Nos réseaux sociaux

ABK ACTU

🔮 Opinion-Gaston Kelman: L’affaire Charlotte Dipanda ou l’artiste victime du syndrome du messianisme en politique camerounaise

« Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes. Ils peuvent se tromper comme les autres hommes ». Il en va de mĂȘme pour les princes de nos scĂšnes, de nos Ă©crans et de nos stades.

Publié

Le

Les artistes ont le droit d’avoir des opinions. Ils ont aussi le droit de les exprimer comme tout le monde. GĂ©nĂ©ralement selon le niveau de leur talent, leur opinion est courtisĂ©e. La maĂźtrise de leur art en fait des alliĂ©s ou des adversaires redoutables pour les hommes et les structures ayant besoin de visibilitĂ©. On recherche leur compagnie. Ils apparaissent aux cĂŽtĂ©s des candidats dans les campagnes Ă©lectorales et les meetings en tout genre. Ils s’affichent sur les supports publicitaires, pour les causes humanitaires. NĂ©anmoins, s’ils lisent la piĂšce de thĂ©Ăątre de Corneille intitulĂ©e le Cid, ils tomberont sur le passage oĂč le Comte, pĂšre de ChimĂšne commente en ces termes, le choix du roi portĂ© sur le pĂšre de Rodrigue pour l’éducation du prince. « Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes. Ils peuvent se tromper comme les autres hommes Â». Il en va de mĂȘme pour les princes de nos scĂšnes, de nos Ă©crans et de nos stades.

Le problĂšme pour les stars camerounaises, c’est qu’elles appartiennent Ă  un pays oĂč la quĂȘte de Messies et de boucs Ă©missaire a fait que l’artiste, comme d’autres personnalitĂ©s,  porte une charge qui n’est pas la sienne. Le deuxiĂšme malheur, plus grave encore, c’est que certains de ces artistes se sont pris au jeu comme s’ils ne pouvaient pas exister sans cette autre reconnaissance du petit peuple. On les Ă©rige en messies et ils croient qu’ils en sont. Alors, on observe souvent des situations cocasses. Certains tombent purement dans un Ă©tat psychotique, sinon nĂ©vrotique. Dans un dĂ©lire profond, ils inondent la toile de multiples apparitions quotidiennes, lancent des dĂ©fis donquichottesques, engagent des paris grand-guignolesques, se font spĂ©cialistes de tout et de son contraire, bombent le torse, sermonnent Ă  qui mieux-mieux, insultent Ă  tire-larigot, bavent des insanitĂ©s, et au bout de ce combat contre des ombres qui ont envahi leurs tĂȘtes, deviennent la claire image mĂ©phistophĂ©lique de la haine de soi postcoloniale que je dĂ©finissais dans une rĂ©cente chronique.

Si l’artiste a droit Ă  la parole comme tout citoyen, le fait de maĂźtriser un art le rend-il apte Ă  traiter de tous les sujets ? Pourquoi ne privilĂ©gierait-il pas l’utilisation des moyens dont il dispose pour servir son pays ? Bien entendu, ce service n’exclut pas un engagement politique. Nous allons poser ici quelques portraits de l’artiste camerounais face aux soubresauts politiques de l’heure.

Les formes de l’expression des artistes

Au moment oĂč je trace cette prose malhabile, un internaute – Moussa Njoya, Ă  tout seigneur tout honneur – nous propose un texte d’anthologie sur « l’artiste engagĂ© en dictature : le cas de Fela Kuti Â». Alors, on entend le silence de la magnificence et on parodie CĂ©saire car ici, les chiens se taisent, tous les chiens, ceux de François Mitterrand pleurant BĂ©rĂ©govoy, comme ceux qui suivent la caravane. A ceux qui savent reconnaĂźtre les pĂ©pites d’internet et se remettre en cause, je conseille de lire ce texte. « Les exemples vivants sont d’un autre pouvoir Â», disait Corneille dans le Cid.

