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🔮 CĂŽte d’Ivoire: Et si la mort du Premier Ministre Gon Coulibaly Ă©tait liĂ©e Ă  la sorcellerie? – Partie 1

D’aprĂšs le lanceur d’alerte Chris Yapi, l’attaque cardiaque du 02 Mai 2020 et la mort le 08 Juillet dernier du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly ne sont que la rĂ©sultante d’une terrible guerre mystique au sommet de l’Ă©tat ivoirien. Voici un texte publiĂ© par ce lanceur d’alerte un mois exactement avant la mort d’Amadou Gon Coulibaly.

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Si ce n’était la promptitude avec laquelle le PrĂ©sident Alassane Ouattara l’avait fait Ă©vacuer en France, il serait peut-ĂȘtre dĂ©cĂ©dĂ©. Il faut dire que cette crise cardiaque a surpris le PrĂ©sident Ouattara, lui qui avait reçu les assurances des mĂ©decins, que son poulain pouvait tenir la pression d’une campagne Ă©lectorale et la gestion d’un pays. C’est un Amadou Gon diminuĂ©, affaibli qui va regagner la CĂŽte d’Ivoire. Son avenir Ă©lectoral est en pointillĂ© et son mentor se pose dĂ©sormais des questions sur sa capacitĂ© Ă  conduire les troupes du RHDP.

« Amadou Gon Coulibaly a été victime de la guerre de succession qui fait rage et au cours de laquelle tous les moyens ont été utilisés, y compris la sorcellerie africaine et la magie noire »

Comment tout cela a pu arriver Ă  cet homme qui se voyait dĂ©jĂ  installĂ© dans le fauteuil qu’Alassane Ouattara va libĂ©rer dans quelques mois ? La vĂ©ritĂ© est simple : Amadou Gon Coulibaly a Ă©tĂ© victime de la guerre de succession qui fait rage actuellement au RHDP. Guerre au cours de laquelle tous les moyens ont Ă©tĂ© utilisĂ©s, y compris la sorcellerie africaine et la magie noire. Chris Yapi a enquĂȘtĂ© et va rĂ©vĂ©ler au monde ce qui est rĂ©ellement arrivĂ© Ă  Amadou Gon Coulibaly et comment cela lui est arrivĂ©.

‱ Les prĂ©dictions de la prĂȘtresse Koyaka Mamissi

Tout est parti d’une rĂ©vĂ©lation reçue par Hamed Bakayoko, courant mars- avril 2011, juste aprĂšs le blocus sur l’HĂŽtel du Golf. AprĂšs la chute du PrĂ©sident Laurent Gbagbo, Abou Diarra, actuellement Chef de cabinet Ă  la Mairie d’Abobo, qui Ă  cette Ă©poque Ă©tait le chargĂ© de mission du Ministre de l’IntĂ©rieur Hamed Bakayoko, a reçu la visite d’une dame rĂ©putĂ©e dans la rĂ©gion du Worodougou pour ses pratiques mystiques.
Cette dame, connue sous le nom de Mamissi, prĂ©tendait avoir eu des rĂ©vĂ©lations de la part de ses oracles concernant l’avenir du Worodougou. Elle voulait rencontrer le Ministre Hamed Bakayoko pour lui faire part de ses visions prophĂ©tiques. Elle insistait fortement pour le rencontrer, car selon elle, le chef de ses gĂ©nies qu’elle appelait « Djinan Mansa » lui avait transmis un message pour le Ministre Bakayoko, lequel serait promis Ă  un destin exceptionnel.

Sur insistance d’Abou Diarra pour en savoir davantage, elle lui rĂ©vĂ©la qu’au cours d’une consultation divinatoire, elle avait vu le tapis rouge prĂ©sidentiel dĂ©roulĂ© tout le long de l’autoroute du nord, du corridor de Yopougon-Gesco jusqu’à la mosquĂ©e des ancĂȘtres des Bakayoko Ă  SĂ©guĂ©la. Cela signifiait qu’un fils de SĂ©guĂ©la, un Bakayoko, aurait un destin qui l’amĂšnerait Ă  marcher sur le tapis rouge et pour elle, il n’y avait aucun doute. Il s’agissait bien d’Hamed Bakayoko. La prĂȘtresse a affirmĂ© que ses oracles ne l’avaient jamais trompĂ©e et elle insista pour transmettre l’interprĂ©tation de cette consultation directement au concernĂ© lui-mĂȘme.
 
Compte tenu du contexte sensible de la crise postĂ©lectorale que venait de traverser le pays, Abou Diarra le chargĂ© de mission, fit remarquer Ă  la voyante que sa requĂȘte ne pouvait aboutir. Mais, il promit de traduire fidĂšlement ses prĂ©dictions Ă  son patron qui Ă©tait toujours reclus Ă  l’HĂŽtel du Golf. Comme promis, Abou Diarra transmit Ă  Hamed Bakayoko les prĂ©dictions sur le destin prĂ©sidentiel qui l’attendait. Goguenard et incrĂ©dule, le Ministre n’en crut pas un mot. Il demanda cependant Ă  entendre les prĂ©tendues rĂ©vĂ©lations de ses propres oreilles. AussitĂŽt dit, aussitĂŽt fait.

« elle rĂ©pĂ©ta mot pour mot Ă  Abou Diarra que ses gĂ©nies prĂ©disaient qu’Hamed Bakayoko, Ă©tait destinĂ© Ă  devenir PrĂ©sident de la RĂ©publique aprĂšs Alassane Ouattara. »

Quelques jours plus tard, la voyante Mamissi fut à nouveau appelée par Abou Diarra.
Ayant eu l’accord de « Djinan Mansa », le roi de ses gĂ©nies, elle accepta la rencontre et se fit accompagner par l’une de ses sƓurs en guise de tĂ©moin. Devant sa sƓur, elle rĂ©pĂ©ta mot pour mot Ă  Abou Diarra que ses gĂ©nies prĂ©disaient qu’Hamed Bakayoko, petit-fils de Vafoumba Bakayoko, Ă©tait destinĂ© Ă  devenir PrĂ©sident de la RĂ©publique aprĂšs Alassane Ouattara.

Selon les interprĂ©tations que la prophĂ©tesse faisait des messages de ses gĂ©nies, aprĂšs la prĂ©sidence d’Alassane Ouattara, un fils du Worodougou Ă©tait prĂ©destinĂ© pour assurer la succession, ce que symboliserait le tapis rouge dĂ©roulĂ© de Yopougon-Gesco jusqu’à une mosquĂ©e de la ville de SĂ©guĂ©la. Elle poursuivit en indiquant que pour que cette prophĂ©tie se rĂ©alise sans encombre, une dizaine de bƓufs devaient ĂȘtre immolĂ©s sur la terre d’origine du Ministre.
Ensuite, il devait aller prĂȘter les serments usuels sur la tombe des ancĂȘtres Bakayoko Ă  Koro, dans le dĂ©partement de Touba.
Pour terminer, elle a indiquĂ© qu’Hamed Bakayoko devait toujours avoir Ă  son domicile trois chevaux de couleurs diffĂ©rentes qu’il devait chevaucher par moments pour garder les faveurs des mĂąnes. J’imagine bien que certains visiteurs du Ministre ont dĂ» voir ces chevaux.

Comme difficultĂ©s sur son destin prĂ©sidentiel, la voyante lui a recommandĂ© de faire trĂšs attention Ă  l’entourage du PrĂ©sident Alassane Ouattara parce que c’est lĂ -bas que se trouveraient ses ennemis les plus redoutables. C’est surtout ceux, qui comme lui, viennent du Worodougou, mais qu’il les vaincrait sans grands efforts.
Cependant, a-t-elle dit, il aura Ă  affronter un jour, un puissant adversaire, issu d’une tribu alliĂ©e Ă  la sienne. Avec son accord, Abou Diarra enregistra les rĂ©vĂ©lations de la devineresse sur un dictaphone et les transmis Ă  Hamed Bakayoko. AprĂšs les avoir Ă©coutĂ©es, Hambak n’y accorda aucun crĂ©dit. Cela lui semblait si irrĂ©el.

‱ La guerre IB vs Hamed Bakayoko

Durant cette pĂ©riode agitĂ©e, Ibrahim Coulibaly dit IB se signalait Ă  la tĂȘte de ses hommes du cĂŽtĂ© d’Anyama, par son refus de reconnaĂźtre le pouvoir du nouveau PrĂ©sident Alassane Ouattara. Mieux, il s’Ă©tait mĂȘme proclamĂ© nouveau Chef de l’État et annonça l’ouverture d’une transition.
En entendant cette proclamation prĂ©sidentielle, Hambak se souvint qu’une voyante avait prĂ©dit qu’un fils du Worodougou serait PrĂ©sident. Or, IB est du Worodougou 

Serait-ce IB le messie du Worodougou dont parlait la prĂȘtresse Mamissi ? Tout portait Ă  le croire Ă  l’époque, d’autant plus qu’Hamed Bakayoko ne se voyait guĂšre le profil d’un PrĂ©sident de la RĂ©publique.

