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☣ Priso Ngalle : Mon covid19…comme un banal paludisme

« Tout y est passé. Les inhalations, les boissons chaudes, le kinkéliba, la citronnelle, le gingembre, le citron, et même, excusez du peu, mes urines ». Joseph PRISO NGALLE, 42 ans , père de trois enfants est Directeur du Développement Commercial chez SUNU Assurances Iard Cameroun. Voici le témoignage Citoyen d’un patient ayant recouvré sa santé.

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priso Ngalle

Jeudi 9 avril 2020. Une belle journée. Le soleil ne montre pas ses griffes, et ce n’est pas plus mal. Je suis au bureau dès 8h du matin. Le télétravail est mis en stand-by à cause d’un rapport à finaliser sur place. On touche finalement à plusieurs projets, on échange avec plusieurs collègues, on reçoit même des clients.

Je quitte le bureau vers 16h. Je me sens subitement une fatigue inhabituelle et une sensation de fièvre. Une fois à la maison, Je fais prendre des médicaments à la  pharmacie (coartem et Efferalgan). Seulement, après la prise de la dernière dose, la fièvre reste aussi forte et m’impose des nuits horribles. Au point que, à 4h du matin le 12 avril, je prends une dose d’Efferalgan pour la ramener de 38’6 à 37°.

C’est jour de pâques. Je n’ai qu’une envie : me rendre à l’hôpital. Car, je sens que cette fois, le coartem n’a pas été à la hauteur de ce « palu ». Direction l’Hôpital Général de Douala. Le choix n’est pas anodin. Il tient entre autres de la proximité d’avec mon domicile et la réputation plutôt positive de cet hôpital dans le respect des protocoles de soins.

J’étais dans un rêve d’enfance. Le genre de rêve où le père noël vous abandonne tous ses cadeaux ! L’Infirmière m’oriente donc vers une salle d’attente

Avenante et professionnelle, elle suspecte très vite le covid 19,

J’arrive donc aux Urgences de l’Hôpital Général de Douala vers 13h. Je suis reçu hors du Bâtiment qui abrite ledit service. Je suis interrogé de manière bizarre par un brancardier, qui appelle ensuite une infirmière. L’interrogatoire recommence. Il se passe cette fois en position assise. Elle m’administre un questionnaire. Vous avez la diarrhée, etc…A la fin, je dis ouf ! Enfin je verrai un médecin.

J’étais dans un rêve d’enfance. Le genre de rêve où le père noël vous abandonne tous ses cadeaux ! L’Infirmière m’oriente donc vers une salle d’attente. J’y trouve quelques personnes. 2 ou trois tout au plus. Une heure plus tard, aucun médecin en vue. Waouh ! Des Urgences. Une heure 30 après, je me dirige vers l’infirmière pour lui indiquer que je vais ailleurs étant donné qu’il n’y a pas de médecin disponible. L’infirmière réussit à ajourner ma décision.

Cinq minutes plus tard, un médecin généraliste se présente et m’invite dans un box de consultation. Avenante et professionnelle, elle suspecte très vite le covid 19,

Cinq minutes plus tard, un médecin généraliste se présente et m’invite dans un box de consultation. Avenante et professionnelle, elle suspecte très vite le covid 19, me remet une ordonnance de médicaments, un bulletin d’examens biologiques et de radiologie. Elle m’indique ensuite que les équipes de prélèvements du COVID 19 m’appelleront pour des prélèvements en vue du test covid 19. Je m’arrête à la première pharmacie et achète les médicaments prescrits. 