Les artistes peuvent s’exprimer. Mais ils doivent tenir compte du contexte. Le contexte politique camerounais est spĂ©cial. Aujourd’hui il est gangrĂ©nĂ© par le syndrome du Messie cĂŽtĂ© face et celui du punching-ball, cĂŽtĂ© pile. Chaque pays a les dirigeants qu’il mĂ©rite. Le Camerounais a maladivement besoin des dirigeants Ă  qui il a quelque chose Ă  reprocher. Ce qui lui permettra de museler la petite voix qui lui rappelle ses propres turpitudes. Ensuite, il se prĂ©sentera l’élu de sa quĂȘte comme un Messie. Paul Biya de par sa longĂ©vitĂ© au pouvoir, son Ăąge et son bilan que ses opposants trouvent mĂ©diocre, est l’épouvantail rĂȘvĂ© des corbeaux criards de la nĂ©crophagie et des porcs de la scatophagie ambiantes. On l’a vu, on l’a voulu, on l’a prĂ©dit mort si souvent qu’il est bien au-delĂ  des neufs vies de la rĂ©sistance du chat.  Le mĂȘme Biya pour ses partisans, cĂšde la place du diable Ă  son ministre et thurifĂ©raire d’hier, aujourd’hui dĂ©sireux prendre la place du vizir, et revĂȘt l’habit du Messie crĂ©ateur des crĂ©atures. Kamto le sus-dĂ©crit ancien thurifĂ©raire est quand Ă  lui une maniĂšre de dieu de l’Olympe et qui ose le toucher ou tout simplement en soutenir un autre, est menacĂ©, maudit, honni banni, agoni d’anathĂšmes. MĂȘme le jeune Cabral Libii n’a pas Ă©chappĂ© Ă  cette peste messianisante, en qui ses nombreux adeptes voient ni plus ni moins que la rĂ©incarnation du Messie Mpodol Ruben Um NyobĂš. Devant cette foire existentielle, l’artiste a le choix. Seulement, l’artiste est Camerounais. Alors l’artiste camerounais se jette souvent dans la mĂȘlĂ©e. Pourtant d’autres voies sont possibles.

Les artistes peuvent s’exprimer. Mais ils doivent tenir compte du contexte. Le contexte politique camerounais est spĂ©cial. Aujourd’hui il est gangrĂ©nĂ© par le syndrome du Messie cĂŽtĂ© face et celui du punching-ball, cĂŽtĂ© pile. Chaque pays a les dirigeants qu’il mĂ©rite.

Nous avons vu dans le pays voisin, le modĂšle Fela Kuti. HĂ©las, nous n’avons pas cette envergure chez nous, ni dans la connaissance, ni dans l’action. Nous avons eu plus grand dans un autre registre. C’est Manu Dibango. Le plus grand musicien d’Afrique de tous les temps ne s’est jamais permis de prendre la parole en politique. Il n’a jamais essayĂ© d’influencer l’opinion publique. Il n’a jamais Ă©tĂ© donneur de leçons. Il n’a jamais insultĂ© personne. Il savait que l’homme n’est ni ange ni bĂȘte. Mais il connaissait aussi la suite de cette maxime de Blaise Pascal. Il savait qu’il n’y a ni Messie ni diable sur la terre et que chacun doit remplir sa mission en bon citoyen. Il savait surtout qu’il y avait un long processus vers la libĂ©ration des peuples et que c’est comme musicien qu’il allait y jouer un rĂŽle et non comme insulteur, aboyeur et donneur de leçons.

Nous observons parfois des artistes qui savent garder leur place avec beaucoup clairvoyance. Je me souviens du temps oĂč en France, on donnait la parole aux rappeurs et aux sportifs noirs sur tous les sujets. Il faut leur reconnaĂźtre que globalement, ils Ă©vitaient le piĂšge et ne se prenaient pas pour ce qu’ils n’étaient pas. Un jour, je me suis retrouvĂ© sur le plateau de France 2 pour parler de la sociologie des banlieues, avec un jeune rappeur qui caracolait en tĂȘte du hit parade. Toute la France avait pour lui les yeux de ChimĂšne. Il Ă©tait jeune beau et bourrĂ© de talent. J’ai pu apprĂ©cier la grandeur de ce garçon. Il n’a pas arrĂȘtĂ© de s’excuser d’ĂȘtre lĂ . Il disait, « je ne comprends pas pourquoi on m’a invitĂ© sur le mĂȘme plateau que les spĂ©cialistes comme Monsieur Kelman». Chaque fois qu’il devait intervenir, il me regardait pour quĂȘter mes encouragements, parce que j’étais le seul autre noir du plateau, mais surtout – il me l’avouera – parce qu’il avait lu mes Ɠuvres et apprĂ©ciait ma grande maĂźtrise du sujet.