Pour mĂ©moire, Hambak Ă©tait trĂšs proche du Premier ministre – Ministre de la DĂ©fense Guillaume Soro et cela semblait lui suffire. Face Ă  IB, il avait fait le choix de Guillaume Soro. Il n’en demandait pas plus. Cependant, la prĂ©diction de la prophĂ©tesse lui trottinait dans la tĂȘte. Il en Ă©tait inquiet, car IB Ă©tait opposĂ© Ă  Guillaume Soro et selon la formule, l’ami de mon ennemi est mon ennemi. IB n’aimait pas Hamed Bakayoko et ce dernier le lui rendait bien. Hamed Bakayoko avait trĂšs peur d’IB et de sa brutalitĂ©. Il s’acharnait alors Ă  convaincre le PrĂ©sident Ouattara et son Premier Ministre Guillaume Soro qu’il fallait mater rapidement la rĂ©bellion d’IB par la force et ce serait un de moins. La suite on l’a connaĂźt.

En effet, selon « Jeune Afrique Â», Hamed Bakayoko a obtenu la gĂ©olocalisation du Sergent-chef Ibrahim Coulibaly grĂące Ă  l’un de ses contacts dans la tĂ©lĂ©phonie mobile et obtint le feu vert d’Alassane Ouattara pour que l’assaut soit donnĂ© contre ce rival menaçant du Worodougou que la prophĂ©tesse et prĂȘtresse Koyaka avait mentionnĂ©. IB a Ă©tĂ© tuĂ© lors d’une opĂ©ration menĂ©e par les FACI.
AprĂšs l’Ă©limination physique de ce fils du Worodougou, Hambak croyait en avoir fini avec ses adversaires issus du Worodougou. Erreur de gawa !

‱ L’humiliation d’Amadou Soumahoro dans le Worodougou

Un autre fils du Worodougou Ă  son grand dĂ©plaisir se signala. Il s’agit d’Amadou Soumahoro, actuel PrĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale, qui ne cachait pas ses ambitions rĂ©gionales. Pour ne prendre aucun risque, Hamed Bakayoko finança l’adversaire d’Amadou Soumahoro lors des Ă©lections municipales de 2013. Ainsi, Amadou Soumahoro, tout puissant SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral du RDR, mordit la poussiĂšre face Ă  un inconnu et perdit son honneur et son prestige. Quelle humiliation !

Cependant, ce dernier réussira à prendre sa revanche lors des élections départementales suivantes de 2015.

‱ La rencontre secrĂšte Hamed Bakayoko et la prĂȘtresse Mamissi.

Prenant maintenant au sĂ©rieux ces questions de rivalitĂ©s venant du Worodougou, le Ministre de l’IntĂ©rieur demanda Ă  son fidĂšle chargĂ© de mission Abou Diarra de faire venir la fameuse voyante qui avait prĂ©dit cette adversitĂ© rĂ©gionale. Les prĂ©dictions de la prophĂ©tesse Mamissi faisaient leur chemin dans le cerveau du Ministre Bakayoko.

Mamissi fut donc rappelĂ©e par le chargĂ© de mission et logĂ©e Ă  AdjamĂ© Williamsville, dans l’un des bidonvilles. Pour ceux qui connaissent ce quartier, il s’agit du bidonville qui se trouve Ă  proximitĂ© du garage de la Police Nationale. ConsultĂ©e Ă  nouveau pour lire l’avenir, la dame exigea un dialogue direct avec le Ministre Hamed Bakayoko. InformĂ©, ce dernier accepta cette fois sans hĂ©sitation. Elle fut donc conduite dans l’une des rĂ©sidences secrĂštes du Ministre de l’IntĂ©rieur.

Selon ma source, qui est bien introduite, la voyante lui avait recommandĂ© Ă  Hambak d’acheter rapidement les trois chevaux de couleurs diffĂ©rentes, qu’il devait garder Ă  son domicile et les chevaucher trois jours dans la semaine : lundi, mardi et mercredi, s’il voulait reprendre le contrĂŽle du Worodougou qu’Amadou Soumahoro venait de lui ravir.

Au cours de cette sĂ©ance de consultation mystique, la voyante est revenue Ă  nouveau sur la bataille sans merci que devait lui livrer un adversaire issu d’une tribu alliĂ©e. Elle prĂ©cisa mĂȘme qu’il s’agissait d’un Senoufo. Hamed Bakayoko lui demanda qui Ă©tait donc ce puissant alliĂ© Senoufo ? Elle rĂ©torqua que ses gĂ©nies ne lui avaient pas donnĂ© d’indications prĂ©cises Ă  ce sujet. Comment remporter le duel face Ă  ce puissant SĂ©noufo demanda Hambak ?
AprĂšs avoir fait ses incantations, la dame lui rĂ©pondit qu’il devait faire un retour aux sources pour invoquer les mĂąnes des ancĂȘtres Bakayoko Ă  Koro afin de bĂ©nĂ©ficier de leur aide mystique. La tombe du patriarche Bakayoko s’y trouve et s’il s’y rend pour des invocations, il aura gain de cause. Cette Ă©tape est trĂšs importante, car pour la petite histoire, l’origine des Bakayoko se trouve Ă  Koro. Ce lieu est devenu un sanctuaire. Il est dit que l’ancĂȘtre des Bakayoko a fait 7 fois le pĂšlerinage Ă  la Mecque Ă  pied ce qui fit sa renommĂ©e. C’était un homme qui dĂ©voua toute sa vie Ă  Dieu et Ă  l’islam. Sa puissance Ă©tait connue au-delĂ  des frontiĂšres de son canton. Une fois mort sa tombe devint un lieu de pĂšlerinage et les gens affluent pour s’y recueillir et l’implorer. L’actuel PrĂ©sident Ouattara avant de devenir PrĂ©sident de la RĂ©publique aurait fait le dĂ©tour Ă  Koro pour lui aussi l’implorer.

Elle recommanda Ă©galement Ă  Hambak de construire une maison dans sa ville de SĂ©guĂ©la en faisant en sorte que la rĂ©sidence soit orientĂ©e dans la direction du soleil couchant. Cette rĂ©sidence lui servira de sanctuaire mystique et d’antre de repli d’oĂč il pourra contrer tous ses adversaires. Elle termina en disant Ă  Hamed Bakayoko que parmi ses adversaires, il devait se mĂ©fier particuliĂšrement d’un qui Ă©tait sans cƓur.
Hambak ne comprit pas le sens de cette expression. Ce qui l’intĂ©ressait c’était de savoir s’il arriverait Ă  battre ce dernier. La voyante lui dit juste de bien se prĂ©parer et qu’il verrait de lui-mĂȘme. Le Ministre se conforma aux prescriptions de la voyante et acheta les trois chevaux. La rĂ©sidence Ă©galement fut construite. C’est son fameux ranch de SĂ©guĂ©la.
 
Cherchant qui pouvait ĂȘtre ce fameux adversaire SĂ©noufo qui lui donnerait du fil Ă  retordre, Hamed Bakayoko finit par dĂ©duire qu’il ne pouvait s’agir que de Guillaume Soro. Ce dernier Ă©tait au paroxysme de sa gloire triomphante et surtout entretenait, d’excellentes relations avec le PrĂ©sident Ouattara. L’opinion s’accordait Ă  dire qu’il serait le successeur idĂ©al de ce dernier.

‱ L’alliance Hamed Bakayoko – Amadou Gon

Hambak commença dÚs lors à se méfier de lui et à concocter un plan de bataille.

Il fallait isoler et Ă©liminer Guillaume Soro de l’entourage du PrĂ©sident s’il voulait que la prĂ©diction de son destin prĂ©sidentiel se rĂ©alise. Il avait dĂ©jĂ  vaincu deux adversaires (IB et Amadou Soumahoro), il vaincrait le troisiĂšme.

« Hamed Bakayoko fournira un nombre impressionnant de bulletins de renseignements fabriquĂ©s. Le rĂ©sultat fut spectaculaire : Alassane Ouattara et Guillaume Soro se sont brouillĂ©s et ont fini par se sĂ©parer. »

Pour le rĂ©ussir, il fallait ĂȘtre intelligent et il lui fallait un alliĂ©. Ce sera le tout puissant SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral de la PrĂ©sidence, Amadou Gon Coulibaly dit AGC.

