besoin aujourd’hui pour accélérer et redonner du sens à sa volonté proclamée et consacrée d’émergence à l’horizon 2035.

Comme nous l’avions souligné dans notre précédent article, un de nos plus gros problèmes c’est la trop grande lenteur voire léthargie ou inertie qui continue de caractériser le rythme ou la finalisation de nos réformes structurelles et réalisation de nos projets structurants.

Je ne cesserai de dire qu’une réelle volonté d’émergence dans un pays se traduit par la RAPIDITÉ des mutations ou transformations structurelles comme on l’a vu et le voit dans tous les pays dits émergents ou presqu’en voie de l’être. 2 à 3 décennies de travail inlassable et de bonnes réformes ont suffi à ces pays là pour se transformer complètement malgré les conditions parfois très défavorables qui étaient les leurs au départ.

En lançant il y a un peu plus d’une décennie la vision « Cameroun Émergent en 2035 », il me semble que le Président de la République Chef de l’État, S.E. Paul BIYA, n’avait pas un autre horizon de temps que cette moyenne de 2 à 3 décennies : faire du Cameroun un pays émergent en 25 ans (2010 – 2035). Mais à l’allure et au rythme où vont les choses sur le terrain, on est objectivement en droit de se demander si nous tiendrons le cap de cet horizon et le rendez vous de 2035: les projets dits structurants et autres traînent pour la plupart et les réformes structurelles pataugent dans nos méandres.

S’agissant spécifiquement des reformes à faire ou à finaliser, de quoi parlons nous très exactement et concrètement ? De notre modeste point de vue, les réformes les plus importantes et les plus urgentes dont notre pays a le plus besoin aujourd’hui pour accélérer significativement sa marche vers l’émergence c’est:

  • LA REFORME DE NOTRE JUSTICE DES AFFAIRES.

On ne peut pas continuer à engorger nos tribunaux de droit commun de toutes ces « affaires d’affaires ». Cet engorgement entraîne des délais de jugement excessivement longs et non convenables pour le business avec des magistrats débordés ou peu outillés à juger de telles affaires. Il fait aussi le lit de la corruption. Il y a urgence à mettre en place une justice spécialisée des affaires au Cameroun avec entre autres l’érection des tribunaux de commerce et de conseils de prud’hommes. La mise en place des tribunaux de commerce fait d’ailleurs partie depuis longtemps des recommandations du Cameroun Business Forum (CBF) que préside chaque année le Premier Ministre Chef du Gouvernement. Le Ministre d’État en charge de la Justice que je rencontre assez régulièrement à ce sujet est très volontariste sur la question mais pose le problème du manque de disponibilité des bâtiments (salles) pour abriter ces nouveaux tribunaux afin d’éviter la situation que connaissent nos tribunaux administratifs aujourd’hui. Quoi qu’il en soit il y a urgence à mettre en place une véritable justice SPÉCIALISÉE et SAINE des affaires dans notre pays.

  • LA RÉFORME FONCIÈRE.

L’aboutissement de cette réforme est aussi attendu depuis fort longtemps. La question a même fait l’objet d’une thématique au Cameroun Business Forum en 2016 que j’ai eu l’honneur d’exposer pour le compte du secteur privé. Il y a urgence et même péril en la demeure tant que ce problème n’est pas définitivement réglé. Dans les contentieux d’affaires pendant devant les tribunaux, plus de 60% concernent le foncier. Comment devenir un pays émergent si le titre foncier par exemple, document fondamental et incontournable dans les transactions d’affaires ou financières, ne vous garantit pas toujours de manière certaine la propriété de votre terrain? Comment devenir émergent si le moindre gros investissement d’infrastructure peut être bloqué à tout moment par des contestations foncières des populations riveraines ou autochtones ?

Il est temps de renforcer la sécurité des titres de propriétés immobilières et de rassurer financiers et investisseurs en finalisant cette réforme.

  • LA RÉFORME DU CODE DU TRAVAIL.

Le code du travail actuellement en vigueur au Cameroun date de 1992. Il est simplement ahurissant que nous voulions aller à l’émergence avec ce code dépassé par les nombreuses évolutions du monde du travail enregistrées ces dernières années. Le Chef de l’Etat a prescrit la réforme de ce code il y a une dizaine d’années et de mémoire de Président de MECAM je ne peux pas compter le nombre de réunions tenues ou comités mis en place à ce sujet sous différents Ministres de tutelle mais force est de constater que jusqu’à ce jour 13 Juin 2021, le Cameroun qui a pourtant fait de l’emploi un axe majeur de sa stratégie d’émergence n’a pas toujours un code du travail adapté.

  • LA RÉFORME DE NOTRE MARCHÉ FINANCIER.

Nous sommes probablement le seul pays au monde qui continue de croire qu’il peut financer son économie ou réussir sa transformation structurelle en se reposant essentiellement sur les banques commerciales. Or tout le monde le sait et le dit aussi, ces dernières, en raison même de la nature de leurs ressources (dépôts à vue), ne peuvent véritablement pas financer le haut de bilan des entreprises ou les investissements longs qui seuls impactent fondamentalement la création des richesses et la transformation du pays. Il faut donc qu’à l’apport des banques commerciales s’ajoutent aussi d’autres instruments ou produits financiers et d’autres « guichets » ou « compartiments » à même de répondre aux besoins de financement de l’économie. Il faut notamment des banques d’investissements, des fonds de garantie, une caisse de dépôts et de consignations, une véritable bourse de valeurs dynamique et attractive, etc. Créée par décret du Président de la République en Avril 2008, allez savoir pourquoi jusqu’à ce jour la Caisse de Consignation et des Dépôts n’est toujours pas mise en œuvre. De même, la Douala Stock Exchange (DSX), devenue entre temps Bourse des Valeurs Mobilières d’Afrique Centrale (BVMAC), a eu du mal à décoller en son temps du fait des pesanteurs de l’environnement institutionnel. Une décision du Chef de l’État en 2006 de faire entrer en bourse 12 entreprises publiques du portefeuille de l’État est restée sans suite. Nous ne pouvons pas avoir l’accélération et les transformations rapides qui caractérisent une marche véritable d’émergence sans un système ou marché financier en capacité de porter ou soutenir cela…

La suite des autres réformes (éducation & formation, administration publique, le conseil économique et social, les apports de la diaspora, exportations, etc) le week-end prochain !

Daniel Claude ABATE Président Exécutif du MECAM

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⏯️ Joseph M. EBOA : « L’aisance financière passe par des investissements dont le rendement peut être hebdomadaire »

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Pour réécouter en intégralité l’interview, cliquez sur le lien ci-dessous:

Ci-dessous quelques attitudes fortes recueillies lors de cette interview:

Tout commence par la sécurité financière avec les investissements qui répondent aux besoins de base, les investissements pour vivre ( manger, boire, se déplacer, communiquer)

Après la sécurité où le rendement est quotidien, on a l’aisance financière, elle couvre les besoins de sécurité. Pour l’aisance financière, ce sont les investissements de plaisir, le rendement peut être hebdomadaire ( boutiques de vêtements, salle de sport, hébergement…)

Pour accéder à l’autonomie financière il faut accéder à trois plans. D’abord la sécurité financière qui rejoint les besoins basiques ( manger, boire se déplacer, communiquer). Ensuite on a l’aisance qui couvre même le domaine précédent. Et puis enfin le plan de la richesse financière pour pouvoir accéder à l’autonomie financière.

Propos retranscrits par Carine Hzeume

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