Une fois à la maison, je passe un coup de fil à un ami Médecin pour lui faire part de mon état de santé. Il me suggéra d’ajouter à l’ordonnance du médecin ARTEQUIN 600/750. J’appelle un autre médecin qui confirme cette suggestion. Avec la consigne de ne prendre que la Mefloquine. J’engage donc le traitement. Le lendemain, j’étais debout de première heure, à 9h j’étais à l’Hôpital Général de Douala pour faire les examens qui m’avaient été prescrits la veille. Pour y rentrer il fallait passer par les caprices d’un policier désordonné, indiscipliné qui faisait rentrer suivant des critères qu’il était seul à connaître. Il y eut de nombreux éclats de voix. Las d’attendre une heure plus tard, je vais vers lui, et lui explique que tout un pan de l’assistance avait été négligé. Il m’invite à rentrer dans la guérite où une unité spéciale avait la charge d’identifier des suspects cov19. Vingt (20) min d’attentes ont suffi. Après l’interrogatoire effectué par des infirmiers, je suis orienté chez un médecin, installé dans un contener 20 m sur la droite après la barrière d’entrée de l’hôpital général. Le médecin me soumit au même interrogatoire et me renvoyait à la case départ. Afin qu’on m’oriente vers l’Unité Spéciale Covid. Je leur explique que j’étais là la veille et que j’avais des examens à faire. Que NENI. J’embarque dans un tricycle chinois ou indien, je ne sais pas trop. Mais affrété par l’Hôpital Général. D’ailleurs, il y était fièrement imprimé HÔPITAL GÉNÉRAL DE DOUALA.

Sur les chemins tortueux du dépistage…

L’unité Spéciale COVID 19 de l’hôpital général de Douala se trouve au sud-ouest de la zone abritant le domaine de l’hôpital. L’endroit est aussi appelé VIP (rires) en référence à la qualité (prestiges) des personnalités qui y étais jadis admises. Le coin est délabré, sale. Certaiment plein de microbes et de parasites. Nous débarquons (à deux) du convoi spécial et nous nous dirigeons vers la seule porte ouverte. Des personnes présentes à cet endroit nous indiquent qu’il est interdit d’entrer. Frappez et attendez  juste. Ce qu’on fait. 5 min plus tard, un infirmer se pointe, nous lui tendons les bulletins qui nous ont été remis à l’entrée et sur lesquels nous étions identifiés comme suspects du COVID 19. Ils nous demandent de nous asseoir. Il n’ya pas de chaises disponibles pour tous, certains se contentent de sièges de fortune. L’attente dure une heure au moins. Entretemps, le groupe s’agrandit de nouvelles arrivées. Et le manège recommence à chaque fois.

Puis soudain, un infirmier sort de la pièce et essaie de reconstituer les arrivées. Qui était là avant qui ? Pour une fois, ça se passe de manière quelque peu civilisée. Alors, il distribue des numéros…2h après l’arrivée sur site. Le rituel sera alors celui-ci : prise de paramètres. Ensuite, 30 minutes plus tard, vous rencontrez un autre médecin. Je tombe à nouveau sur le Médecin qui m’a reçu aux Urgences la Veille. Je ne la reconnais pas, elle est littéralement cagoulée. Elle me lance que faites-vous donc ici, je vous ai dit qu’on vous appellerait une fois que les équipes de diagnostic seront disponibles. Et moi de lui indiquer que personne n’a daigné m’écouter depuis mon arrivée à l’hôpital ce matin. L’unité covid 19 semblait être le point d’entrée. Elle me soumet à nouveau à un interrogatoire avant de me relâcher. 

Après le labo, je fonce au scanner. Je fais la queue. 30 minutes plus tard, mon téléphone sonne, je suis invité à passer le test covid 19

Il est plus de 13h. Je crains que le labo soit déjà fermé. Que non. Je commence à sacrifier aux procédures administratives pour faire jouer ma police d’assurance. Dans la foulée, ma demande d’examen de radio du thorax évolue en scanner du thorax. Le médecin en service aux urgences ce jour estime sans doute que c’est plus fiable. Après le labo, je fonce au scanner. Je fais la queue. 30 minutes plus tard, mon téléphone sonne, je suis invité à passer le test covid 19. Je leur explique que je suis en attente de scanner et leur demande si je peux le faire après. Ils disent oui. Puis me rappellent pour me signaler la faiblesse de leur stock, il vaut mieux venir maintenant disent-ils, sinon, ce sera compliqué par la suite. Je mets donc le scanner en stand-by et rapplique au VIP (rires).

