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🔮 Tribune – Bassek Ba Kobhio : « Mon cher Pr et ami Nkolo Foe »

Au cours de « la veillĂ©e sur l’unitĂ© nationale », un magnifique magazine produit et prĂ©sentĂ© par Charles Ndongo le 19 mai dernier, le journaliste a citĂ© l’Ă©crivain Achille MbembĂ©; une refĂ©rence qui a provoquĂ© l’ire du Philosophe Nkolo Foe. Et une rĂ©action de l’essayiste Bassek Ba Kobhio qui s’est rappelĂ© Ă  son bon souvenir. Avec classe et hauteur.

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Je te vois ces derniers temps t’agiter bruyamment et je dois te dire ma tristesse face Ă  tes rĂ©criminations faites de sorties douteuses sur un ton de militant de base de parti unique, toi le grand professeur de philosophie qui devrait montrer la voie de l’acceptation voire de la promotion de la diffĂ©rence , toi qui depuis les bancs de l’Ă©cole ne se classait ni dans les mĂ©diocres ni dans les envieux, au contraire .  Puisque tu aimes tant l’universitĂ© de YaoundĂ© Ă  quelques kilomĂštres de la CRTV et que c’est la mesure de toute chose pour toi,  restes-y mais adopte toutes les exigences de l’institution. L’universitĂ©, me semblait-il, c’est la libertĂ© partout et pour tous, le rejet du caporalisme, de la pensĂ©e unique.

L’universitĂ©, me semblait-il, c’est la libertĂ© partout et pour tous, le rejet du caporalisme, de la pensĂ©e unique.


La prĂ©occupation de Charles Ndongo l’autre soir, dans une Ă©mission qui restera dans les annales de la presse audiovisuelle camerounaise comme Henri Bandolo marqua l’Ă©crit camerounais avec La Flamme et la fumĂ©e,  ne fut pas tant de rechercher un professeur qui parlerait pour une philosophie camerounaise dont on peut se demander Ă  quoi d’ailleurs renvoie cette catĂ©gorie,  que de citer un Camerounais qui quelles que soient ses opinions est dĂ©sormais une rĂ©fĂ©rence, pense et fait parler du Cameroun qu’on le veuille ou non, en suscitant et alimentant le dĂ©bat au niveau mondial. On peut ne pas ĂȘtre d accord avec Achille Mbembe, et c’est tout ton droit, et je ne suis pas moi-mĂȘme  d’accord  avec tout ce qu’il Ă©crit ou toutes ses positions,  on ne peut nier cependant qu’ au Cameroun et dans le monde entier aujourd’hui, parler de la pensĂ©e camerounaise voire africaine c’est convoquer dans le groupe restreint des penseurs Ă  la notoriĂ©tĂ© Ă©tablie notre camarade Achille Mbembe. Je dis camarade, parce-que toi et moi devrions en plus ĂȘtre honorĂ©s, au-delĂ  de nos parcours singuliers loin d’ĂȘtre insignifiants, d’avoir Ă©tĂ© ses camarades de facultĂ© comme je  m’honore d’avoir Ă©tĂ© le tien, comme nous remercions le ciel d avoir eu pour maĂźtre un Marcien Towa dont la grandeur tenait plus de ce qu’il  parlait Ă  l’Afrique et au monde, davantage qu’aux cours qu’il nous dispensa dans des espaces restreints Ă  l universitĂ©.

Marcien Towa fut persĂ©cutĂ© dans ce pays parce-qu’il pensait diffĂ©rent. Le droit Ă  la diffĂ©rence est le premier stade de l’exercice philosophique.


Tu sais bien comment Marcien Towa fut persĂ©cutĂ© dans ce pays parce-qu’il pensait diffĂ©rent. Le droit Ă  la diffĂ©rence est le premier stade de l’exercice philosophique. Il devrait y avoir tellement de distance entre les propos d’un militant de base de parti et ceux d’un professeur de philosophie de mes amis dont je souhaiterais tant qu en descendant d avion Ă  Libreville ou Abidjan on ne me parle que de sa derniĂšre livraison intellectuelle, seule chose qui l’inscrira sur la durĂ©e et dans le temps, plutĂŽt que de lire de lui d’incroyables appels Ă  l’intolĂ©rance, puisque tu reproches au journaliste de choisir librement ses rĂ©fĂ©rences, lui dont la fidĂ©litĂ© au rĂ©gime qu’il sert ne s’est pourtant jamais dĂ©mentie.

