Nos réseaux sociaux

ABK ACTU

🔮 Armand Leka Essomba: « Achille MBEMBE-Entre Juifs et NĂšgres »

En appeler Ă  l’AssemblĂ©e Nationale pour lĂ©gifĂ©rer sur la « libertĂ© de penser », m’est proprement incomprĂ©hensible, aprĂšs le Moyen-Ăąge chrĂ©tien et les lumiĂšres du 18Ăšme siĂšcle europĂ©en.

Publié

Le

Il y a prĂšs de deux semaines, j’ai apposĂ© ma signature Ă  une pĂ©tition en circulation pour marquer mon soutien intellectuel Ă  Achille MBEMBE, l’un des penseurs les plus fĂ©conds de notre Ă©poque, victime en Allemagne d’un faux procĂšs.

A la faveur d’un remarquable « lapsus », somme toute anecdotique d’un journaliste rĂ©putĂ© au Cameroun, l’état d’esprit de censure que je croyais circonscrit Ă  la lointaine Allemagne face Ă  ses propres dĂ©mons, semble avoir gagnĂ© l’espace public de la dispute chez nous.

LĂ -bas, MBEMBE serait coupable « d’hostilitĂ© Ă  l’égard de l’État d’IsraĂ«l » et ici, « d’hostilitĂ© Ă  l’égard de l’État du Cameroun ». Coupable lĂ -bas de « complaisance Ă  l’égard de la Shoah juive », ici, de « complaisance Ă  l’égard de la « cause nĂšgre » (la cause nationale) pour avoir, dans une tribune particuliĂšrement controversĂ©e, Ă©voquĂ© la nĂ©cessitĂ© d’une intervention militaire (française) pour organiser la transition au Cameroun.

LĂ -bas : critique de la raison raciste

La parentĂ© entre Juifs et NĂšgres est connue. PourchassĂ©s dans une Europe en proie Ă  ses dĂ©mons cycliques : le dĂ©sir de haine et le fantasme de puretĂ©, de nombreux Juifs ont envisagĂ© de trouver hospitalitĂ© et paix en Afrique noire. Beaucoup y ont toujours leurs descendances. Cette parentĂ©, Juifs et NĂšgres la partagent aussi dans l’expĂ©rience de la « grande souffrance ». La traite nĂ©griĂšre, la Shoah et l’Apartheid, auront Ă©tĂ© des expĂ©riences limite de la haine de l’homme contre l’Homme.


L’acte de naissance de cette grande souffrance que ces deux « catĂ©gories d’humanitĂ©s » expĂ©rimentĂšrent dans leur histoire, portait avant tout, la signature des « politiques d’inimitiĂ©s » Ă©laborĂ©s au cƓur mĂȘme du lieu d’oĂč Ă©margea et prit forme, pour la premiĂšre fois, l’humanisme et l’universalisme moderne : le vieux monde europĂ©en. Cette facette nocturne d’un universalisme abstrait et d’un humanisme professĂ© s’abreuvait Ă  l’éthos des politiques de la « sĂ©paration » et des philosophies de la sĂ©grĂ©gation qui furent tout, sauf des politiques du semblable.

Elles se dĂ©ployaient suivant un axe philosophique particuliĂšrement ambivalent, Ă  la fois lumineux et caverneux, portĂ© simultanĂ©ment par un idĂ©al Ă©mancipateur, lui-mĂȘme guidĂ© par cette trinitĂ© indĂ©passable que constitue la libertĂ©, l’égalitĂ© et la fraternitĂ© (l’Ɠuvre de Dieu) ;et par une folie entĂ©nĂ©brante, puissamment stimulĂ© par le culte de la haine et un permanent dĂ©sir de gĂ©nocide (la part du Diable).

C’est bien cette face nocturne et tĂ©nĂ©breuse que certains courants d’idĂ©es, notamment de droite et d’extrĂȘme droite, en occident, cherchent toujours Ă  refouler, Ă  masquer et Ă  nier Ă  tue-tĂȘte, sans pour autant y parvenir. Car comme on le sait, ce sont bien les nĂšgres d’Afrique qui les premiers, payeront le prix le plus Ă©levĂ© de ce dĂ©lire, avant que les juifs, rĂ©cemment, n’en payent Ă  leur tour un prix tout aussi Ă©levĂ©.