S’appuyant sur ce dernier qu’il savait ĂȘtre un homme de confiance du PrĂ©sident Alassane Ouattara, Hamed Bakayoko fournira un nombre impressionnant de bulletins de renseignements fabriquĂ©s sur celui qu’il ne voyait plus comme un ami, mais comme un rival redoutable. Le rĂ©sultat fut spectaculaire : Alassane Ouattara et Guillaume Soro se sont brouillĂ©s et ont fini par se sĂ©parer. Alors, Hamed Bakayoko croyait qu’enfin le chemin Ă©tait dĂ©blayĂ© pour lui et que la prophĂ©tie s’accomplirait.

Mais Ă  sa grande surprise, le discret SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral de la PrĂ©sidence qu’on disait impotent, est nommĂ© Premier ministre Ă  son grand regret. Pis, il a commencĂ© Ă  montrer appĂ©tence pour le pouvoir et le fauteuil prĂ©sidentiel. Comble de malheur, son rival local dans le Worodougou, Amadou Soumahoro, s’est rapprochĂ© du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly qui est son beau-frĂšre pour lui apporter son soutien.
De son cÎté, le Président Alassane Ouattara ne faisait plus mystÚre de son intention de transmettre le fauteuil présidentiel à Amadou Gon Coulibaly en lui déléguant quasiment les commandes du pays.

‱ La contre-attaque mystique d’Hamed Bakayoko

Hambak, amer, va alors comprendre de qui parlait la voyante, quand elle lui prĂ©disait un adversaire redoutable, SĂ©noufo et sans-cƓur. Amadou Gon Coulibaly rĂ©pondait en tous points au profil, car il avait Ă©tĂ© greffĂ© du cƓur. Hambak fit rechercher Ă  nouveau la voyante pour examiner avec elle le plan de contre-attaque. On alla jusque dans son village appelĂ© Mongbara, dans la sous-prĂ©fecture de Bobi-Diarabana, Ă  42 kms de SĂ©guĂ©la.
Mais, malheureusement, cette derniÚre était décédée. Pour la premiÚre fois, Hamed Bakayoko vacilla. Le fauteuil présidentiel allait-il lui échapper si prÚs du but?
Inquiet, Hambak en parla Ă  son pĂšre, le doyen Anliou Bakayoko qui Ă©tait lui aussi dans la confidence de la dĂ©funte prĂȘtresse. Ce dernier confia alors son fils Ă  son cousin Awaza Bakayoko, cĂ©lĂšbre mystique de la ville de SĂ©guĂ©la et fin connaisseur de l’histoire de la famille Bakayoko. Awaza pris la relĂšve. Entre-temps, la prĂȘtresse Mamissi a Ă©tĂ© succĂ©dĂ©e par dame SatougbĂš, aujourd’hui Ă©pouse du GĂ©nĂ©ral Gaoussou Soumahoro.

Revenons au destin prĂ©sidentiel du Ministre Bakayoko. DĂ©sormais, dĂ©terminĂ© Ă  accomplir la prĂ©diction, il y mettra les moyens. Pas question de s’arrĂȘter en si bon chemin. Awaza Bakayoko recevra donc des moyens financiers et un vĂ©hicule de type 4×4 afin de sillonner tout le district du Woroba pour mobiliser tous les experts en sciences occultes, en magie, en sorcellerie et en divination. Tous ont une seule mission : soutenir le fils de la rĂ©gion pour l’accomplissement de son destin prĂ©sidentiel. Hambak ne se contenta pas des rĂ©seaux d’Awaza Bakayoko. Il mobilisa plusieurs rĂ©seaux mystiques de la sous-rĂ©gion et les rĂŽles ont Ă©tĂ© bien rĂ©partis :

− Abou Diarra a Ă©tĂ© chargĂ© des marabouts du Mali, son pays d’origine.
 
− Des cadres de la rĂ©gion ont Ă©tĂ© Ă©galement mobilisĂ©s pour apporter leur soutien Ă  leur frĂšre du village. Ainsi, une premiĂšre dĂ©lĂ©gation s’est rendue Ă  Koro, dans le dĂ©partement de Touba, pour impliquer les mages et devins de ce lieu d’oĂč venait l’ancĂȘtre des Bakayoko.
 
− À SĂ©guĂ©la mĂȘme, les vieux Sages de la ville dont Yaya MeĂŻtĂ©, ancien Maire de Kani et ancien dirigeant de l’Africa Sport, ont conseillĂ© Ă  leur fils d’impliquer les dĂ©tenteurs des savoirs mystiques des trois foyers du Woroba : les fameux « Gbakrou sawa » (Touba-Mankono-Kani) dans cette guerre mystique, car l’adversaire d’en face, le Lion de la rĂ©gion du Poro, est trĂšs difficile Ă  vaincre.

Pour passer inaperçu et ne rien dĂ©voiler de leur plan (le destin prĂ©sidentiel d’Hambak) l’astuce trouvĂ©e sera d’utiliser le mois du jeĂ»ne musulman pour aller se confier aux fameux trois foyers. De lĂ  naĂźtra l’idĂ©e d’organiser des Nuits du Destin tournantes dans les trois villes Touba-Mankono-Kani. Ni le PrĂ©sident Ouattara ni le Premier Ministre n’en surent rien. Hamed Bakayoko les avait convaincus qu’il faisait ce travail pour protĂ©ger ces rĂ©gions du pĂ©ril Soro.

De maniĂšre insoupçonnĂ©e, chaque nuit, quand Hambak, le parrain de ces nuits du destin arrivait, tous les pouvoirs mystiques du dĂ©partement Ă©taient mobilisĂ©s discrĂštement pour des pratiques mystiques nocturnes. La premiĂšre Ă©dition fut organisĂ©e en juin 2016 Ă  Touba, la deuxiĂšme Ă  Mankono en juin 2017 et la derniĂšre eut lieu Ă  Kani en mai 2019. Tous s’en souviennent, mais n’ont jamais su le vrai mobile. Des cellules mystiques ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©es dans chacun de ces chefs-lieux de dĂ©partement et ont Ă©tĂ© financĂ©es par Hambak. La mĂȘme mission a Ă©tĂ© confiĂ©e Ă  chacune d’entre elles : Ă©loigner le Lion du Poro du pouvoir par tous les moyens.

Awaza Bakayoko est le coordonnateur de toutes ces cellules. BasĂ© Ă  SĂ©guĂ©la, il veille rĂ©guliĂšrement Ă  ce que les sacrifices se fassent comme prĂ©vus. GrĂące Ă  son vĂ©hicule 4X4, il les visite rĂ©guliĂšrement. En cas de besoin, le Ministre en personne est demandĂ© et il s’enferme dans son ranch pour y faire des bains mystiques et autres sacrifices de bƓufs.
Ce fut le cas lors de son rĂ©cent sĂ©jour Ă  SĂ©guĂ©la en avril dernier, sous le bon prĂ©texte d’une quarantaine dĂ» au Covid-19. Il a subi toutes sortes de bains mystiques et des dizaines de sacrifices de bƓufs ont Ă©tĂ© faits. Toute la ville de SĂ©guĂ©la en a parlĂ©.

‱ Les missiles mystiques

Dans le clan du candidat du RHDP Ă  la prĂ©sidentielle de 2020, ce sont plutĂŽt les prĂ©paratifs de la grande campagne Ă©lectorale. Au nord, Ă  Korhogo, on est plutĂŽt heureux que l’un des arriĂšre-petits-fils du patriarche Peleforo Gon ait Ă©tĂ© choisi pour succĂ©der au PrĂ©sident Ouattara. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. AprĂšs un sĂ©jour mĂ©dical au Maroc, le candidat Amadou Gon Coulibaly doit dĂ©montrer aux Ivoiriens qu’il respire la pleine forme et qu’il est dĂ©terminĂ© Ă  assumer la fonction prĂ©sidentielle. Son entourage a beau lui conseillĂ© de garder un Ɠil vigilant sur le trublion de Ministre de la DĂ©fense et de son activisme contre-productive pour l’image du camp prĂ©sidentiel, Amadou Gon n’en a cure. « Tout est bouclĂ© et gĂ©rĂ© » semblait ĂȘtre le seul slogan d’Amadou Gon. S’il avait prĂȘtĂ© attention, il verrait que le Ministre de la DĂ©fense et son entourage riaient jaune. Il aurait mĂȘme dĂ» faire attention Ă  l’enquĂȘte de Chris Yapi rapportant des propos d’Awaza Bakayoko qui assurait aux populations de SĂ©guĂ©la : « Que le tonnerre gronde. Que les Ă©clairs dĂ©chirent le ciel. Hamed sera PrĂ©sident, sauf si nos ancĂȘtres, les Bakayoko ne viennent pas de Koro ! Jamais Gon ne passera l’étĂ© ! »