Je commence à m’habituer à ces lieux. Je me permets même un raccourci pour gagner 10 minutes sur le trajet. Devant la porte, il y a du monde. Ça discute. J’attends patiemment mon tour. Une fois disponible, je lance à l’infirmier PRISO NGALLE, je suis attendu. Si c’est bien vous, où étiez-vous quand on vous a appelé ? Au Scanner ai-je répondu. Il m’invite à m’asseoir. Cette fois l’attente est de courte durée. A peine 10 minutes. Un autre médecin, un autre interrogatoire. Mais alors le plus long. Il est 14h30 et j’ai dû me taper une cinquantaine de questions. Le médecin qui m’administre ce questionnaire est lui-même désaxé bien des fois. Les questions sont bizarres, imprécises, bref on sent un questionnaire bricolé rapidement. On aurait dit par un jeune chercheur presser de goupiller son travail.

Par deux fois, le médecin est interrompu par ses collègues qui lui demandent de ne pas poser toutes les questions. Il finit donc par s’arrêter et je suis mis à la disposition des équipes de prélèvements. Un bâtonnet dans la narine, puis un autre dans la gorge. Un effet désagréable et la promesse de nous contacter par téléphone pour le résultat. Je cours aussitôt au scanner. Heureusement, mon tour n’est pas arrivé. Vers 15h30, un médecin, vient m’annoncer que je serai pris en charge bientôt. Et 30 minutes après je suis dans les manœuvres du scanner. Une fois terminé,  il m’envoie rencontrer le médecin des urgences. Le major des urgences, une autre vilaine avec qui j’ai eu une mise au point plus tôt dans la matinée m’indique que le médecin n’a aucun résultat et qu’il faut revenir le lendemain à 11h avec les résultats du Scanner. Quelle coordination, Quelle communication !

Vers la guérison…

Le lendemain, je récupère les résultats des biologies, puis du scanner et je retourne chez moi. J’appelle mes amis médecins et leur communique lesdits résultats. Le 1er demande à examiner le cliché de scanner. Ce qui est fait. On est dans le bon protocole me disent-ils, et me recommandent de poursuivre le traitement. Ledit traitement sera ajusté dès le lendemain.

Le traitement n’a pas eu l’effet d’une boule magique. Non, mes nuits de Lundi, Mardi et Mercredi ont été agitées. Mais très vite, j’ai perdu les montées de fièvres, j’ai retrouvé le goût des aliments et l’appétit. Même si je fais confiance au protocole qui m’a été prescrit, je n’ai pas boudé non plus toutes les recettes complémentaires partagées de bon cœur par des amis, des collègues et la famille. Tout y est passé. Les inhalations, les boissons chaudes, le kinkeliba, la citronnelle, le gingembre, le citron, et même, excusez du peu, mes urines. Je suis toutefois resté très mesuré dans mes décisions. Mes choix étaient effectués par la confiance et la proximité.

A la confirmation des résultats. J’organise une réunion d’information avec mes cohabitants. Emma ma sœur et Michael mon neveu. Je leur indique la situation et décide de me mettre en quarantaine, nous organisons la démarche. L’objectif est de réduire leur exposition au virus que je porte. Je leur demande ensuite d’être vigilent et de signaler très vite le moindre souci. 

Mes amis médecins étaient rassurants, et semblaient confiants. Mes proches étaient préoccupés.  Mais ne pouvaient même pas me gratifier d’une visite… Le téléphone assurait le reste. Grâcia, ma fille aînée (13 ans)  en confinement chez ses grands-parents a dû sentir un truc pas clair. Elle a demandé à sa mère de quoi je souffre, non sans rajouter –  j’espère que ce n’est pas le coronavirus – Sa mère lui a rétorqué que le corona est une maladie comme toutes les autres. On en guérit. Et Gracia de rajouter – je ne veux pas. Pas de ça chez papa. A ce moment-là, j’étais surveillé comme du lait sur le feu. Fallait tenir, pour mes trois filles, ainsi que pour tous ceux pour qui je compte.