Puis il y a la foule des exubĂ©rants, experts en tout, qui savent tout. Cette lĂ©gion d’imbĂ©ciles que Umberto Eco ce spĂ©cialiste de la communication, a su si bien dĂ©finir. Au Cameroun, aujourd’hui, c’est la race dominante. Il y a des spĂ©cimens au talent des plus rachitiques qui Ăąnonnent sans fin la mĂȘme ratatouille rythmique sur le mĂȘme thĂšme en changeant Ă  peine les mots ; des sous douĂ©s dont la production traversera pĂ©niblement les frontiĂšres camerounaises vers les pays de la CEMAC, dont l’état mental n’est pas certain, mais leurs dĂ©clarations rythment la vie publique sociale et politique de ce pays. Mais la tristesse absolue, ce sont ceux qui ont un certain talent, qui auraient dĂ» s’en contenter, mais se prostituent nĂ©anmoins pour les ovations virtuelles.

Notoriété, valeur, patriotisme.

Le cas d’actualitĂ©, ce sont les propos de Charlotte Dipanda en faveur de l’alternance. Nous savons le tollĂ© que sa dĂ©claration a soulevĂ©. Certains l’ont rĂ©cupĂ©rĂ©e ayant jugĂ© qu’elle apportait un soutien Ă  leur camp et ce faisant, elle abominait le camp ennemi. Du coup, ceux d’en face se sont senti obligĂ©s d’agonir la chanteuse d’injures. Vous me direz qu’elle s’en tire Ă  bon compte. Vous me rappellerez que certains ont Ă©tĂ© molestĂ©s et empĂȘchĂ©s de faire leur travail parce qu’ils soutenaient le camp adverse.

Qu’a donc dit Charlotte Dipanda de si rĂ©volutionnaire ? Elle a dĂ©clarĂ© que l’alternance Ă©tait bonne pour le dĂ©veloppement. Tout simplement. Dans bien d’autres contextes, sous d’autres cieux, cette dĂ©claration n’aurait pas soulevĂ© le plus petit commentaire. Je n’ai jamais entendu rien de plus banal de si peu original. C’est comme si elle avait dit, l’école est une bonne chose. Elle a aussi dit qu’un vieillard octogĂ©naire Ă©tait au pouvoir depuis trop longtemps Ă  son goĂ»t. Quel jeune de son Ăąge ne le penserait pas ? Je reste intimement convaincu que mĂȘme les soutiens du prĂ©sident Ă  la longĂ©vitĂ© exceptionnelle, Paul Biya pour ne pas le nommer, vous diront eux aussi que l’alternance est une bonne chose. Ceux de Robert MugabĂ© disaient la mĂȘme chose.

AprĂšs cette mise au point, je vais faire un peu de pĂ©dagogie car en fait c’est la seule raison pour laquelle ce dĂ©bat m’intĂ©resse, vraiment pas pour hurler avec les loups.

Quel Camerounais oserait dire que notre 9 national a un concurrent  dans toute l’Afrique ? N’a-t-il pas Ă©tĂ© une Ă©toile du foot dans le monde, Ă  un niveau qu’aucun Africain n’avait jamais atteint ? Si on rĂ©unit tous les footballeurs, tous les musiciens, tous les Ă©crivains camerounais, Samuel Eto’o Fils seul a plus de notoriĂ©tĂ© que tous rĂ©unis. 