En effet, alors que tout semblait verrouiller, le retour du Ministre de la DĂ©fense marqua un tournant. Il se rendit Ă  Abidjan avec dans ses valises des amulettes, fruits de la magie noire. Ces amulettes lui avaient Ă©tĂ© remises et devaient ĂȘtre enterrĂ©es dans la ville d’Abidjan. Des pratiques et incantations ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es par les Ă©missaires du Ministre Bakayoko du 20 au 21 avril Ă  Koro et Ă  Mankono du 23 au 25 avril 2020. La suite vous la connaissez. Le Premier Ministre Amadou Gon, le 2 mai 2020, a fait une crise cardiaque. Il a Ă©tĂ© immĂ©diatement Ă©vacuĂ© Ă  Paris oĂč il sĂ©journe jusqu’à ce jour. Selon les mystiques du Ministre Bakayoko, il ne devait pas se relever de cette maladie ou alors, il devait en sortir hĂ©miplĂ©gique.

Amadou Gon Coulibaly qui n’est pas nĂ© de la derniĂšre pluie a vite compris que son mal n’est pas d’origine naturelle. En effet, malgrĂ© la technologie de pointe et les meilleurs spĂ©cialistes parisiens, son mal ne recule pas. Les mĂ©decins parlaient mĂȘme de le garder pendant quelques mois encore en France. Mais, Amadou Gon Coulibaly ne l’entend pas de cette oreille.

Ayant compris la cause rĂ©elle de sa maladie et de sa souffrance, il a dĂ©cidĂ© de s’attaquer aux racines du mal. Il compte rentrer en Afrique pour mener le combat mystiquement. DĂ©jĂ , ses partisans sont en mission pour rĂ©activer tous les devins du Poro, du Tchologo et mĂȘme du Hambol afin d’annuler l’attaque mystique et apporter la riposte. Plusieurs bƓufs ont Ă©tĂ© immolĂ©s Ă  Korhogo la semaine derniĂšre pour prĂ©parer l’arrivĂ©e de leur champion.

Hamed Bakayoko a Ă©galement compris qu’avec le retour d’Amadou Gon Coulibaly au pays, mĂȘme diminuĂ©, la partie reste compliquĂ©e pour lui. Il a dĂ©cidĂ© de passer Ă  la vitesse supĂ©rieure : celle des mystiques bĂ©ninois.
Ainsi, sur recommandations de son ami, le maßtre franc-maçon Maixent Accrombessi, ancien Directeur de cabinet du Président Ali Bongo Ondimba, Hamed Bakayoko a envoyé des émissaires depuis le lundi 1er Juin 2020 dans le village de Kétou, non loin de Porto Novo, au Bénin.
À KĂ©tou, tous les connaisseurs le savent, il y a le rituel magique du GuĂšlĂšdĂš, mais aussi il y a une porte mystique aux effets occultes redoutables. Tout le monde n’y a pas accĂšs. Mais, Hamed Bakayoko a une bonne recommandation, celle d’Accrombessi, qui est Ă©galement grand-maĂźtre vaudou au BĂ©nin. Ses Ă©missaires, dont des frĂšres d’un certain Sawegnon, ont emmenĂ© avec eux une liste de personnes que les sorciers pratiquant le rituel du GuĂšlĂšdĂš doivent traiter.  Sur cette liste se trouvent les noms de :

‱ Alassane Ouattara
‱ Amadou Gon Coulibaly
‱ TĂ©nĂ© Birahima Ouattara
‱ Amadou Soumahoro
‱ Camara Kandia
‱ Adama Bictogo
‱ Patrick Achi (c’est curieux !)

Hamed Bakayoko entend dĂ©cimer, s’il le faut, l’entourage du Premier ministre, mais le destin prĂ©sidentiel de feue la prĂȘtresse Mamissi du Worodougou doit s’accomplir et maintenant. Ces personnes, dont les noms ont Ă©tĂ© transmis aux sorciers BĂ©ninois, auront-elles des crises cardiaques ? Feront-elles des AVC ? Auront-elles des accidents ? L’avenir nous situera. Pour le moment, Chris Yapi suit pour vous l’évolution de la bataille mystique en se mettant Ă  l’abri des missiles invisibles.
 
 
CHRIS YAPI NE MENT PAS.

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đŸ”” Tribune: ABDELAZIZ MOUNDE: « Qu’attend le Cabinet Civil de la PrĂ©sidence pour diligenter l’assaut contre Maurice Kamto? »

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M. SAMUEL MVONDO AYOLO, QU’ATTENDEZ-VOUS POUR DILIGENTER L’ASSAUT CONTRE MAURICE KAMTO ?

Allons droit au but: le communiquĂ© absurde, suite aux manifestations pacifiques de citoyens Camerounais, monceau de tribalisme dĂ©complexĂ© et d’assombrissement de la conquĂȘte dĂ©mocratique, que vous avez prĂ©parĂ© Ă  l’attention du chef de l’Etat et lu par le ministre de la Communication, RenĂ© Sadi, est une infamie. En français de l’indignation: une honte dĂ©sespĂ©rante !
PrĂšs du bunker, vous rĂ©pĂ©tez le syndrome des vizirs: transformer le chef en troglodyte; le gaver de peurs en le clouant, faute de sĂ©jours Ă  GenĂšve et Ă  l’Ă©tranger, dans sa tour. Faire commerce de la peur, du pĂ©ril des montagnes, des Grassfields, pour installer Paul Biya la fĂ©brilitĂ© qui avive la fĂ©rocitĂ© des lions. Lui faire croire, que la surenchĂšre sĂ©curitaire, celle qui est notre Vietnam dans le NO.SO est la solution.

Une marche, aux mains nues, pacifique, est dĂ©sormais transformĂ©e en  » appel Ă  l’insurrection. » C’est vite dit ! On a peur que Biya ne devienne Keita. On moquait le Mali hier, dĂ©sormais il est un spectre de la perte du pouvoir. Insurrection, mon Ɠil ! Comme si les mots avaient Ă©chappĂ© au sens. Comme si les Camerounais ne savaient plus lire un dictionnaire dans la langue de Leclerc. Comme si on dĂ©faisait un rĂ©gime, vieux de 63 ans, avec un arbre de la paix, un matin du 22 septembre. Comme si la seule des vertus citoyennes, le seul mantra d’un patriote Ă©tait, dans un pays qui se dit soucieux de pluralisme et d’Etat de droit, la genuflexion devant Paul Biya. Comme si dire Non Ă©tait le parent de la lĂšpre. Comme si le Oui Ă©tait le seul clairon admis au Cameroun.

OĂč est cet Etat de droit, cette vigilance sĂ©curitaire quand Mebe Ngo’o brassait tous ces biens ? OĂč est cet Etat de droit, quand on mĂšne des transactions au demi milliard avec la CNPS avec un salaire de haut fonctionnaire et de membre du Gouvernement ? OĂč est cet Etat de droit, cette vigilance sĂ©curitaire quand il faut gĂ©rer les biens meubles et immeubles de l’Etat ? OĂč est-elle quand la Banque de France notifie l’Etat du Cameroun du gel de comptes de dignitaires et de la saisie d’avoirs, sans qu’un seul mot ne soit dit aux Camerounais ?

Oui, oĂč Ă©tait cette vigilance quand Ă  SangmĂ©lima, on dĂ©troussait de compatriotes, coupables de ne pas ĂȘtre des autochtones ? OĂč Ă©tait votre communiquĂ© ? Pourquoi ĂȘtes-vous restĂ© silencieux devant cette grave atteinte Ă  la cohĂ©sion, au fameux vivre ensemble ? OĂč Ă©tait  » l’ethnie quelconque  » ?

Il faut que chacun le sache, dans ce crĂ©puscule des annĂ©es Biya, on reconnaĂźt plus aisĂ©ment les illusionnistes. Ceux qui au temps d’Adonia nous faisait prendre des lapins pour des canards. Et qui faute d’arguments nous feront conspuer dans le Temps d’Ernest Obama et les sordides ragots de leurs obligĂ©s. Leurs efforts sera vain : les millions de cadavres calcinĂ©s par la malgouvernance n’ont plus peur de vos couteaux !

