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🔮 Dr Roger Etoa: « La puissance dĂ©vastatrice du Covid19 a diminuĂ©, mais des malchanceux peuvent l’avoir »

Dr Roger Etoa est médecin de santé publique au Cameroun.

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Pendant presque 08 mois, je me suis concentrĂ© dans la communication sur le Covid19. Des Janvier 2020, j’avais dĂ©jĂ  certains signaux que nous Ă©tions en face de pire menace sanitaire de la dĂ©cennie. La suite des Ă©vĂ©nements nous l’a malheureusement confirmĂ©.
Pendant ces 08 mois, j’ai fait avec mes modestes connaissances, mes informations actualisĂ©es et mes recherches actives de la communication autour de cette maladie. Nous avons utilisĂ© tous canaux (rĂ©seaux sociaux, radio, tĂ©lĂ©, presse Ă©crite, rĂ©unions officielles ou informelles pour aborder les sujets suivants:

  • Les signes d’alerte de la maladie
  • La situation Ă©pidĂ©miologique Ă  jour du Cameroun, de l’Afrique et du monde
  • Les thĂ©ories scientifiques et mĂȘme non scientifiques en cours sur cette maladie
  • L’Ă©tat de la recherche et les pistes de traitement actualisĂ©es, controversĂ©es ou pas;
  • La situation Ă  jour de la gestion de la pandĂ©mie au Cameroun et dans le monde;
    -Idées Et propositions pour les citoyens malades, personnels de santé, autorités sanitaires, administratives et politiques
  • Des rencontres avec les diffĂ©rents acteurs de la lutte
  • Des projets concrets pour soulager certains acteurs tels que les professionnels de la sante sur le terrain;

– Les lueurs d’espoir, ou de doutes sur l’avenir,

Je suis conscient que nous avons utilisĂ© toutes les techniques pour vous garder en Ă©veil (le matraquage informationnel, la peur, l’humour noir, etc..) ou alors susciter l’espĂ©rance quand le moment s’y prĂȘtait. J’ai acceptĂ© avec amusement tous les qualificatifs que certains m’ont donnĂ© (Espion des blancs, agent secret de l’OMS, alliĂ© du gouvernement, agent commercial des firmes de vaccin, gourou de l’immutĂ© collective, adepte de le secte du Pr Raoult, etc
😅😅😜). Ce sont des reactions comprehensibles face aux idĂ©es nouvelles ou differente. Et je n’en garde donc aucune acrimonie.

Aujourd’hui, nous sommes tous au mĂȘme niveau d’information. Et chacun dĂ©tient ses propres capacitĂ©s d’analyse et de gestion de cette crise.

Le Coronavirus a infectĂ© Ă  date prĂšs de 25 millions de personnes dans le monde et fait prĂšs de 900 000 morts, dont 408 au Cameroun. Tous les pays du monde ont connu une premiĂšre poussĂ©e au premier semestre de l’annĂ©e avant une dĂ©croissance en dĂ©but du deuxiĂšme semestre 2020. Bien qu’on parle un peu partout de notion de seconde vague, je pense qu’en ce qui concerne cette maladie, le mode « urgence » devrait ĂȘtre dĂ©sactivĂ© pour revenir Ă  la gestion « ordinaire » (mais pas banale). Le Coronavirus ne disparaĂźtra pas complĂštement de si tĂŽt. MĂȘme si le nombre de cas continue de chuter, il en restera une portion rĂ©siduelle que mĂȘme les systĂšmes de santĂ© les plus fragiles peuvent gĂ©rer.
Ceci est donc probablement mon dernier post sur cette maladie et je vais me consacrer Ă  autre chose.

« Pendant la gestion de cette crise du COVID19 que personne ne connaissait, nous avons beaucoup appris, parfois avec vous au mĂȘme moment ».

Je pense justement qu’il est grand temps de s’occuper des autres maladies et problĂšmes de santĂ© oubliĂ©s ou meconnus : Le paludisme, le cholĂ©ra, les accidents de la route, la mortalitĂ© maternelle et infantile, la situation alimentaire des paysans, etc


Pendant la gestion de cette crise du COVID19 que personne ne connaissait, nous avons beaucoup appris, parfois avec vous au mĂȘme moment. Nous nous sommes trompĂ©s parfois. Certaines de nos prĂ©visions ont Ă©tĂ© justes, d’autres moins exactes. Nous avons aussi eu de nombreuses surprises tels que l’incroyable rĂ©silience de l’Afrique face Ă  cette tornade Ă©pidĂ©miologique que tous les experts, y compris moi, prĂ©disaient au dĂ©but. Je suis donc fier de l’Afrique et des africains.