L’aigreur est toujours mauvaise compagne de route de la saine pensĂ©e.


Le maccarthysme vit fleurir aux Etats-Unis une flopĂ©e de censeurs chargĂ©s de dĂ©signer les bons et mauvais amĂ©ricains, que Dieu nous prĂ©serve de telles dĂ©rives oĂč la faiblesse de la rĂ©flexion pourrait se vĂȘtir de mĂ©thodes policiĂšres et inquisitoriales pour se venger ou faire place nette.  Mono Ndzana l’a fait il y a 30 ans pour tous et pour tout le siĂšcle, avec une rĂ©colte discutable. L’aigreur est toujours mauvaise compagne de route de la saine pensĂ©e.
Avec l’heureux souvenir de notre club de philosophie,   Ton camarade et ami Bassek ba Kobhio.

Pr Nkolo FOE

« Mieux vaut ĂȘtre militant de base d’un parti unique que de revĂȘtir le costume d’un BHL ou d’un Bernard Kouchner. Peu importe l’amitiĂ© qui me lierait Ă  Achille, l’idĂ©e d’une intervention de l’OTAN au Cameroun ne passe pas chez moi. L’idĂ©e que l’Afrique serait peuplĂ©e de satrapes et d’États voyous pour plaire Ă  l’Occident non plus!
Il ne s’agit pas de censurer qui que ce soit. Il s’agit de citer en exemple des gens qui se mettent Ă  genoux, pour supplier l’ancienne puissance coloniale (et ses alliĂ©s) d’envoyer des armĂ©es pour organiser la succession au Cameroun. Si Émilie accepte une telle issue qui priverait le peuple de son droit souverain, moi je dis non! Un rĂ©gime dans un char Ă©tranger ? Non, non et non. Achille n’a pas le droit de dire une telle connerie. C’est indigne ! »

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ABK ACTU

🔮 Armand Leka Essomba: « Achille MBEMBE-Entre Juifs et NĂšgres »

En appeler Ă  l’AssemblĂ©e Nationale pour lĂ©gifĂ©rer sur la « libertĂ© de penser », m’est proprement incomprĂ©hensible, aprĂšs le Moyen-Ăąge chrĂ©tien et les lumiĂšres du 18Ăšme siĂšcle europĂ©en.

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Il y a prĂšs de deux semaines, j’ai apposĂ© ma signature Ă  une pĂ©tition en circulation pour marquer mon soutien intellectuel Ă  Achille MBEMBE, l’un des penseurs les plus fĂ©conds de notre Ă©poque, victime en Allemagne d’un faux procĂšs.

A la faveur d’un remarquable « lapsus », somme toute anecdotique d’un journaliste rĂ©putĂ© au Cameroun, l’état d’esprit de censure que je croyais circonscrit Ă  la lointaine Allemagne face Ă  ses propres dĂ©mons, semble avoir gagnĂ© l’espace public de la dispute chez nous.

LĂ -bas, MBEMBE serait coupable « d’hostilitĂ© Ă  l’égard de l’État d’IsraĂ«l » et ici, « d’hostilitĂ© Ă  l’égard de l’État du Cameroun ». Coupable lĂ -bas de « complaisance Ă  l’égard de la Shoah juive », ici, de « complaisance Ă  l’égard de la « cause nĂšgre » (la cause nationale) pour avoir, dans une tribune particuliĂšrement controversĂ©e, Ă©voquĂ© la nĂ©cessitĂ© d’une intervention militaire (française) pour organiser la transition au Cameroun.

LĂ -bas : critique de la raison raciste

La parentĂ© entre Juifs et NĂšgres est connue. PourchassĂ©s dans une Europe en proie Ă  ses dĂ©mons cycliques : le dĂ©sir de haine et le fantasme de puretĂ©, de nombreux Juifs ont envisagĂ© de trouver hospitalitĂ© et paix en Afrique noire. Beaucoup y ont toujours leurs descendances. Cette parentĂ©, Juifs et NĂšgres la partagent aussi dans l’expĂ©rience de la « grande souffrance ». La traite nĂ©griĂšre, la Shoah et l’Apartheid, auront Ă©tĂ© des expĂ©riences limite de la haine de l’homme contre l’Homme.