La critique philosophique des politiques de l’inimitiĂ©, alors que l’on assiste partout Ă  une « planĂ©tarisation de la condition NĂšgre » et au « devenir nĂšgre du monde », par un Ă©trange retournement est soumise Ă  l’injonction de se faire plus discrĂšte, alimentĂ©e par un Ă©tat d’esprit de censure intellectuelle.

Cette critique sans concession est absolument nĂ©cessaire et les voix qui la portent doivent ĂȘtre soutenus et protĂ©gĂ©es, en tant que veilleur d’espĂ©rance humaine.

Sous AHIDJO, MONGO BETI fut enseignĂ© (que ne disait-il pas sur le Cameroun Ă  l’époque?) ; Marcien TOWA, le grand philosophe indocile sous le parti unique, fut libre de penser et l’on pouvait librement le citer.



Ici : Au-delĂ  de la caverne

Sous AHIDJO, MONGO BETI fut enseignĂ© (que ne disait-il pas sur le Cameroun Ă  l’époque?) ; Marcien TOWA, le grand philosophe indocile sous le parti unique, fut libre de penser et l’on pouvait librement le citer. GrĂące Ă  ce dernier d’ailleurs, nous avons pu avoir, les BASSECK BA KOBBIO et NKOLO FOE, parmi tant d’autres.

Ces deux derniers principalement, auront permis Ă  l’auteur de ces lignes de recevoir le meilleur hĂ©ritage que l’UniversitĂ© puisse donner Ă  un esprit : le sens trĂšs aigu de la dispute intellectuelle. Ce sera au Cercle Philo-Psycho-Socio-Anthropo de l’UniversitĂ© de YaoundĂ© I, qu’ils ont crĂ©Ă©, mains nues.

Le Cercle Philo-psycho-socio-anthropologie (oĂč l’on passait des nuits entiĂšres Ă  lire toutes sortes de livres), en tant qu’espace de socialitĂ© acadĂ©mique et scientifique, fut pour nous un lieu unique de rencontre interdisciplinaire, ainsi qu’un laboratoire irremplaçable d’initiation Ă  la discussion critique.

Ce fut d’abord dans ce « non-lieu » institutionnel, au travers de son « irremplaçable » et modeste fond documentaire que nombre d’entre nous, furent confrontĂ©s pour la premiĂšre fois vraiment, au choc fructueux de la divergence.

C’est peut-ĂȘtre lĂ  que nous fĂ»mes aussi, trĂšs tĂŽt, prĂ©parĂ©s Ă  l’idĂ©e selon laquelle, l’unitĂ© de quĂȘte (la recherche de la vĂ©ritĂ©) qui traverse et lĂ©gitime irrĂ©ductiblement le projet Ă©thique de toute recherche scientifique, ne devait jamais perdre sa prĂ©sĂ©ance face aux contradictions nĂ©es du morcellement des cheminements qui conduisent Ă  cette quĂȘte.

La fixation de l’estimĂ© philosophe NKOLO FOE, sur les opinions mĂ©diatiques de son compatriote Achille MBEMBE, et sa tendance Ă  tout rĂ©duire Ă  cela, au point oĂč le penseur fait le choix de faire l’apologie de la censure, m’a Ă  vrai dire profondĂ©ment Ă©mue et peinĂ©.


C’est en effet lĂ  que nous fĂ»mes socialisĂ©s, Ă  l’idĂ©e que, la recherche de la vĂ©ritĂ© sociale sur l’homme, vivant en sociĂ©tĂ©, s’appauvrit chaque fois que les prĂ©jugĂ©s liĂ©s aux dogmes disciplinaires, s’emploient Ă  Ă©riger des murs, lĂ  oĂč des ponts s’imposent, Ă  tous ceux qui se sont donnĂ©s pour mĂ©tier de comprendre, d’expliquer ou d’interprĂ©ter ce pathĂ©tique spectacle et cette jolie cacophonie qu’est la vie sociale.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que pour la premiĂšre fois vraiment, presque grĂące Ă  nos estimĂ©s devanciers (BASSECK et NKOLO FOE), l’on allait faire la « rencontre » avec les Ă©crits de Jean-Marc ELA, EBOUSSI BOULAGA, Achille MBEMBE, Cheick ANTA DIOP et bien d’autres encore.

La fixation de l’estimĂ© philosophe NKOLO FOE, sur les opinions mĂ©diatiques de son compatriote Achille MBEMBE, et sa tendance Ă  tout rĂ©duire Ă  cela, au point oĂč le penseur fait le choix de faire l’apologie de la censure, m’a Ă  vrai dire profondĂ©ment Ă©mue et peinĂ©.