Cette crise nous a Ă©galement enseignĂ© l’humilitĂ©. Les systĂšmes de santĂ© les plus sophistiquĂ©s sont devenus subitement les plus vulnĂ©rables pendant que les plus fragiles affichaient fiĂšre allure. La recherche scientifique la plus avancĂ©e s’est retrouvĂ©e complĂštement dĂ©sarmĂ©e et incapable d’offrir Ă  l’humanitĂ© le traitement et le vaccin qu’elle attend impatiemment ; Les experts, chercheurs et scientifiques les plus aguerris sont restĂ©s muets ou tournĂ©es en bourrique devant des profanes (hommes politiques, religieux, tradipraticiens, chamanes, etc
) qui sont montĂ©s au crĂ©neau pour prĂ©senter au monde leur solution (traitement oĂč vaccin) contre la maladie avec des rĂ©sultats que l’histoire jugera.

Avec le COVID19, le monde a changĂ©. La mĂ©decine doit aussi changer sans Ă©branler ses fondements scientifiques. Tout en conservant sa rigueur, elle doit perdre sa rugositĂ©. La mĂ©decine devrait par ailleurs gagner en plasticitĂ©. Elle doit rĂ©introduire une dose raisonnable de doute, de curiositĂ©, de pensĂ©e diffĂ©rente, voire dissidente, l’expĂ©rimentation et la recherche-action. Elle doit se rappeler que c’est avec ces qualitĂ©s que Pasteur a eu le courage de vacciner le jeune Joseph Meister, un garçon ĂągĂ© de 08 ans qui venait d’ĂȘtre mordu par un chien enragĂ© en 1885 et le sauva ainsi de la rage. Et pourtant ça faisait 08 ans que Pasteur avait mis au point son vaccin et ne l’avait essayĂ© que sur les poules, les canards et les moutons atteint de « fiĂšvre charbonneuse ». C’est Ă©galement ainsi qu’Alexandre Flemming a dĂ©couvert « par hasard » la pĂ©nicilline en 1925. En effet, le cĂ©lĂšbre biologiste Ă©cossais, trĂšs dĂ©sordonnĂ© dit-on, avait laissĂ© un Ă©chantillon de bactĂ©rie sur la paillasse de son laboratoire et Ă©tait parti en vacances. La moisissure s’Ă©tait introduite par le fenĂȘtre et dĂ©truit toutes les bactĂ©ries contenues sur l’Ă©chantillon posĂ© sur La paillasse. Flemming en a deduit que cette moisissure (champignon) contenait une substance bactericide qu’il a appelĂ© penicillium qui deviendra 10 ans plus tard la pĂ©nicilline qui a sauvĂ© de nombreuses blessĂ©s pendant la seconde guerre mondiale.

Nous mĂ©decins et scientifiques africains devront nous en inspirer. Nous ne croyons pas en nous, en nos capacitĂ©s, en notre pays et en notre continent. MalgrĂ© les scandales de fraudes et de corruption sur les rĂ©sultats de recherches dans les grandes revues scientifiques du monde, nous continuons tous d’avoir tous les regards tournĂ©s la bas. Nous recitons les rĂ©sultats du Lancet oĂč du New England Medicine comme des versets sacrĂ©s.

« Le Coronavirus n’est pas fini. Ni dans le monde, ni au Cameroun ».

L’Afrique et encore moins le Cameroun ne dĂ©tient aucun journal scientifique de rĂ©fĂ©rence. AprĂšs la dĂ©colonisation politique, il faut immĂ©diatement engager la dĂ©colonisation scientifique. La solution ultime du Covid19 ne se fera probablement pas sur les sentiers battus. Il faudra penser diffĂ©remment.

Le Coronavirus n’est pas fini. Ni dans le monde, ni au Cameroun. Sa puissance dĂ©vastatrice a diminuĂ©, mais des « malchanceux » peuvent toujours tomber dans les mailles de ses filets.
Tous les pays du monde y compris le Cameroun s’apprĂȘtent Ă  relancer les Ă©conomies sinistrĂ©es depuis 08 mois tout en « attenuant » les effet et dĂ©gĂąts du virus. Des entreprises fermĂ©es doivent ĂȘtre rouvertes, les emplois doivent ĂȘtre sauvegardĂ©s, les ecoles et frontiĂšres doivent ĂȘtre rouvertes avec des mesures de prĂ©cautionnisme sanitaire optimales.