Est-ce que la pertinence des propos d’un artiste est proportionnelle Ă  sa notoriĂ©tĂ© ?  Parce que l’on est bon musicien ou bon footballeur, devient-on plus pertinent dans ses prises de positions publiques ? L’importance que les Camerounais ont accordĂ©e aux propos de Dipanda, je rĂ©pĂšte, propos d’une logique mais aussi d’une banalitĂ© absolues, porte Ă  croire que la rĂ©ponse Ă  cette question ne saurait ĂȘtre que positive. Alors, dans ce cas, nous devons tous suivre Samuel Eto’o, le meilleur de tous en terme de notoriĂ©tĂ©. Quel Camerounais oserait dire que notre 9 national a un concurrent  dans toute l’Afrique ? N’a-t-il pas Ă©tĂ© une Ă©toile du foot dans le monde, Ă  un niveau qu’aucun Africain n’avait jamais atteint ? Si on rĂ©unit tous les footballeurs, tous les musiciens, tous les Ă©crivains camerounais, Samuel Eto’o Fils seul a plus de notoriĂ©tĂ© que tous rĂ©unis. Pourtant, il s’est fait laminer pour ses positions par le camp adverse qui aujourd’hui acclame Dipanda et la couronne d’infaillibilitĂ©. Beaucoup de ceux qui rĂ©cupĂšrent la position de la chanteuse sont les mĂȘmes qui ont pourri la vie de certains artistes Ă  cause d’un choix qui Ă©tait leur droit le plus absolu.

Un artiste peut-il ĂȘtre utile Ă  son pays, hors des stades, des scĂšnes, des positionnements tapageurs oĂč il se fait grand stratĂšge rompu Ă  l’injure et Ă  l’anathĂšme ? En effet, c’est ici que l’efficacitĂ© de l’artiste peut ĂȘtre proportionnelle Ă  sa notoriĂ©tĂ©.

Samuel Eto’o Fils, ce champion toute catĂ©gorie du football mondial, nous l’a prouvĂ© Ă  plusieurs occasions. Je ne parle pas de ses engagements caritatifs et de ses expĂ©riences  Ă©conomiques. A lui seul, il est plus influent dans la diplomatie que tous les ambassadeurs du Cameroun rĂ©unis. Si le Cameroun fait des affaires particuliĂšres avec la Turquie et bien d’autres pays, on le doit Ă  ce garçon. Dans la diplomatie du football, il pĂšse plus que le prĂ©sident et le ministre des sports rĂ©unis. Je pense que c’est grĂące Ă  lui que vous avez pu rattraper in extremis la CAN que vous ne mĂ©ritiez mĂȘme plus. Mais il s’est battu pour vous, pour son pays, pour la jeunesse. DĂšs lors, a-t-il besoin de descendre dans le caniveau, dans la mare aux canards pour exister ? S’il le fait, je dirai ce que j’en pense. Je ne sais pas s’il a une page Facebook. Je ne connais pas une seule de ses vidĂ©os virales. Il Ă  choisi de se mettre bien au-dessus de la mĂȘlĂ©e, lĂ  oĂč l’on rencontre  les gĂ©ants, comme le disait François Mitterrand.

Un autre gĂ©ant, Manu Dibango, a ouvert la Cameroun au monde entier avec sa chanson Soul makossa. GrĂące Ă  lui, son pays et l’Afrique tout entiĂšre sont entrĂ©s aux Etats-Unis d’AmĂ©rique au-delĂ  de ce que notre diplomatie aurait pu rĂ©ussir

Un autre gĂ©ant, Manu Dibango, a ouvert la Cameroun au monde entier avec sa chanson Soul makossa. GrĂące Ă  lui, son pays et l’Afrique tout entiĂšre sont entrĂ©s aux Etats-Unis d’AmĂ©rique au-delĂ  de ce que notre diplomatie aurait pu rĂ©ussir. Il m’a racontĂ© la suite qu’il aurait voulu donner Ă  cette aventure. Il a proposĂ© au Cameroun de surfer sur ce succĂšs pour promouvoir les produits camerounais en les rĂ©unissant sous le label Makossa. Rien n’a Ă©tĂ© fait. Le label Makossa – banane makossa, cafĂ© makossa, cacao makossa, poivre makossa, ananas makossa – aurait ouvert les portes des Etats-Unis et de bien d’autres pays Ă  notre commerce extĂ©rieur. Des annĂ©es plus tard – un peu tard, trop tard ! -, son ami Njala kwam qui Ă©tait directeur de la CDC a exploitĂ© ce filon pour la banane. Il y a eu quelques rĂ©sultats.