L’acte de naissance de cette grande souffrance que ces deux « catĂ©gories d’humanitĂ©s » expĂ©rimentĂšrent dans leur histoire, portait avant tout, la signature des « politiques d’inimitiĂ©s » Ă©laborĂ©s au cƓur mĂȘme du lieu d’oĂč Ă©margea et prit forme, pour la premiĂšre fois, l’humanisme et l’universalisme moderne : le vieux monde europĂ©en. Cette facette nocturne d’un universalisme abstrait et d’un humanisme professĂ© s’abreuvait Ă  l’éthos des politiques de la « sĂ©paration » et des philosophies de la sĂ©grĂ©gation qui furent tout, sauf des politiques du semblable.

Elles se dĂ©ployaient suivant un axe philosophique particuliĂšrement ambivalent, Ă  la fois lumineux et caverneux, portĂ© simultanĂ©ment par un idĂ©al Ă©mancipateur, lui-mĂȘme guidĂ© par cette trinitĂ© indĂ©passable que constitue la libertĂ©, l’égalitĂ© et la fraternitĂ© (l’Ɠuvre de Dieu) ;et par une folie entĂ©nĂ©brante, puissamment stimulĂ© par le culte de la haine et un permanent dĂ©sir de gĂ©nocide (la part du Diable).

C’est bien cette face nocturne et tĂ©nĂ©breuse que certains courants d’idĂ©es, notamment de droite et d’extrĂȘme droite, en occident, cherchent toujours Ă  refouler, Ă  masquer et Ă  nier Ă  tue-tĂȘte, sans pour autant y parvenir. Car comme on le sait, ce sont bien les nĂšgres d’Afrique qui les premiers, payeront le prix le plus Ă©levĂ© de ce dĂ©lire, avant que les juifs, rĂ©cemment, n’en payent Ă  leur tour un prix tout aussi Ă©levĂ©.

La critique philosophique des politiques de l’inimitiĂ©, alors que l’on assiste partout Ă  une « planĂ©tarisation de la condition NĂšgre » et au « devenir nĂšgre du monde », par un Ă©trange retournement est soumise Ă  l’injonction de se faire plus discrĂšte, alimentĂ©e par un Ă©tat d’esprit de censure intellectuelle.

Cette critique sans concession est absolument nĂ©cessaire et les voix qui la portent doivent ĂȘtre soutenus et protĂ©gĂ©es, en tant que veilleur d’espĂ©rance humaine.

Sous AHIDJO, MONGO BETI fut enseignĂ© (que ne disait-il pas sur le Cameroun Ă  l’époque?) ; Marcien TOWA, le grand philosophe indocile sous le parti unique, fut libre de penser et l’on pouvait librement le citer.



Ici : Au-delĂ  de la caverne

Sous AHIDJO, MONGO BETI fut enseignĂ© (que ne disait-il pas sur le Cameroun Ă  l’époque?) ; Marcien TOWA, le grand philosophe indocile sous le parti unique, fut libre de penser et l’on pouvait librement le citer. GrĂące Ă  ce dernier d’ailleurs, nous avons pu avoir, les BASSECK BA KOBBIO et NKOLO FOE, parmi tant d’autres.

Ces deux derniers principalement, auront permis Ă  l’auteur de ces lignes de recevoir le meilleur hĂ©ritage que l’UniversitĂ© puisse donner Ă  un esprit : le sens trĂšs aigu de la dispute intellectuelle. Ce sera au Cercle Philo-Psycho-Socio-Anthropo de l’UniversitĂ© de YaoundĂ© I, qu’ils ont crĂ©Ă©, mains nues.

Le Cercle Philo-psycho-socio-anthropologie (oĂč l’on passait des nuits entiĂšres Ă  lire toutes sortes de livres), en tant qu’espace de socialitĂ© acadĂ©mique et scientifique, fut pour nous un lieu unique de rencontre interdisciplinaire, ainsi qu’un laboratoire irremplaçable d’initiation Ă  la discussion critique.

Ce fut d’abord dans ce « non-lieu » institutionnel, au travers de son « irremplaçable » et modeste fond documentaire que nombre d’entre nous, furent confrontĂ©s pour la premiĂšre fois vraiment, au choc fructueux de la divergence.