En appeler Ă  l’AssemblĂ©e Nationale pour lĂ©gifĂ©rer sur la « libertĂ© de penser », m’est proprement incomprĂ©hensible, aprĂšs le Moyen-Ăąge chrĂ©tien et les lumiĂšres du 18Ăšme siĂšcle europĂ©en. S’en prendre Ă  un journaliste pour avoir citĂ© un penseur important (ses thĂšses fussent-elles contestables) m’est Ă  la vĂ©ritĂ© pĂ©nible.

En appeler Ă  l’AssemblĂ©e Nationale pour lĂ©gifĂ©rer sur la « libertĂ© de penser », m’est proprement incomprĂ©hensible, aprĂšs le Moyen-Ăąge chrĂ©tien et les lumiĂšres du 18Ăšme siĂšcle europĂ©en.


Cette forme Ă©mergente d’intolĂ©rance, n’est pas bon signe. Surtout si elle venait Ă  ĂȘtre lĂ©gitimĂ©e intellectuellement par certains meilleurs esprits de notre temps. La rĂ©pression des libertĂ©s acadĂ©miques Ă©tant la pire des rĂ©pressions.

Beaucoup d’entre nous, pensons « avec » et « contre » MBEMBE, par delĂ  les distributeurs automatiques d’Ă©tiquettes. Certains d’entre nous ont toujours explicitement marquĂ© notre profond dĂ©saccord avec les implications morales et politiques de la maniĂšre dont une certaine « critique politique colĂ©rique » ( dont Achille MBEMBE est le parfait reprĂ©sentant dans ses tribunes mĂ©diatiques) probablement inspirĂ©e par le prisme dĂ©formant du « BIYA must go first », analyse le Cameroun.

Mais, cet Ă©tat d’esprit fait de propos injonctifs et de sentences dogmatiques qui gagne du terrain est absolument inappropriĂ©. Il risque de rĂ©primer cet esprit critique qui reste irrĂ©ductiblement la seule et ultime valeur Ă  sauvegarder pour le grand bien de tous. Nous en sommes Ă  appeler Ă  la censure des penseurs et Ă  la pĂ©nalisation d’une Ă©trange infraction. Nous en sommes presque Ă  guetter des journalistes, une certaine lĂ©gitimation cathodique somme toute vaine.

Cette polĂ©mique alimentĂ©e de maniĂšre obsessionnelle, en ce moment, n’est pas saine pour la « classe intellectuelle ». Pour les gĂ©nĂ©rations qui viennent, nous rĂȘvons de mieux, en ce qui est de notre commune appartenance Ă  cette « aristocratie morale », que sont les intellectuels, qui ne doit sa lĂ©gitimitĂ© qu’à « elle-mĂȘme » d’abord et Ă  une instance mĂ©ta sociale certes controversĂ©e : la vĂ©ritĂ©.

A propos de l’auteur :
Armand Leka Essomba est sociologue, directeur exĂ©cutif du Laboratoire camerounais d’études et de recherches sur les sociĂ©tĂ©s contemporaines (CERESC), UniversitĂ© de YaoundĂ© I.
Pour découvrir quelques uns de ses livres, cliquez ici

Lire la suite
Advertisement
Cliquez pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

L'INFO EN 89 SEC.

☕ L’INFO EN 89 SECONDES DU 09 JUILLET 2020

Publié

Le

Precedent1 de 5
Utilisez ← → (les flĂšches) pour naviguer

Yaoundé : Un étudiant soupçonné de viol décÚde en cellule

Un jeune Ă©tudiant soupçonnĂ© de viol sur mineure, est mort deux jours aprĂšs son arrivĂ©e dans les cellules du SecrĂ©tariat d’Etat Ă  la DĂ©fense (SED) Ă  YaoundĂ©.