Tout en essayant de retrouver son activitĂ© ordinaire ou en la changeant si c’est nĂ©cessaire, que personne ne baisse la garde.

Portons nos masques et portez-vous bien!

Dr Roger Etoa

Médecin de santé publique

etoaroger@happy-zilly.org

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🔮 Opinion – Me Yondo Black: « L’armĂ©e doit rompre le silence face Ă  la tourmente qui frappe la population camerounaise »

L’ancien BĂątonnier de l’Ordre des avocats du Cameroun et Leader politique des premiĂšres heures de la dĂ©mocratie au Cameroun au dĂ©but des annĂ©es 90 et prĂ©sident du M.S.N.D. d’adresse aux forces armĂ©es camerounaises.

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‘’Chers frùres et sƓurs, Mes Compatriotes,

Vous avez choisi l’un des mĂ©tiers les plus nobles et les plus dangereux au monde, parce que votre vie est sans cesse exposĂ©e pour protĂ©ger le pays, la nation, le territoire, les biens et surtout les populations. Et lorsqu’on Ă©voque vos missions, on dit spontanĂ©ment : HONNEUR ET FIDELITE ! Vous ĂȘtes l’honneur de tout un peuple auquel vous avez jurĂ© fidĂ©litĂ© et loyautĂ©, et pour rien au monde vous ne devez l’oublier : vous n’ĂȘtes infĂ©odĂ© Ă  aucun homme, Ă  aucun parti, Ă  aucune quelconque idĂ©ologie. Vous ne devez nourrir aucun esprit partisan, vous n’appartenez Ă  aucune rĂ©gion, vous ne devez prendre part Ă  aucun dĂ©bat qui divise la nation, d’oĂč l’attribut qui vous sied Ă  merveille : la grande muette !

Mais la grande muette ne saurait ĂȘtre assimilĂ©e Ă  la grande sourde et encore moins Ă  la grande aveugle. Et depuis quelque temps, la colĂšre du peuple monte, l’entendez-vous ? La sociĂ©tĂ© se fragmente, le voyez-vous ? Le tribalisme est Ă  son paroxysme, nos diffĂ©rences sont exacerbĂ©es, on n’est plus partout chez soi au Cameroun, le sentez-vous ? La pauvretĂ© est devenue la chose la mieux partagĂ©e, le voyez-vous ? Il n’y a pas d’eau, pas d’électricitĂ©, le savez-vous ? Il n’y a plus ni train, ni avion, les dĂ©placements interurbains sont un vĂ©ritable cauchemar Ă  cause de l’état de nos routes, l’avez-vous constatĂ© ? Les hĂŽpitaux, lorsqu’il y en a, sont de vĂ©ritables mouroirs pour le petit peuple, tandis que nos grands se font soigner Ă  l’étranger aux frais du contribuable, ĂȘtes-vous au courant ? A coups de milliards on a fourguĂ© des jouets en guise d’ordinateurs Ă  nos enfants, l’avez-vous appris ?

2000 milliards destinĂ©s Ă  la construction des infrastructures pour la CAN ont atterri dans les poches de particuliers connus et on nous a servi un glissement, vous en ĂȘtes-vous rendu compte ? Un individu sorti de nulle part et se prĂ©valant de relations au plus haut sommet de l’Etat nous a livrĂ© un spectacle affligeant en narguant tout un plĂ©nipotentiaire et le plus haut responsable de la police nationale, l’honneur et la dignitĂ© du pays tout entier que vous avez l’obligation de dĂ©fendre n’ont-ils pas Ă©tĂ© entamĂ©s ? Cette liste ne saurait ĂȘtre exhaustive, mais la question est la mĂȘme : vous sentez-vous toujours en phase avec les populations de ce pays qui souffrent et se battent au quotidien pour leur survie, ou vous laissez-vous enfermer dans un piĂšge qui vous prive de vos yeux et de vos oreilles, pour faire de vous des hommes et des femmes Ă  la solde du chef suprĂȘme des forces armĂ©es.