De l’alternance en question.

S’il m’avait Ă©tĂ© donnĂ© de (psych)analyser les propos de Charlotte Dipanda, voici ce que j’aurais trouvĂ©.  Oui Charlotte Dipanda appelle l’alternance de tous ses vƓux. En fait, elle va mĂȘme plus loin, car il s’agit d’une double alternance ; celle des hommes et celle des gĂ©nĂ©rations au pouvoir.

S â€˜agissant des hommes, nous avons Ă  la tĂȘte du pays lemĂȘme prĂ©sident depuis 38 ans. Charlotte Dipanda s’en indigne. Beaucoup de Camerounais partagent cette indignation et aimeraient qu’il passe la main. Mais ce n’est pas tout. Ce qu’il convient d’ajouter, c’est que cet homme incarne un certain Cameroun, un type de gouvernance, un modĂšle qu’il a construit avec une Ă©quipe. Cela ne vous aura pas Ă©chappĂ©, depuis l’indĂ©pendance, tous les candidats Ă  la prĂ©sidence de la rĂ©publique ont Ă©tĂ© des compagnons de route de Paul Biya. Ils l’ont aidĂ© Ă  fabriquer le Cameroun que nous vivons et que beaucoup rejettent. Ils ont parfois participĂ© Ă  la mise en place de lois que l’on conteste aujourd’hui. Ils ont encensĂ© Biya au-delĂ  de ce que le pire tyran aurait espĂ©rĂ©. Ils ont sacralisĂ© le culte de la personnalitĂ© et l’infaillibilitĂ© du chef. Une fois Ă  la retraite, ils deviennent des Iznogoud. Ce camp hĂ©berge trois catĂ©gories de prĂ©tendants au trĂŽne du vizir. La derniĂšre Ă©lection prĂ©sidentielle nous en fait une illustration magistrale, tous puisĂ©s dans le camp des retraitĂ©s du pouvoir de Paul Biya. Il y a ceux qui font ça pour rire. Garga Haman Adji ne s’en cache pas. Et ça lui rĂ©ussit bien. Chacune de ses interventions tĂ©lĂ©visĂ©es est une mise en scĂšne. Adamou Ndam Njoya, trĂšs lucide, dit clairement qu’il se prĂ©sente pour faire vivre son parti en attendant le grand soir. A son Ăąge (qu’il repose en paix), c’était une noble et altruiste mission qu’il s’était assignĂ©. Maurice Kamto, le troisiĂšme larron et le dernier de cordĂ©e – chronologiquement bien sĂ»r – se pique au jeu et promet le grand soir. Certains le croient. Ne l’oublions pas, le Camerounais a besoin de se dĂ©charger de ses responsabilitĂ©s sur un Messie ou sur un Ă©pouvantail. Tous ceux-lĂ , Charlotte Dipanda leur demande de partir et de devenir des conseillers de la jeunesse.  

Ne l’oublions pas, le Camerounais a besoin de se dĂ©charger de ses responsabilitĂ©s sur un Messie ou sur un Ă©pouvantail. Tous ceux-lĂ , Charlotte Dipanda leur demande de partir et de devenir des conseillers de la jeunesse.  

Et puis il y a l’alternance des gĂ©nĂ©rations. Pendant les soixante derniĂšres annĂ©es, depuis son premier gouvernement, le champ politique camerounais a connu un modĂšle unique UC/UNC/RDPC qui a façonnĂ© Paul Biya et ses trois collaborateurs, Haman Adji, Njoya et Kamto. En 2018, Ă  l’occasion de l’élection prĂ©sidentielle du 07 octobre, on va assister Ă  la premiĂšre rĂ©volution dans ce champ politique. Elle a Ă©tĂ© portĂ©e par trois hommes : Cabral  Libii, Serge Espoir Matomba, Joshua Oshi. Chacun a Ă©tĂ© le meilleur dans son style. Cabral le fonceur, Matomba le mĂ©ticuleux, Oshi le besogneux. Ils sont jeunes comme la majoritĂ© des Camerounais et comme la majoritĂ© des nouveaux dirigeants au monde. Ils sont talentueux. Ils ont inventĂ© chacun une façon de faire de la politique au Cameroun. Alors que les jeunes avaient Ă©tĂ© formĂ©s Ă  attendre que les vieux les forment Ă  leur systĂšme vieilli, qu’ils les adoubent, et qu’ils leur donnent des miettes, nos trois mousquetaires  ont foncĂ©. Oshi a virĂ© l’indĂ©boulonnable Chairman, John Fru Ndi. Cabral a surgi comme un indomptable corsaire. Matomba a commencĂ© en crĂ©ant un parti alors qu’il Ă©tait loin de ses trente ans et a entrepris sa longue marche step by step.