Jean Calvin Ndong, 25 ans, est passĂ© de vie Ă  trĂ©pas le 5 juillet 2020. Et le journal Kalara qui relate l’information renseigne que cet Ă©tudiant en 2Ăšme annĂ©e Ă  la FacultĂ© des Sciences de l’UniversitĂ© de YaoundĂ© I, avait Ă©tĂ© interpellĂ© le vendredi 3 juillet par des gendarmes au quartier Ekoumdoum oĂč il vivait avec son frĂšre aĂźnĂ©. Son interpellation faisait suite Ă  une plainte d’un certain M. Oba Bertrand, administrateur civil principal en service Ă  YaoundĂ©. «L’étudiant Ă©tait suspectĂ© des faits de viol sur une fillette de 14 ans. La victime, fille de M. Oba, habitait avec ses parents dans un appartement qui se trouve dans le mĂȘme camp que celui de son supposĂ© bourreau». Une fois au SED, M. Ndong aurait Ă©tĂ© entendu une premiĂšre fois par les enquĂȘteurs et une seconde fois en prĂ©sence des parents de la victime supposĂ©e et sera ensuite placĂ© en garde Ă  vue. Sa famille aurait aussitĂŽt entamĂ© des dĂ©marches auprĂšs des plaignants pour un arrangement Ă  l’amiable. Malheureusement, le dimanche matin, il aurait Ă©tĂ© retrouvĂ© mort dans sa cellule. Sa famille sera plus tard informĂ©e que leur fils s’est suicidĂ©, une thĂšse qu’elle rejette catĂ©goriquement.

Precedent1 de 5
Utilisez ← → (les flĂšches) pour naviguer

Lire la suite

ABK ACTU

âŻïž Boney Philippe: « Le ministre Ngoh Ngoh est Ă  la tĂȘte de ceux qui veulent plomber la CAN2022 au Cameroun »

Journaliste des sports Camerounais reconnu pour sa libertĂ© de ton, Boney Philippe Ă©tait l’invitĂ© de la matinale d’ABK Matin pour commenter le rĂ©cent renvoi de la Coupe d’Afrique des Nations 2021.

Publié

Le

Pour rĂ©Ă©couter en intĂ©gralitĂ© l’interview de Boney Philippe Ă  propos du renvoi de la CAN2021 en 2022, cliquez sur le lien ci-dessous:

Ci-dessous, quelques phrases choc entendues lors de cette interview

 »La décision de la CAF ne me surprend pas. La surprise aurait été que les dates soient maintenues. »

« MĂȘme s’il n’ y avait pas report, il se serait posĂ© le problĂšme des infrastructures et des chantiers Ă  terminer. Si Ă  Douala, le stade de Japoma est achever, Ă  YaoundĂ©, le stade OlembĂ© traĂźne encore le pas »

 »Pour la CAN, le stade principal que tout le monde entier a envie de dĂ©couvrir c’est le stade Paul Biya malheureusement, il n’est pas rĂ©alisĂ© Ă  80% et le dire n’est pas ĂȘtre ennemi de la RĂ©publique. A Garoua, le stade est peut-ĂȘtre terminĂ©, mais le hĂŽtels non. Et lĂ  je ne parle que d’infrastructures. CĂŽtĂ© santĂ©, le coronavirus est venu montrer combien notre systĂšme est faible. Et pourtant, on avait vantĂ© le plateaux techniques »

« Le soucis des ces autoritĂ©s n’est pas que la CAN se tienne au Cameroun. Je parlerai comme le Pr. MESSANGA , il y’a comme un complot scientifique »

« A OlembĂ© vous avez les prestataires sont tout le temps changĂ©s. Comment voulez-vous que ça marche? Quand les budgets sont Ă©normes et injustifiĂ©s ? On en est Ă  prĂšs de 310 milliards juste pour le stade d’OlembĂ©, en dehors de stades annexes et les diffĂ©rentes pĂ©nĂ©trantes. »

« Il ne faut pas croire en les autoritĂ©s camerounaises. Le soucis des ces autoritĂ©s n’est pas que la CAN se tienne au Cameroun. Je parlerai comme le Pr. MESSANGA , il y’a comme un complot scientifique »

« Ceux qui informent le président de la République sont des menteurs »

« Ceux qui veulent plomber la CAN au Cameroun ont Ă  leur tĂȘte le ministre Ngoh Ngoh »

« Ceux qui informent le prĂ©sident de la RĂ©publique sont des menteurs, puisqu’il ne va pas sur le terrain et ça nous rappelle l’histoire du comice agropastoral d’Ebolowa »

« Oui il y’a une raison liĂ©e au Covid-19, mais il y’a aussi des arrangements entre la CAF et certaines autoritĂ©s
je prĂ©fĂšre arborer l’Ă©tiquette d’antipatrioteque que de me taire face Ă  des scandales qu’on observe dans notre pays »

Lire la suite

LES PLUS POPULAIRES