C’est peut-ĂȘtre lĂ  que nous fĂ»mes aussi, trĂšs tĂŽt, prĂ©parĂ©s Ă  l’idĂ©e selon laquelle, l’unitĂ© de quĂȘte (la recherche de la vĂ©ritĂ©) qui traverse et lĂ©gitime irrĂ©ductiblement le projet Ă©thique de toute recherche scientifique, ne devait jamais perdre sa prĂ©sĂ©ance face aux contradictions nĂ©es du morcellement des cheminements qui conduisent Ă  cette quĂȘte.

La fixation de l’estimĂ© philosophe NKOLO FOE, sur les opinions mĂ©diatiques de son compatriote Achille MBEMBE, et sa tendance Ă  tout rĂ©duire Ă  cela, au point oĂč le penseur fait le choix de faire l’apologie de la censure, m’a Ă  vrai dire profondĂ©ment Ă©mue et peinĂ©.


C’est en effet lĂ  que nous fĂ»mes socialisĂ©s, Ă  l’idĂ©e que, la recherche de la vĂ©ritĂ© sociale sur l’homme, vivant en sociĂ©tĂ©, s’appauvrit chaque fois que les prĂ©jugĂ©s liĂ©s aux dogmes disciplinaires, s’emploient Ă  Ă©riger des murs, lĂ  oĂč des ponts s’imposent, Ă  tous ceux qui se sont donnĂ©s pour mĂ©tier de comprendre, d’expliquer ou d’interprĂ©ter ce pathĂ©tique spectacle et cette jolie cacophonie qu’est la vie sociale.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que pour la premiĂšre fois vraiment, presque grĂące Ă  nos estimĂ©s devanciers (BASSECK et NKOLO FOE), l’on allait faire la « rencontre » avec les Ă©crits de Jean-Marc ELA, EBOUSSI BOULAGA, Achille MBEMBE, Cheick ANTA DIOP et bien d’autres encore.

La fixation de l’estimĂ© philosophe NKOLO FOE, sur les opinions mĂ©diatiques de son compatriote Achille MBEMBE, et sa tendance Ă  tout rĂ©duire Ă  cela, au point oĂč le penseur fait le choix de faire l’apologie de la censure, m’a Ă  vrai dire profondĂ©ment Ă©mue et peinĂ©.

En appeler Ă  l’AssemblĂ©e Nationale pour lĂ©gifĂ©rer sur la « libertĂ© de penser », m’est proprement incomprĂ©hensible, aprĂšs le Moyen-Ăąge chrĂ©tien et les lumiĂšres du 18Ăšme siĂšcle europĂ©en. S’en prendre Ă  un journaliste pour avoir citĂ© un penseur important (ses thĂšses fussent-elles contestables) m’est Ă  la vĂ©ritĂ© pĂ©nible.

En appeler Ă  l’AssemblĂ©e Nationale pour lĂ©gifĂ©rer sur la « libertĂ© de penser », m’est proprement incomprĂ©hensible, aprĂšs le Moyen-Ăąge chrĂ©tien et les lumiĂšres du 18Ăšme siĂšcle europĂ©en.


Cette forme Ă©mergente d’intolĂ©rance, n’est pas bon signe. Surtout si elle venait Ă  ĂȘtre lĂ©gitimĂ©e intellectuellement par certains meilleurs esprits de notre temps. La rĂ©pression des libertĂ©s acadĂ©miques Ă©tant la pire des rĂ©pressions.

Beaucoup d’entre nous, pensons « avec » et « contre » MBEMBE, par delĂ  les distributeurs automatiques d’Ă©tiquettes. Certains d’entre nous ont toujours explicitement marquĂ© notre profond dĂ©saccord avec les implications morales et politiques de la maniĂšre dont une certaine « critique politique colĂ©rique » ( dont Achille MBEMBE est le parfait reprĂ©sentant dans ses tribunes mĂ©diatiques) probablement inspirĂ©e par le prisme dĂ©formant du « BIYA must go first », analyse le Cameroun.