Cabral  Libii, Serge Espoir Matomba, Joshua Oshi. Chacun a Ă©tĂ© le meilleur dans son style. Cabral le fonceur, Matomba le mĂ©ticuleux, Oshi le besogneux. Ils sont jeunes comme la majoritĂ© des Camerounais et comme la majoritĂ© des nouveaux dirigeants au monde.

Qui pourrait imaginer que si elle n’est pas bĂȘte, et elle ne l’est pas, Charlotte Dipanda ne pense pas Ă  ceux-lĂ , ne mise pas sur ce tiercĂ© prometteur comme la vraie alternance que le pays attend ? Qui pourrait sans la mĂ©priser, s’imaginer qu’elle lĂącherait ces poulains sĂ©millants et frĂ©missants, pour un quarteron de haridelles dĂ©polies par l’ñge et l’usure du pouvoir. Qui pourrait imaginer sans l’offenser, que la jeune femme ne soit pas dans une logique de solidaritĂ© gĂ©nĂ©rationnelle ?  

Cabral Libii a compris la contribution de sa cogĂ©nĂ©rationnelle Charlotte Dipanda. Saisissant la balle au bond, alors que les aboyeurs de tout bord s’écharpent sur la toile de leurs griffes vermoulues, il interpelle. « Peuple Camerounais, lĂšve toi et marche pour le changement et l’alternance. Ce n’est que comme ça que le Cameroun pourra avancer Â». Ce corsaire finira par rĂ©ussir son abordage. Et les autres ne seront pas loin. Les paris sont ouverts.

A propos de l’auteur : Gaston Kelman est un Ă©crivain français d’origine camerounaise, nĂ© le 1er septembre 1953 Ă  Douala . Son plus gros succĂšs de librairie a Ă©tĂ© son livre « Je suis noir mais je naime pas le manioc » publiĂ© en 2003. Il a signĂ© en 2013 une biographie complĂšte de Manu Dibango « Balade en saxo dans les coulisses de ma vie Â» / avec Manu Dibango

Lire la suite
Advertisement
Cliquez pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

L'INFO EN 89 SEC.

☕ L’INFO EN 89 SECONDES DU 09 JUILLET 2020

Publié

Le

Precedent1 de 5
Utilisez ← → (les flĂšches) pour naviguer

Yaoundé : Un étudiant soupçonné de viol décÚde en cellule

Un jeune Ă©tudiant soupçonnĂ© de viol sur mineure, est mort deux jours aprĂšs son arrivĂ©e dans les cellules du SecrĂ©tariat d’Etat Ă  la DĂ©fense (SED) Ă  YaoundĂ©.

Jean Calvin Ndong, 25 ans, est passĂ© de vie Ă  trĂ©pas le 5 juillet 2020. Et le journal Kalara qui relate l’information renseigne que cet Ă©tudiant en 2Ăšme annĂ©e Ă  la FacultĂ© des Sciences de l’UniversitĂ© de YaoundĂ© I, avait Ă©tĂ© interpellĂ© le vendredi 3 juillet par des gendarmes au quartier Ekoumdoum oĂč il vivait avec son frĂšre aĂźnĂ©. Son interpellation faisait suite Ă  une plainte d’un certain M. Oba Bertrand, administrateur civil principal en service Ă  YaoundĂ©. «L’étudiant Ă©tait suspectĂ© des faits de viol sur une fillette de 14 ans. La victime, fille de M. Oba, habitait avec ses parents dans un appartement qui se trouve dans le mĂȘme camp que celui de son supposĂ© bourreau». Une fois au SED, M. Ndong aurait Ă©tĂ© entendu une premiĂšre fois par les enquĂȘteurs et une seconde fois en prĂ©sence des parents de la victime supposĂ©e et sera ensuite placĂ© en garde Ă  vue. Sa famille aurait aussitĂŽt entamĂ© des dĂ©marches auprĂšs des plaignants pour un arrangement Ă  l’amiable. Malheureusement, le dimanche matin, il aurait Ă©tĂ© retrouvĂ© mort dans sa cellule. Sa famille sera plus tard informĂ©e que leur fils s’est suicidĂ©, une thĂšse qu’elle rejette catĂ©goriquement.