Comme pour le problĂšme et la crise dites anglophone, vous avez choisi le Ngoul, de faire pĂ©ter la poudre : l’argument de la puissance. Vous avez vu que l’on a rĂ©coltĂ© Ngarbuh, les villages rasĂ©s, les centaines de milliers de dĂ©placĂ©s, lĂ© dĂ©multiplication des bandes armĂ©es, etc. Le fruit amer de la cĂ©citĂ© ! Les cactus de l’absence de recul, de la capacitĂ© d’Ă©coute et de dialogue. A prĂ©sent, un nouveau front s’ouvre, comme toujours, vous espĂ©rez le gagner avec la matraque, l’instrumentalisation de la police et de la justice.

Comme l’a dit votre communiquĂ©,  » l’ethnie quelconque  » sera donc au pilori, et vous aurez, espĂ©rez-vous, la tranquillitĂ© de vos ors et fonctions. Mais, les revers, ceux de la justice et de la vĂ©ritĂ© guettent les sourds Ă  la Raison. Et c’est ce qui prĂ©vaudra tĂŽt ou tard dans notre pays : Quand on admettra qu’on est libre et dans son droit de marcher et de manifester pour dire Non au prĂ©sident, au systĂšme, au rĂ©gime autant qu’il est possible de dire oui. Quand, surtout, cette Ăšre sera un triste et lointain souvenir.

  • Ps : j’attends le dĂ©ploiement de vos sbires de la toile. Ceux qui n’ont jamais pu dĂ©montrer le contraire de nos faits avĂ©rĂ©s. PrĂȘt Ă©galement Ă  me gausser de votre seul argument :  » il est de la BAS  », la note d’inquisition habituelle !

A. Mounde Njimbam
Citoyen Africain-Camerounais
Journaliste/Consultant-chercheur en gĂ©opolitique, relations internationales et histoire globale. SpĂ©cialiste des politiques et du droit de l’espace.

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đŸ”” Tribune – Dr Fridolin NKE: « Owona Nguini tombera bientĂŽt dans l’oubli si on ne l’exorcise pas »

Le Dr Fridolin Nke, enseignant de philosophie Ă  l’universitĂ© de yaoundĂ© 1 rĂ©pond aux professeurs Mathias Eric Owona Nguini et Joel Meyolo.
Il s’agit d’une querelle dĂ©butĂ©e il y’a quelques jours aprĂšs le texte intitulĂ© « la communautĂ© des captifs  » du Pr Achille Mbembe Ă  la suite de laquelle le Dr Fridolin NkĂ© n’a pas digĂ©rĂ© les critiques Ă  lui faites par les Prs Owona Nguini et Joel Meyolo.

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CE QUE MÉON DOIT COMPRENDRE, CE QUE SES GUÉRILLEROS DOIVENT SAVOIR
Ou « L’AFFECTÉ ET L’ÉRUDIT »

Par
Fridolin NKE
16 octobre 2020

Un monument de la science politique, Mathias Éric Owona Nguini (MÉON), s’est senti mal en point aprĂšs avoir lu ma rĂ©action portant sur la polĂ©mique qui l’oppose Ă  Achille Mbembe, en coaction avec Fame Ndongo. Il a cru que je parlais des affaires de l’école. La vie se rĂ©sume-t-elle aux vantardises acadĂ©miques ? Il s’est imaginĂ©, que non seulement j’émettais des doutes au sujet de ses gros et dĂ©courageants diplĂŽmes, mais aussi je constituais un rĂ©giment d’ « aigris » pour lui ravir son Professorat, gagnĂ© pourtant de longue lutte, Ă  l’éther du mĂ©rite, au bout de son long Chemin de Damas, Ă  l’UniversitĂ© de Soa.

Il n’en est rien. Je traite des idĂ©es du citoyen Owona Nguini ; je m’interroge sur ses valeurs, la qualitĂ© de son goĂ»t, ses rĂ©fĂ©rences doctrinales et l’impact de ses frĂ©quentations idĂ©ologiques et politiques sur son intĂ©gritĂ© et ses responsabilitĂ©s d’universitaire.

« Ce qui prĂ©occupe un penseur digne de ce nom, c’est l’avenir commun, quelles que soient l’appartenance politique, l’origine ethnique, les convictions idĂ©ologiques, les convenances de goĂ»t, les orientations religieuses, etc ».

Ce dont je parle, c’est de notre implication sociale en tant que chercheurs et enseignants du supĂ©rieur. Ce qui m’intĂ©resse dans les tribunes que je publie, ce n’est pas de savoir si untel a obtenu un, deux, trois doctorats ou cinq professorats, ni non plus si cet autre est de telle origine culturelle ou de telle tribu. Je me demande toujours si celui qui parle, ou dont je parle, travaille Ă  la pĂ©rennisation du statut quo criminel (Ă  ce que la misĂšre et la mort se propagent bien) ou s’il Ɠuvre Ă  l’avancement du pays. Ce qui prĂ©occupe un penseur digne de ce nom, c’est l’avenir commun, quelles que soient l’appartenance politique, l’origine ethnique, les convictions idĂ©ologiques, les convenances de goĂ»t, les orientations religieuses, etc., bref, ce que les ĂȘtres humains rencontrent comme difficultĂ©s, au quotidien, et le travail thĂ©orique et technologique qui nous attend, non seulement pour nous faire respecter dans le concert des nations comme un peuple fier de lui-mĂȘme, mais aussi pour garantir un dĂ©veloppement soutenu de notre Ă©conomie et de notre culture en tant qu’Afrique en miniature.

Certes, dans le prĂ©cĂ©dent texte, j’analysais la posture politique de MÉON, un universitaire accompli. Je faisais la peinture des saillies de sa figure de leader (supposĂ©ment incontestĂ©) des sciences sociales, ainsi que la pertinence et les enjeux de ses interventions sur la scĂšne du cauchemar politique que nous vivons au quotidien. Cette exĂ©cution picturale (le fait que je le dessine ainsi, en public, avec une telle impertinence) peut dĂ©router et agacer en mĂȘme temps. Je comprends que MÉON s’en Ă©meuve tant, et qu’il sombre dans l’insulte, la condescendance et l’argument d’autoritĂ© ; qu’il me traite de « sous-idĂ©ologue douteux », de « PĂ©quenot », de « pubertaire de la pensĂ©e », de « paraphilosophe imprĂ©cateur », etc.

Il a, d’ailleurs, reçu du renfort. Un adepte de sa chapelle de la stigmatisation tribale, qui, jadis, acquit une mĂ©diocre rĂ©putation pour avoir fondĂ© la philosophie de l’anatomie pointue du « sexe de l’État » (c’est le titre de son livre), me range parmi les « groupies » !

Un autre quidam, Professeur de l’ignorance crasse, MaĂźtre de ConfĂ©rences confirmĂ© de l’épatement, enseignant au DĂ©partement d’histoire de l’UniversitĂ© de YaoundĂ© I, faute d’arguments scientifiques opposables, s’est enfoncĂ© davantage dans son crĂ©tinisme rĂ©putĂ© et a complĂ©tĂ© le tableau de sa nuditĂ© intellectuelle en vocifĂ©rant au sujet de mon identitĂ© ethnique. C’était plus fort que lui ! Je mesure le courroux que mes Ă©crits suscitent chez ce stipendiĂ© tĂ©nĂ©breux, injectĂ© dans l’acadĂ©mie pour espionner le secteur d’authentiques historiens ; je mesure l’ampleur de ses Ă©tourdissements et l’extinction subite de son Ă©toile empruntĂ©e Ă  son « piston » : le mage de la dĂ©perdition scientifique, expert en intrigues et couvĂ© aux endormissements des passe-droits, dĂ©sespĂšre d’exister comme universitaire confirmĂ©, malgrĂ© tous ses grades ronflants. Le bonhomme joue au bourgeois, le bourgeois indigĂšne, l’arriviste de la derriĂšre heure. Et, comme tous les bourgeois, il fait le mal par devoir ; il tue par principe ; il aspire Ă  imposer ses compĂ©tences acadĂ©miques et pĂ©dagogiques illusoires Ă  grands renforts de cynisme et de prĂ©tentions.