J’ai ressenti des moments de doute comme ce jeudi où j’ai demandé à mon ami médecin la possibilité d’effectuer une évaluation de mon état général à l’hôpital. J’avais perdu pas mal de symptômes, mais la toux persistait. Le Médecin qui m’a reçu m’a mis en observation pendant près d’une heure. Ensuite elle me dit qu’elle ne m’a pas entendue tousser. Pour me suggérer de poursuivre mon confinement à la maison, car le milieu hospitalier était infeste de nature. Elle ne pouvait m’y garder que si cela était absolument nécessaire.

Le goût, l’odorat, j’ai recommencé à vider mon assiette. J’ai progressivement retrouvé mon énergie.

J’ai suivi son conseil et j’ai retrouvé progressivement toutes mes sensations. Le goût, l’odorat, j’ai recommencé à vider mon assiette. J’ai progressivement retrouvé mon énergie. Je tiens de longues conversations téléphoniques. Mais j’attends toujours d’être appelé par les équipes de diagnostic du covid 19 pour me communiquer….mes résultats du test covid 19.

A présent, bien que restant confiné, je savoure la santé recouvrée. Je me délecte des petits plaisirs, j’ai renoué avec le travail, à partir de la maison grâce à la technologie.

J’invite tous ceux qui rencontreront ces notes, à respecter les gestes barrières et en cas de doute, se rentre à l’hôpital pour une consultation. Autant on guéri du covid19, autant il vaut mieux éviter de le contracter. Ce témoignage se veut un appel à une meilleure prise de conscience. Par Tous.

PRISO NGALLE, Douala – Cameroun.

NDLR : Joseph PRISO NGALLE, 42 ans , père de trois enfants est Directeur du Développement Commercial chez SUNU Assurances Iard Cameroun
Diplômé en Relations Publiques de l’Esstic , il a fait un Troisième Cycle en Communication Sociale à l’Université de Douala
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🔴 Armand Leka Essomba: « Achille MBEMBE-Entre Juifs et Nègres »

En appeler à l’Assemblée Nationale pour légiférer sur la « liberté de penser », m’est proprement incompréhensible, après le Moyen-âge chrétien et les lumières du 18ème siècle européen.

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Il y a près de deux semaines, j’ai apposé ma signature à une pétition en circulation pour marquer mon soutien intellectuel à Achille MBEMBE, l’un des penseurs les plus féconds de notre époque, victime en Allemagne d’un faux procès.

A la faveur d’un remarquable « lapsus », somme toute anecdotique d’un journaliste réputé au Cameroun, l’état d’esprit de censure que je croyais circonscrit à la lointaine Allemagne face à ses propres démons, semble avoir gagné l’espace public de la dispute chez nous.

Là-bas, MBEMBE serait coupable « d’hostilité à l’égard de l’État d’Israël » et ici, « d’hostilité à l’égard de l’État du Cameroun ». Coupable là-bas de « complaisance à l’égard de la Shoah juive », ici, de « complaisance à l’égard de la « cause nègre » (la cause nationale) pour avoir, dans une tribune particulièrement controversée, évoqué la nécessité d’une intervention militaire (française) pour organiser la transition au Cameroun.

Là-bas : critique de la raison raciste

La parenté entre Juifs et Nègres est connue. Pourchassés dans une Europe en proie à ses démons cycliques : le désir de haine et le fantasme de pureté, de nombreux Juifs ont envisagé de trouver hospitalité et paix en Afrique noire. Beaucoup y ont toujours leurs descendances. Cette parenté, Juifs et Nègres la partagent aussi dans l’expérience de la « grande souffrance ». La traite négrière, la Shoah et l’Apartheid, auront été des expériences limite de la haine de l’homme contre l’Homme.


L’acte de naissance de cette grande souffrance que ces deux « catégories d’humanités » expérimentèrent dans leur histoire, portait avant tout, la signature des « politiques d’inimitiés » élaborés au cœur même du lieu d’où émargea et prit forme, pour la première fois, l’humanisme et l’universalisme moderne : le vieux monde européen. Cette facette nocturne d’un universalisme abstrait et d’un humanisme professé s’abreuvait à l’éthos des politiques de la « séparation » et des philosophies de la ségrégation qui furent tout, sauf des politiques du semblable.