Precedent1 de 5
Utilisez ← → (les flĂšches) pour naviguer

Lire la suite

ABK ACTU

âŻïž Boney Philippe: « Le ministre Ngoh Ngoh est Ă  la tĂȘte de ceux qui veulent plomber la CAN2022 au Cameroun »

Journaliste des sports Camerounais reconnu pour sa libertĂ© de ton, Boney Philippe Ă©tait l’invitĂ© de la matinale d’ABK Matin pour commenter le rĂ©cent renvoi de la Coupe d’Afrique des Nations 2021.

Publié

Le

Pour rĂ©Ă©couter en intĂ©gralitĂ© l’interview de Boney Philippe Ă  propos du renvoi de la CAN2021 en 2022, cliquez sur le lien ci-dessous:

Ci-dessous, quelques phrases choc entendues lors de cette interview

 »La décision de la CAF ne me surprend pas. La surprise aurait été que les dates soient maintenues. »

« MĂȘme s’il n’ y avait pas report, il se serait posĂ© le problĂšme des infrastructures et des chantiers Ă  terminer. Si Ă  Douala, le stade de Japoma est achever, Ă  YaoundĂ©, le stade OlembĂ© traĂźne encore le pas »

 »Pour la CAN, le stade principal que tout le monde entier a envie de dĂ©couvrir c’est le stade Paul Biya malheureusement, il n’est pas rĂ©alisĂ© Ă  80% et le dire n’est pas ĂȘtre ennemi de la RĂ©publique. A Garoua, le stade est peut-ĂȘtre terminĂ©, mais le hĂŽtels non. Et lĂ  je ne parle que d’infrastructures. CĂŽtĂ© santĂ©, le coronavirus est venu montrer combien notre systĂšme est faible. Et pourtant, on avait vantĂ© le plateaux techniques »

« Le soucis des ces autoritĂ©s n’est pas que la CAN se tienne au Cameroun. Je parlerai comme le Pr. MESSANGA , il y’a comme un complot scientifique »

« A OlembĂ© vous avez les prestataires sont tout le temps changĂ©s. Comment voulez-vous que ça marche? Quand les budgets sont Ă©normes et injustifiĂ©s ? On en est Ă  prĂšs de 310 milliards juste pour le stade d’OlembĂ©, en dehors de stades annexes et les diffĂ©rentes pĂ©nĂ©trantes. »

« Il ne faut pas croire en les autoritĂ©s camerounaises. Le soucis des ces autoritĂ©s n’est pas que la CAN se tienne au Cameroun. Je parlerai comme le Pr. MESSANGA , il y’a comme un complot scientifique »

« Ceux qui informent le président de la République sont des menteurs »

« Ceux qui veulent plomber la CAN au Cameroun ont Ă  leur tĂȘte le ministre Ngoh Ngoh »

« Ceux qui informent le prĂ©sident de la RĂ©publique sont des menteurs, puisqu’il ne va pas sur le terrain et ça nous rappelle l’histoire du comice agropastoral d’Ebolowa »

« Oui il y’a une raison liĂ©e au Covid-19, mais il y’a aussi des arrangements entre la CAF et certaines autoritĂ©s
je prĂ©fĂšre arborer l’Ă©tiquette d’antipatrioteque que de me taire face Ă  des scandales qu’on observe dans notre pays »

Lire la suite

LES PLUS POPULAIRES