Ce personnage ordurier, venu de nulle part et sorti de partout, de tous les campus du pays, pour Ă©chapper Ă  son incapacitĂ© Ă  s’établir en un lieu identifiable propice Ă  une formation rigoureuse et suivie, ainsi que les usages acadĂ©miques le consacrent, ne manque cependant pas l’occasion de commettre les sept pĂ©chĂ©s capitaux rituels des petits clercs, dont les instincts les plus grĂ©gaires commandent Ă  la luciditĂ© Ă©lĂ©mentaire : « La paresse dans l’exercice de l’injustice ; l’orgueil de montrer le meilleur de soi-mĂȘme (refus de se vendre) ; la colĂšre contre la vilĂ©nie ; la gourmandise (manger selon sa faim les produits de son travail) ; la luxure (l’amour dĂ©sintĂ©ressĂ©) ; l’avarice dans la pratique du vol et de la tromperie ; l’envie envers les gens heureux . » Au sujet de cet imposteur malhabile, je me contente de plaindre ceux qui l’ont Ă©levĂ©, frauduleusement, au firmament acadĂ©mique de la science historique et les Ă©tudiants en histoire de l’UniversitĂ© de YaoundĂ© I, ces gĂ©nies qu’un Ă©vaporĂ© se charge d’affubler (dĂ©naturer) impunĂ©ment.

Mais laissons ce goujat Ă  ses turpitudes et revenons au gourou en chef, MÉON. C’est, d’ailleurs, le seul parmi eux qui mĂ©rite mon intĂ©rĂȘt ; c’est l’unique proie qui peut contenter, provisoirement, mon insatiable boulimie critique.

MÉON m’accuse de manquer de courtoisie. Je me justifie dans la premiĂšre partie de ma rĂ©ponse (I). J’en profite pour assumer l’identitĂ© de « pubertaire de la pensĂ©e » qu’il m’attribue (II) et pour questionner en profondeur son Ă©criture et sa politologie immorale (III). Enfin, puisqu’il soutient que je trahis la cause patriotique, comme Mbembe, en refusant de venir dĂ©fendre le Grand-pĂšre au pouvoir, le « sage » du village, contre les mĂ©chants Blancs, je lui fait des objections prĂ©cises Ă  ce sujet, en revenant sur la problĂ©matique de la trahison de l’intellectuel et sur la nĂ©cessitĂ© dans laquelle nous nous trouvons de les sauver, lui et tous les larbins de son espĂšce, du naufrage de la haine (IV).

I/ Ma rĂ©ponse Ă  l’accusation de manquement Ă  la courtoisie

Je prĂ©cise, d’entrĂ©e de jeu, que je ne connais pas Achille Mbembe. Je ne lui ai jamais parlĂ©. Je l’ai lu, mais je n’ai jamais lu un de ses livres de la premiĂšre Ă  la derniĂšre page. Ses affaires, ses mĂ©thodes, ses connexions ne me concernent en rien. Mais j’examine ses idĂ©es et les arguments des uns et des autres sur la place publique ; je participe au dĂ©bat rĂ©publicain (pas Ă  la querelle puĂ©rile de l’agitĂ© sur les crises de dĂ©mence dont souffrirait le frĂšre d’un contradicteur pugnace). Comme MÉON, j’affectionne particuliĂšrement le combat d’idĂ©es.

MÉON me reproche « d’utiliser la langue pour dĂ©truire l’ennemi idĂ©ologique ». Ai-je vraiment le choix ? puis-je faire autrement ? Lui-mĂȘme sait que les mains rugueuses de la vertu ne connaissent pas les caresses. Dans Le savant et le politique, Max Weber met en avant la rigueur punitive de l’exemplaritĂ© Ă  quoi nous sommes astreints, de par notre statut social de pĂ©dagogues de l’honnĂȘtetĂ© et de forçats du progrĂšs social. Weber Ă©crit : « Tu dois t’opposer au mal par la force, sinon tu es responsable de son triomphe ». Que le lecteur ne s’attende donc pas Ă  ce que je sois biensĂ©ant, tendre, courtois et cordial avec les cyniques, les imposteurs malfaisants, les thĂ©oriciens de gĂ©nocides, les gouvernants corrompus et leurs laquais renfrognĂ©s dans le crime et d’indĂ©crottables vices. Quelle courtoisie peut-on afficher Ă  l’endroit des gens dont la conviction intime est que la force peut tout, la justice rien ? On est comptables des bonnes mƓurs lorsqu’on est en face des personnes respectables. C’est fort de cette Ă©vidence que je m’autorise Ă  ne pas respecter l’imposture et l’immoralitĂ© par les armes de l’impertinence critique.

MÉON, cette intelligence pĂ©tillante, a choisi de ne plus ĂȘtre un homme, tout court. NaguĂšre disciple de la connaissance, il ne s’est mĂȘme pas contentĂ© de se mettre au niveau de l’Africain, encore moins au niveau du Camerounais : il s’est convaincu qu’il est dĂ©sormais, exclusivement, EKANG, c’est-Ă -dire l’incarnation des hĂ©rĂ©sies de l’anthropologie coloniale ! Et il s’y est rĂ©solu. Tous ses doctorats et ses professorats sont mis au service d’un pigment imaginaire, d’un sortilĂšge tribal ! Dans ces conditions, fort de ce qui prĂ©cĂšde, n’est-il pas dit que le Ciel exige davantage Ă  ceux qu’Il a comblĂ©s de son gĂ©nie crĂ©atif et de sa misĂ©ricorde ? Les philosophes, ces prĂ©dicateurs de vertu, prennent le relais pour contraindre les crĂ©atures les plus prometteuses Ă  mettre ces Ă©nergies positives, reçues gracieusement de l’Éternel, au service de toute l’humanitĂ©.

Leur discourtoisie Ă  l’égard des esprits malveillants est l’ultime marque de respect envers l’humanitĂ© qu’il porte en eux, malgrĂ© eux. Ils traitent avec dĂ©considĂ©ration tous ceux qui mettent leur intelligence et leur gĂ©nie au service des causes qui heurtent l’ñme. Certes, les esprits moins palabreurs leur tiennent rigueur de leur effronterie. Mais, comment ne pas les comprendre lorsque l’intelligence enivrante qui a bercĂ© leurs ambitions juvĂ©niles se transforme en la menace la plus imminente de la sĂ©curitĂ© commune ?

L’expert en discernement a le devoir rĂ©publicain de les terroriser pour leur Ă©viter la damnation en quoi consiste l’abime du confort indigne. C’est que, contrairement aux citoyens ordinaires, il a cessĂ© d’ĂȘtre ce qu’on avait fait de lui, Ă  savoir, l’animal patient, rĂ©signĂ© et respectueux de n’importe qui. DĂ©sormais, l’aigreur, l’invective et l’anathĂšme ne reprĂ©sentent rien sur l’échiquier de ses rĂ©quisitions torrides. Il ne se contente plus d’ĂȘtre discourtois envers les mĂ©chants, puisqu’il se rend Ă  l’évidence que la courtoisie est la qualitĂ© du doute qui passe pour un pĂ©chĂ©. Par rapports aux dĂ©tourneurs d’espoirs, il se fait plus amer : il ne lui suffira plus de les dĂ©considĂ©rer ; il apprendra Ă  les dĂ©saimer. Les incivilitĂ©s de la langue ne le satisferont plus ; il entreprendra de les haĂŻr. Le peuple, lui, se transformera en des millions de parasites intestinaux (le tĂ©nia, de prĂ©fĂ©rence), pour venir habiter leurs volumineux estomacs et les dĂ©garnir du jus des prĂ©bendes, de la prĂ©varication et de la concussion qui en sont l’ignominieux contenu. L’ùre des lycaons providentiels est rĂ©volue. Le temps n’est pas Ă  l’amour, ni au pardon ; il est Ă  la clairvoyance et Ă  la justice !

II/ L’argument-massue du « pubertaire de la pensĂ©e » et la revanche de l’ « enfant »

La candeur juvĂ©nile est la digue la plus infranchissable pour Ă©viter de sombrer dans la barbarie sĂ©nile, dont nous faisons actuellement l’expĂ©rience. MÉON aurait lu la parabole de la mĂ©tamorphose de l’esprit, « comment l’esprit se change en chameau, le chameau en lion, et le lion en enfant », il n’eĂ»t certainement pas recouru Ă  ce risible expĂ©dient rhĂ©torique de « pubertaire de la pensĂ©e », qu’il assimile Ă  la plus dĂ©gradante insulte Ă  mon endroit ; il eĂ»t reconnu l’inconsistance de ses envolĂ©es lyriques qui ne font pas le poids avec la fonction de systĂ©matisation de la figure de l’enfance dans des systĂšme philosophiques les plus aboutis, celui de Nietzsche, en l’occurrence.