Elles se déployaient suivant un axe philosophique particulièrement ambivalent, à la fois lumineux et caverneux, porté simultanément par un idéal émancipateur, lui-même guidé par cette trinité indépassable que constitue la liberté, l’égalité et la fraternité (l’œuvre de Dieu) ;et par une folie enténébrante, puissamment stimulé par le culte de la haine et un permanent désir de génocide (la part du Diable).

C’est bien cette face nocturne et ténébreuse que certains courants d’idées, notamment de droite et d’extrême droite, en occident, cherchent toujours à refouler, à masquer et à nier à tue-tête, sans pour autant y parvenir. Car comme on le sait, ce sont bien les nègres d’Afrique qui les premiers, payeront le prix le plus élevé de ce délire, avant que les juifs, récemment, n’en payent à leur tour un prix tout aussi élevé.

La critique philosophique des politiques de l’inimitié, alors que l’on assiste partout à une « planétarisation de la condition Nègre » et au « devenir nègre du monde », par un étrange retournement est soumise à l’injonction de se faire plus discrète, alimentée par un état d’esprit de censure intellectuelle.

Cette critique sans concession est absolument nécessaire et les voix qui la portent doivent être soutenus et protégées, en tant que veilleur d’espérance humaine.

Sous AHIDJO, MONGO BETI fut enseigné (que ne disait-il pas sur le Cameroun à l’époque?) ; Marcien TOWA, le grand philosophe indocile sous le parti unique, fut libre de penser et l’on pouvait librement le citer.



Ici : Au-delà de la caverne

Sous AHIDJO, MONGO BETI fut enseigné (que ne disait-il pas sur le Cameroun à l’époque?) ; Marcien TOWA, le grand philosophe indocile sous le parti unique, fut libre de penser et l’on pouvait librement le citer. Grâce à ce dernier d’ailleurs, nous avons pu avoir, les BASSECK BA KOBBIO et NKOLO FOE, parmi tant d’autres.

Ces deux derniers principalement, auront permis à l’auteur de ces lignes de recevoir le meilleur héritage que l’Université puisse donner à un esprit : le sens très aigu de la dispute intellectuelle. Ce sera au Cercle Philo-Psycho-Socio-Anthropo de l’Université de Yaoundé I, qu’ils ont créé, mains nues.

Le Cercle Philo-psycho-socio-anthropologie (où l’on passait des nuits entières à lire toutes sortes de livres), en tant qu’espace de socialité académique et scientifique, fut pour nous un lieu unique de rencontre interdisciplinaire, ainsi qu’un laboratoire irremplaçable d’initiation à la discussion critique.

Ce fut d’abord dans ce « non-lieu » institutionnel, au travers de son « irremplaçable » et modeste fond documentaire que nombre d’entre nous, furent confrontés pour la première fois vraiment, au choc fructueux de la divergence.

C’est peut-être là que nous fûmes aussi, très tôt, préparés à l’idée selon laquelle, l’unité de quête (la recherche de la vérité) qui traverse et légitime irréductiblement le projet éthique de toute recherche scientifique, ne devait jamais perdre sa préséance face aux contradictions nées du morcellement des cheminements qui conduisent à cette quête.

La fixation de l’estimé philosophe NKOLO FOE, sur les opinions médiatiques de son compatriote Achille MBEMBE, et sa tendance à tout réduire à cela, au point où le penseur fait le choix de faire l’apologie de la censure, m’a à vrai dire profondément émue et peiné.


C’est en effet là que nous fûmes socialisés, à l’idée que, la recherche de la vérité sociale sur l’homme, vivant en société, s’appauvrit chaque fois que les préjugés liés aux dogmes disciplinaires, s’emploient à ériger des murs, là où des ponts s’imposent, à tous ceux qui se sont donnés pour métier de comprendre, d’expliquer ou d’interpréter ce pathétique spectacle et cette jolie cacophonie qu’est la vie sociale.