Mais, cet Ă©tat d’esprit fait de propos injonctifs et de sentences dogmatiques qui gagne du terrain est absolument inappropriĂ©. Il risque de rĂ©primer cet esprit critique qui reste irrĂ©ductiblement la seule et ultime valeur Ă  sauvegarder pour le grand bien de tous. Nous en sommes Ă  appeler Ă  la censure des penseurs et Ă  la pĂ©nalisation d’une Ă©trange infraction. Nous en sommes presque Ă  guetter des journalistes, une certaine lĂ©gitimation cathodique somme toute vaine.

Cette polĂ©mique alimentĂ©e de maniĂšre obsessionnelle, en ce moment, n’est pas saine pour la « classe intellectuelle ». Pour les gĂ©nĂ©rations qui viennent, nous rĂȘvons de mieux, en ce qui est de notre commune appartenance Ă  cette « aristocratie morale », que sont les intellectuels, qui ne doit sa lĂ©gitimitĂ© qu’à « elle-mĂȘme » d’abord et Ă  une instance mĂ©ta sociale certes controversĂ©e : la vĂ©ritĂ©.

A propos de l’auteur :
Armand Leka Essomba est sociologue, directeur exĂ©cutif du Laboratoire camerounais d’études et de recherches sur les sociĂ©tĂ©s contemporaines (CERESC), UniversitĂ© de YaoundĂ© I.
Pour découvrir quelques uns de ses livres, cliquez ici

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ABK ACTU

🔮 Mise au point: De l’interview politique sur ABK Radio ou l’invitĂ© Ă  la barre ?!

« Que pouvions-nous apporter de plus dans cet écosystÚme ? Refaire de nouveaux plateaux avec des invités pour les entendre se couper la parole et « chuter » sans jamais rien laisser tomber à se mettre sous la dent ? NON !  »
Une mise au Point d’Alexandre Siewe, CEO ABK Radio

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Luc Ngatcha

Dans un pays comme le nĂŽtre, oĂč longtemps  journalisme rimait souvent avec propagande et complaisance Ă  l’égard du discours politique dominant (parti unique- pensĂ©e unique), il est bon pour un journaliste, qui veut bien faire son mĂ©tier, d’accentuer son indĂ©pendance Ă  l’égard du politique, afin de marquer la rupture par rapport au passĂ© rĂ©cent (mĂȘme si cela n’est pas toujours facile). L’avĂšnement du pluralisme s’est traduit chez nous par l’éclosion de plusieurs types de journalisme. Sur le champ politique est apparu, du moins Ă  la radio et Ă  la tĂ©lĂ©vision, un format de dĂ©bats politiques hĂ©ritĂ© du paysage audiovisuel français, avec un journaliste modĂ©rateur et plusieurs invitĂ©s de diverses sensibilitĂ©s qui ici, se crĂȘpent le chignon.

Cette posture de modĂ©rateur permet d’attĂ©nuer la responsabilitĂ© Ă©nonciative du journaliste, qui se prĂ©sente seulement comme le locuteur et non comme l’énonciateur du propos Ă©mis sur son plateau. Elle fonctionne, de ce point de vue, comme un bouclier dĂ©fensif qui autorise Ă  poser des questions conventionnelles, sans grande originalitĂ© en mettant par avance le journaliste Ă  l’abri des contestations. C’est un choix fait par l’essentiel de nos confrĂšres et ils le font trĂšs bien. Les dimanches et certains matins, des acteurs politiques croisent fer et opinions, assurant le show. Ils comblent ainsi les attentes que des auditeurs et tĂ©lĂ©spectateurs ont Ă  l’égard des mĂ©dias : les rĂ©cepteurs veulent du spectacle, comme dans les joutes gladiateurs, on aime la sueur, le sang et les larmes
 avec toute la virilitĂ© ou l’érotisme que ça dĂ©gage bien entendu.

les rĂ©cepteurs veulent du spectacle, comme dans les joutes gladiateurs, on aime la sueur, le sang et les larmes
 avec toute la virilitĂ© ou l’érotisme que ça dĂ©gage bien entendu.

Que pouvions-nous apporter de plus dans cet Ă©cosystĂšme ? Refaire de nouveaux plateaux avec des invitĂ©s de divers horizons pour les entendre se couper la parole et « chuter Â» sans jamais rien laisser tomber Ă  se mettre sous la dent ? NON !