Expliquons, en quelques mots audibles pour une sensibilitĂ© et un entendement gauchis, cette parabole des mutations de l’esprit, qui s’irrĂ©alise en mĂȘme temps comme un chameau, un lion et un enfant. Nietzsche montre qu’un grand esprit a la responsabilitĂ© de porter « de lourds fardeaux, les plus lourds fardeaux qui soient », d’assumer les responsabilitĂ©s les plus exigeantes au profit de tous les autres, au point de « boire une eau bourbeuse, si c’est l’eau de la vĂ©ritĂ© ». Il se dispose ainsi, par son endurance, son humilitĂ© et son intrĂ©piditĂ©, Ă  mieux jouir de sa force, pour renverser tous les obstacles, dominer toutes les prĂ©tentions, anĂ©antir tous les impĂ©ratifs des moralistes vendus qui tuent le peuple, triompher des faux forts, vaincre tous les adversaires de l’homme et rĂ©gner sur l’espĂšce, comme le lion parmi les animaux. Cette ascension spirituelle et morale le prĂ©dispose, enfin, Ă  se rĂ©gĂ©nĂ©rer en permanence, Ă  reboiser le dĂ©sert de l’homme, et Ă  ensemencer une humanitĂ© moins viciĂ©e, en somme, Ă  crĂ©er de nouvelles valeurs pour renaĂźtre de nouveau et se perpĂ©tuer comme une flamme sacrĂ©e : c’est l’enfant !

« À notre grand dĂ©sarroi, MÉON s’est laissĂ© avoir par les arguments du Lion d’Étoudi et ses courtisans malhonnĂȘtes. Et il n’y est pour rien »

MÉON, je sais, n’y voit que du feu. Il me demande, Ă  l’instant : « Mais, dis-moi, mon frĂšre, que peut encore l’enfant, dont le lion lui-mĂȘme eĂ»t Ă©tĂ© incapable ? Pourquoi le lion ravisseur doit-il encore devenir enfant ? » Je m’oblige Ă  rĂ©pondre, Ă  cet « enfant » Ă©garĂ© parmi les octogĂ©naires insensibles, en empruntant la voix austĂšre du MaĂźtre, Nietzsche : « C’est que l’enfant est innocence et oubli, commencement nouveau, jeu, roue qui se meut d’elle-mĂȘme, premier mobile, affirmation saine ». Cette nĂ©cessitĂ© de cesser de devenir vieux, de vouloir son propre vouloir et d’arrĂȘter de s’assimiler aux vieillards et aux rĂąblĂ©s qui tuent, MÉON ne l’a pas expĂ©rimentĂ©e encore ; il n’en a pas mesurĂ© la pleine portĂ©e et les fonctionnalitĂ©s.

À notre grand dĂ©sarroi, MÉON s’est laissĂ© avoir par les arguments du Lion d’Étoudi et ses courtisans malhonnĂȘtes. Et il n’y est pour rien. Tel, il fut formĂ©, Ă  ne point regarder les ressorts thĂ©orĂ©tiques de la codification positive du droit et de la loi ; il fut dressĂ© pour oublier que la politologie s’institutionnalise au cƓur des Ă©laborations philosophiques qui sous-tendent leur ordonnancements et leur donnent toutes leur densitĂ© et leur accrĂ©ditations scientifiques. Les rudesses de la lutte qu’il a engagĂ©e, en ligne, contre la meute, l’ont dĂ©terminĂ© Ă  jouer au plus fort, Ă  se prendre pour l’évoluĂ© par excellence des Ekang, et Ă  jubiler, suite Ă  son Ă©lĂ©vation prĂ©sidentielle aux hautes fonctions de Monsieur Patron des rabougris, comme L’enfant peul d’Amadou HampĂątĂ© BĂą, qui confiait : « Le plus grave est que, tout Ă  coup, je me sentis bĂȘtement fier de moi-mĂȘme. CoiffĂ© de mon casque colonial, oubliant pour un instant mon statut d’écrivain temporaire Ă  titre essentiellement prĂ©caire et rĂ©vocable, je me prenais pour un grand chef
 »

Comme Amkoullel, MÉON s’est convaincu, depuis quelques annĂ©es, qu’il ne faut rien prendre au sĂ©rieux (y compris lui-mĂȘme), sinon ce faux goĂ»t de la fraternitĂ© Ekang, c’est-Ă -dire, concrĂštement, cette tempĂ©rature ubuesque et sĂ©nile qui fait et dĂ©fait les destins impitoyables des Camerounais. Il a cru que l’école, le travail de l’universitaire en l’occurrence, est une rentable farce qui permet de se sauver de la conscience originellement exigeante, pour mieux piĂ©tiner la vie des citoyens ordinaires, les crĂ©dules, les niais et toute l’engeance des simples de cƓur, qui, depuis longtemps, ont renoncĂ© Ă  interroger leur prĂ©sent et Ă  s’inquiĂ©ter de leur avenir. Il contribue, au travers de son intempĂ©rance vindicative, Ă  la dĂ©gĂ©nĂ©rescence de la conscience nationale. Il ne se rend pas compte que le magnĂ©tisme de la haine est doux ; que cette douceur est fonciĂšrement avariĂ©e.

Quel insensĂ©, ce MÉON !

VoilĂ  un lumineux atout qui a dĂ©rivĂ© vers la plus dĂ©testable rancƓur. On retiendra, de cette monumentale perte, que se contenter de paraĂźtre Grand dans la vie ne suffit pas : il faut s’efforcer de ne pas perdre dans sa bouche le goĂ»t juvĂ©nile de la vĂ©ritĂ©, la spontanĂ©itĂ©, la sincĂ©ritĂ©, l’intrĂ©piditĂ©, l’empathie et la libertĂ© de conscience, qui font vĂ©ritablement le Grand Homme, c’est-Ă -dire une opportunitĂ© immense pour l’humanitĂ© toute entiĂšre.

III/ MÉON : l’écriture de la dĂ©route et la politologie immorale

Cependant, je concĂšde Ă  MÉON cette immaturitĂ© dans la manipulation des concepts philosophiques. Les gens n’aiment pas traverser les abris barbelĂ©s de leur suffisance, ni non plus les frontiĂšres de leurs peurs ; trĂšs peu d’universitaires sont capables de s’aventurer dans des domaines qui ne sont pas les leurs ; beaucoup redoutent de perdre leurs assurances espiĂšgles au contact de la plus exigeante demande de systĂ©matisation du regard, comme c’est le cas dans certaines disciplines comme la philosophie, certaines spĂ©cialitĂ© du droit, etc. Je parle de la vraie philosophie, pas des Ă©pouvantails de certains de mes anciens enseignants, qui Ă©tudient le sexe de l’État, la pubertĂ© de la constitution, la dĂ©floraison des voitures administratifs et d’autres balivernes qui ne mĂ©ritent pas d’ĂȘtre retenues comme des pensĂ©es Ă©laborĂ©es. Je ne convoque pas ces figures philosophiques dĂ©pravĂ©es, trĂšs tĂŽt retraitĂ©es, Ă  leur goĂ»t, et qui rĂȘvent en permanence de la jouissance des ministres, avec l’espoir d’en jouir dans le vrai jour, Ă  leur tour. J’évite surtout de me rĂ©fĂ©rer au discours insipide qui demande de regarder les Ă©toiles de la vie, l’excellence humaine, et de dĂ©daigner l’avoir et les biens matĂ©riels, qui, pourtant, sont indispensables Ă  la pensĂ©e.

En revanche, ce qui rend MÉON irrĂ©missible (impardonnable), c’est la culture du cynisme dont il est dĂ©sormais le thĂ©oricien attitrĂ©. Lorsque j’entendais parler de MÉON, en Terminales, je m’imaginais une dĂ©itĂ© perchĂ©e sur la cime du savoir universitaire. Je me le reprĂ©sentais sous les traits harmoniques de LA rĂ©fĂ©rence scientifique inaltĂ©rable, qui surplomberait le Mont Cameroun, avec tout le prestige et le panache qu’il charrie de nature, en guettant en permanence en contre-bas, au loin, dans la plaine Ă©talĂ©e, par la force de la perspective plongeante, les trĂ©moussements putrides des ombres humaines. Parvenu Ă  l’universitĂ©, je dĂ©couvre que mon dieu s’est dĂ©gradĂ© en un Ă©pouvantail, l’éventail que le pouvoir s’est fabriquĂ© pour souffler dans son visage, liquĂ©fiĂ© par des parjures Ă  rĂ©pĂ©titions, afin de prendre un peu d’air, dans l’environnement Ă©touffant de l’inertie criminelle qu’il entretient depuis quatre dĂ©cennies. Avant que je n’aie entamĂ© l’ascension de quelque hauteur que ce soit, pour communiquer avec l’Esprit (je suis honnĂȘte, je n’ai pas de rĂ©fĂ©rences, aucun bagage, JE SUIS PERSONNE), l’ombre altiĂšre d’hier s’est transformĂ©e en un chameau pathĂ©tique. Je retrouve mon Chameau au plateau, au plateau du Golan, oĂč des IsraĂ©liens (au pouvoir) et des Arabes (dans l’espoir) nĂšgres, en miniature, se dĂ©foncent sans vergogne. MÉON, lui, s’accommode de cette terre de sĂ©parations, de ce terrain stĂ©rile et maudit des palabres gĂ©nocidaires. Le dieu est dĂ©chu, mon dieu s’est perdu, Ă  cause de ses propres turpitudes. Il se vautre dĂ©sormais dans la boue, une boue maculĂ©e de sang, la boue de la mort de la conscience citoyenne.