Et c’est précisément là que pour la première fois vraiment, presque grâce à nos estimés devanciers (BASSECK et NKOLO FOE), l’on allait faire la « rencontre » avec les écrits de Jean-Marc ELA, EBOUSSI BOULAGA, Achille MBEMBE, Cheick ANTA DIOP et bien d’autres encore.

La fixation de l’estimé philosophe NKOLO FOE, sur les opinions médiatiques de son compatriote Achille MBEMBE, et sa tendance à tout réduire à cela, au point où le penseur fait le choix de faire l’apologie de la censure, m’a à vrai dire profondément émue et peiné.

En appeler à l’Assemblée Nationale pour légiférer sur la « liberté de penser », m’est proprement incompréhensible, après le Moyen-âge chrétien et les lumières du 18ème siècle européen. S’en prendre à un journaliste pour avoir cité un penseur important (ses thèses fussent-elles contestables) m’est à la vérité pénible.

En appeler à l’Assemblée Nationale pour légiférer sur la « liberté de penser », m’est proprement incompréhensible, après le Moyen-âge chrétien et les lumières du 18ème siècle européen.


Cette forme émergente d’intolérance, n’est pas bon signe. Surtout si elle venait à être légitimée intellectuellement par certains meilleurs esprits de notre temps. La répression des libertés académiques étant la pire des répressions.

Beaucoup d’entre nous, pensons « avec » et « contre » MBEMBE, par delà les distributeurs automatiques d’étiquettes. Certains d’entre nous ont toujours explicitement marqué notre profond désaccord avec les implications morales et politiques de la manière dont une certaine « critique politique colérique » ( dont Achille MBEMBE est le parfait représentant dans ses tribunes médiatiques) probablement inspirée par le prisme déformant du « BIYA must go first », analyse le Cameroun.

Mais, cet état d’esprit fait de propos injonctifs et de sentences dogmatiques qui gagne du terrain est absolument inapproprié. Il risque de réprimer cet esprit critique qui reste irréductiblement la seule et ultime valeur à sauvegarder pour le grand bien de tous. Nous en sommes à appeler à la censure des penseurs et à la pénalisation d’une étrange infraction. Nous en sommes presque à guetter des journalistes, une certaine légitimation cathodique somme toute vaine.

Cette polémique alimentée de manière obsessionnelle, en ce moment, n’est pas saine pour la « classe intellectuelle ». Pour les générations qui viennent, nous rêvons de mieux, en ce qui est de notre commune appartenance à cette « aristocratie morale », que sont les intellectuels, qui ne doit sa légitimité qu’à « elle-même » d’abord et à une instance méta sociale certes controversée : la vérité.

A propos de l’auteur :
Armand Leka Essomba est sociologue, directeur exécutif du Laboratoire camerounais d’études et de recherches sur les sociétés contemporaines (CERESC), Université de Yaoundé I.
Pour découvrir quelques uns de ses livres, cliquez ici

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L'INFO EN 89 SEC.

☕ L’INFO EN 89 SECONDES DU 22 MAI 2020

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Coronavirus : 528 nouveaux cas enregistrés en 24h au Cameroun

528 nouveaux cas pour 08  morts et 27 guéris, Ce qui fait au total de 4288 cas confirmés dont 1808 guéris, 2324 actifs et 156 décès. Un record depuis le début de la pandémie il y a deux mois au Cameroun. Face à l’ampleur de la propagation du virus dans les communautés, les autorités sanitaires annoncent la mise en œuvre de la surveillance épidémiologique à base communautaire qui consiste pour les spécialistes à aller dans les communautés, quartiers, villages pour traquer les porteurs du virus, tracer toutes les personnes qui ont été en contact avec le sujet porteur afin de les sécuriser.

Pour  le Pr Alain Georges Etoundi Mballa, directeur de la Lutte contre la Maladie, les épidémies et les pandémies au ministère de la Santé Publique, cette flambée des cas est obtenue grâce à l’augmentation de la capacité de dépistage précoce. Les tests sont disponibles, a-t-il ajouté, en prévenant que le nombre de cas contaminés ira croissant dans les prochains jours, du fait de l’augmentation du nombre de tests.

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