La question accusatrice

Dans ce champ mĂ©diatique riche, il a fallu qu’ABK Radio crĂ©e un avantage concurrentiel qui soit un marqueur fort de son identitĂ©. L’interview politique ou les sujets sociopolitiques ne seront pas abordĂ©s sur ABK Radio sous forme de dĂ©bats. Chaque invitĂ© sera appelĂ© Ă  s’exprimer seul face Ă  notre journaliste. A l’interview classique, nous avons nĂ©anmoins ajoutĂ© le concept de la « question accusatrice ». Point Ă  la barre !

La question accusatrice est une question particuliĂšrement posĂ©e sans mĂ©nagement ni complaisance aucune, Ă  l’égard de l’homme politique. Cette question se signale par deux caractĂ©ristiques : (i) elle rapporte, de diffĂ©rentes maniĂšres, un propos tenu antĂ©rieurement par un autre locuteur, appartenant le plus souvent Ă  la sphĂšre publique, ou par l’invitĂ© lui-mĂȘme. Ce propos rapportĂ© est presque toujours intrusif, infirmatif, voire franchement polĂ©mique (Devil’s Advocate approach interview), ce qui donne Ă  la question un tour offensif.

Sur ABK Radio, Ă  la place du contradicteur, notre journaliste se pose en mĂ©diateur : Ă  travers lui, c’est les diffĂ©rentes sensibilitĂ©s du peuple, de l’opinion publique qui interrogent et demandent de rendre des comptes, au nom de la vĂ©ritĂ©

Sur ABK Radio, Ă  la place du contradicteur, notre journaliste se pose en mĂ©diateur : Ă  travers lui, c’est les diffĂ©rentes sensibilitĂ©s du peuple, de l’opinion publique qui interrogent et demandent de rendre des comptes, au nom de la vĂ©ritĂ© et de l’intĂ©rĂȘt commun. Le journaliste investi d’une telle mission n’a pas peur de s’exposer, afin de faire Ă©clater la vĂ©ritĂ©. L’interaction peut vite prendre implicitement la tournure d’un rĂ©quisitoire (interrogatoire), avec le journaliste dans le rĂŽle du procureur (juge ou de policier) et l’invitĂ© politique dans celui de l’accusĂ© ou du tĂ©moin, contre toute rĂšgle de politesse conversationnelle (Brown et Levinson, Politeness Theory, 1987). C’est la rĂšgle du jeu.

Notre conception du mĂ©tier bien fait veut que le journaliste pose des questions embarrassantes, intrusives, dont fait partie la question accusatrice. L’intervieweur remplit bien son rĂŽle – au double regard de l’éthique journalistique, et des exigences mĂ©diatiques de l’audimat – s’il pose les questions qui font mal (interpellent), qui cassent la langue de bois, dĂ©stabilisent l’interviewĂ© politique et font (dans le but de faire) surgir la vĂ©ritĂ©.

l’intervieweur doit soulever les contradictions et souligner les omissions, relever les incohĂ©rences et signaler les mensonges sans jamais accuser son interlocuteur ».

 C’est la raison pour laquelle les questions journalistiques sur ABK Radio s’inspirent parfois de techniques d’interrogatoire policier ou juridique dĂ©crites dans les ouvrages spĂ©cialisĂ©s. A ce propos, SauvĂ© (2009 : 18) dĂ©finit de la maniĂšre suivante le rĂŽle de l’intervieweur « il doit soulever les contradictions et souligner les omissions, relever les incohĂ©rences et signaler les mensonges sans jamais accuser son interlocuteur ».

PrĂ©cisons pour terminer que ce type de pratique reste rare dans notre espace et mĂȘme ailleurs, et elle semble ĂȘtre soumise Ă  des variations culturelles. Notre culture bilingue nous y prĂ©dispose. Et sur ABK Radio nous sommes conscients de la sensibilitĂ© de l’approche et des risques d’incomprĂ©hension. Nous assumons ce risque qui est le moindre mal dans le climat monochrome de nos dĂ©bats politiques, et sommes ravis que pour l’essentiel, nos invitĂ©s jouent le jeu et nous accompagnent dans cet essai de pĂ©dagogie dont l’objectif, le rĂȘve est l’avĂšnement d’un journalisme digne de ce nom. En toute humilitĂ©.

Ainsi avertis, la question qui vous est posée est : A qui le tour ?

Par Alexandre Siewe, Journaliste et CEO ABK Radio

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