« Il se bat pour retrouver la lucidité, mais la mauvaise foi prévaut, pourtant. Il est réduit à réaménager sa cachette. Ses mots manifestent sa déroute sentimentale et intellectuelle. »

D’oĂč la prolixitĂ© cadavĂ©rique de MÉON, d’oĂč son langage cacophonique, d’oĂč son Ă©criture inclassable, qui est incompatible avec les rĂ©fĂ©rencements acadĂ©miques classiques (je veux dire qu’aucune formation, mĂȘme dans l’école de guerre, mĂȘme lorsqu’on apprend au mĂ©decin Ă  cacher sa mort au damnĂ©, ne peut conduire celui qui en sort Ă  Ă©crire ainsi). Il fait valoir qu’il entretient des rapports spĂ©cifiques avec les mots. Il n’en est rien : parler, Ă©crire, pour lui, dĂ©sormais, c’est se cacher ; c’est mettre la main sur son visage tumĂ©fiĂ© par l’opprobre, dĂ©figurĂ© par la compromission et la discrimination, pour mieux dissimuler le spectacle de la honte dont il est la scĂšne. Il se bat pour retrouver la luciditĂ©, mais la mauvaise foi prĂ©vaut, pourtant. Il est rĂ©duit Ă  rĂ©amĂ©nager sa cachette. Ses mots manifestent sa dĂ©route sentimentale et intellectuelle.

Je comprends aisĂ©ment qu’il me reproche ma « rĂ©vĂ©rence a-critique pour les modes intellectuels qui viennent et vont en Occident » ; je conçois la nĂ©cessitĂ© dans laquelle il se trouve de critiquer mon manque d’indĂ©pendance d’esprit supposĂ©, et qu’il mette en avant la « dĂ©pendance Ă©pistĂ©mique sans limites » envers les gadgets du post-modernisme » (qu’il n’explique pas, ni ne systĂ©matise). Je remarque qu’il s’offusque que je dĂ©nonce l’état piteux de nos universitĂ©s et l’absence de structures de recherche en leur sein, et, enfin, qu’il recourt aux arguments spĂ©cieux contre ma personne. C’est ainsi qu’il s’attaque Ă  mon intĂ©gritĂ© morale, en mobilisant le passif des calomnies et de la diffamation auxquelles un certain Professeur a recouru comme son arme de prĂ©dilection pour neutraliser les Assistants et ChargĂ©s de cours Ă©nergiques et libres d’esprit. Cet Ă©garĂ©, dĂ©bordant de jalousie et de haine, et qui Ă©tait parvenu Ă  la chefferie du dĂ©partement et du dĂ©canat, par l’insensĂ© pouvoir discrĂ©tionnaire, en a Ă©tĂ© chassĂ© depuis lors, Ă  cause de ces nombreuses bourdes


Mais que MÉON me comprenne, Ă  son tour : sa nĂ©buleuse versatilitĂ© idĂ©ologique et son Ă©thique politique contingente seraient considĂ©rĂ©es, par n’importe quel laboratoire du discernement, comme des cas inĂ©dits Ă  analyser. Le relief de son dĂ©centrement immoral, par rapport aux rĂ©quisitions Ă©lĂ©mentaires du bon sens et du sixiĂšme sens, interpelle en effet ma science du voir et du comprendre (je veux dire que, mĂȘme quand quelqu’un n’est pas allĂ© Ă  l’école des superlatifs, comme lui, ce que MÉON dit, comment il l’écrit et agit, toutes ses idĂ©es en somme, dĂ©sormais, mettent mal Ă  l’aise l’observateur et suscitent le doute hyperbolique de Descartes). Je continue de me demander s’il est digne de siĂ©ger dans la mĂ©moire des gĂ©nĂ©rations futures ou s’il est bon pour l’oubli.

IV/ La trahison de l’intellectuel et la nĂ©cessitĂ© de rĂ©cupĂ©rer les nĂŽtres

MÉON me qualifie de comprador, le traĂźtre Ă  la solde de l’étranger, le dĂ©racinĂ© qui s’est mis au service du nĂ©o-libĂ©ralisme et des puissances d’argent. La question Ă  laquelle il me contraint de rĂ©pondre, en mon Ăąme et conscience, est la suivante : suis-je au service des intĂ©rĂȘts Ă©trangers parce que je dĂ©nonce la malgouvernance dans mon pays ? La rĂ©ponse est nĂ©gative. Celui qui aspire Ă  dĂ©fendre l’humanitĂ© ne choisit pas, Ă  la lĂ©gĂšre (arbitrairement, en fonction de ses Ă©motions, de ses affects, de son pathos), ceux qu’il veut dĂ©fendre et ceux que l’on doit pendre sans consĂ©quence. « L’exemple de ce que doit ĂȘtre un homme : ami fidĂšle, militant courageux, ennemi sans faiblesse des ennemis de l’homme », tel est l’éthique existentialiste dĂ©veloppĂ©e par Jean-Paul Sartre . Nous assumons cette posture, parce que la vĂ©ritĂ© ne connaĂźt pas les frontiĂšres des hommes.

L’inverse de cette question, que je me rĂ©serve de formuler, en temps opportun, est celle-ci : participe-t-on Ă  la prospĂ©ritĂ© nationale, en servant docilement le pouvoir de la peur, en place, sous le prĂ©texte du patriotisme et du combat pour la dĂ©fense de la souverainetĂ© nationale ? Et, subsidiairement, que vaut une souverainetĂ© qui n’est pas adossĂ©e au dĂ©veloppement Ă©conomique ?

Les Blancs pillent en amont, soit. Sont-ce eux qui, en aval, ont tuĂ© toutes nos sociĂ©tĂ©s, ont pillĂ© la fortune publique, la CAMAIR, etc. ? Sont-ce eux qui refusent d’équiper les hĂŽpitaux en plateaux techniques et qui continuent de mobiliser des milliards de francs en Ă©vacuations sanitaires et dans la guerre au NOSO ? Sont-ce eux qui manipulent les rĂ©sultats des concours administratifs, au profit d’une minoritĂ© dĂ©risoire de la population, et qui nomment les membres d’un seul clan et quelques familles privilĂ©giĂ©es, assimilĂ©es, comme celle des Owona, aux plus hautes fonctions du pays et Ă  tous les postes-clĂ©s de l’administration publique ? Sont-ce eux qui vous empĂȘchent d’industrialiser le pays et de financer la recherche universitaire pour faire dĂ©coller l’économie nationale ?

L’essentiel de l’affaire se trouve ici : un mauvais vent souffle sur notre pays, surtout depuis les dĂ©sillusions qui ont suivi l’apothĂ©ose de 1982. Le rĂ©gime a entrepris de liquĂ©fier le cerveau de nos gĂ©nies les plus prometteurs, consignant du mĂȘme coup leur jugement et leur libertĂ© d’esprit aux bornes de la dĂ©raison. Fondamentalement, ce n’est donc pas Ă  MÉON que je m’en prends. Je combats ceux qui nous l’ont volĂ©, tous ceux qui l’ont entachĂ© de cette dĂ©formante et lugubre vieillesse spirituelle et de goĂ»t qui le rend dĂ©sormais infrĂ©quentable.

Au crĂ©puscule de ce rĂ©gime infernal, nous devons commencer le travail de rĂ©cupĂ©ration de tous les nĂŽtres. Ils seront, pour la plupart, des vieux Ă©quipements, des meubles vieillis par l’obsolescence d’un pouvoir parasite et sclĂ©rosant. Mais, au moins, ils serviront comme objets prĂ©cieux du musĂ©e de nos souffrances. MÉON, dĂ©sormais, est une vieille piĂšce d’une collection ancienne qui tomberait dans l’oubli si l’on ne l’exorcise illico. Ce faisant, on le revalorise en fixant un prix exorbitant qui lui redonne une valeur inespĂ©rĂ©e, un regain de bon sens en somme. À condition qu’il ne pĂšche pas trop


Fridolin NKE
Expert du discernement

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