« Votre chef des armĂ©es a dĂ©clarĂ© la guerre sans que jamais, je dis bien jamais, il n’ait endossĂ© l’uniforme ou le moindre gilet pour se rapprocher du thĂ©Ăątre des opĂ©rations afin de galvaniser ses troupes ».

Vous ĂȘtes de la grande muette, mais vous n’ĂȘtes pas moins des citoyens Ă  part entiĂšre soumis Ă  des obligations et disposant de droits. Jamais il ne sera question de vous faire passer pour des mercenaires. Et mieux que moi, vous savez ce que c’est qu’un chef. C’est bien celui qui dit : suivez-moi, et non sans cesse : allez-y, et se contente de vous engraisser pour pouvoir vous tenir en laisse. Vous avez montrĂ© votre courage et tout votre professionnalisme en mettant un terme au phĂ©nomĂšne des coupeurs de route, de mĂȘme avec opiniĂątretĂ©, vous dĂ©mantelez les niches de rĂ©sistance des combattants de Boko Haram Ă  qui ce chef des armĂ©es a dĂ©clarĂ© la guerre sans que jamais, je dis bien jamais, il n’ait endossĂ© l’uniforme ou le moindre gilet pour se rapprocher du thĂ©Ăątre des opĂ©rations afin de galvaniser ses troupes. Et lorsque certains d’entre vous tombent au champ d’honneur, il ne se dĂ©place pas pour apporter du rĂ©confort aux familles de nos hĂ©ros, ou pour leur rendre les derniers honneurs.

Est-ce lĂ  l’idĂ©e prĂ©cise que vous vous faites d’un chef ? J’en doute fort. Plus grave, lorsque la crise sociale du NOSO s’est transformĂ©e en crise sĂ©curitaire, les politiques, dont votre chef, ont vite fait de vous jeter en premiĂšre ligne avec ordre de tirer sur d’autres Camerounais, sans avoir cherchĂ© Ă  vider la dimension qu’offre le dialogue. Et depuis ce temps on ne compte plus les morts, parmi les populations civiles, les sĂ©cessionnistes et mĂȘme dans vos propres rangs. Que d’orphelins, sans compter que de nombreuses familles n’ont pas encore pu faire leur deuil : nos yeux dĂ©bordent de larmes, nous sommes fatiguĂ©s d’inhaler l’odeur fĂ©tide du sang, nous sommes Ă  bout, nous n’en pouvons plus ! Avec la pandĂ©mie de la Covid-19, on a encore pu mesurer la boulimie de nos dirigeants qui ne se sont pas privĂ©s de dĂ©tourner les fonds allouĂ©s Ă  la riposte sanitaire, vous le savez sans aucun doute.

« il n’y a pas de souhait plus largement partagĂ© de nos jours que celui de vous voir rompre votre silence, non pas pour entendre le bruit des bottes, mais simplement pour vous entendre affectueusement nous dire : Nous sommes avec vous ».

Doit-on Ă©ternellement garder le silence sous prĂ©texte qu’on veut prĂ©server la paix dans un pays dĂ©jĂ  si fragilisĂ© et dans la tourmente ? Nous avons peine Ă  croire que vous ne le savez pas ! « Mais rien de plus ambigu que le silence. Il ne laisse pas deviner ni son objet ni son motif ». C’est pourquoi il me plaĂźt de vous dire , Chers frĂšres et sƓurs en tenue qu’il n’y a pas de souhait plus largement partagĂ© de nos jours que celui de vous voir rompre votre silence, non pas pour entendre le bruit des bottes, mais simplement pour vous entendre affectueusement nous dire : Nous sommes des vĂŽtres, nous sommes avec vous. Mon objectif n’est nullement de vous inviter Ă  mettre fin Ă  la descente de plus en plus glissante vers laquelle s’oriente notre pays. Ce serait un mimĂ©tisme dangereux qui risquerait de vous faire passer pour un corps incapable par lui-mĂȘme d’analyse.

L’histoire, nĂ©anmoins, nous enseigne que prenant ses responsabilitĂ©s comme un rempart contre le chaos, l’armĂ©e joue le rĂŽle de dernier recours lorsque les situations apparaissent dĂ©sespĂ©rĂ©es et, stoppant la descente vers l’enfer, elle ouvre la voie Ă  une transition qui traditionnellement s’achĂšve par des Ă©lections. Vous ĂȘtes- vous demandĂ©s si les mĂȘmes causes produisent toujours les mĂȘmes effets ! Ce qui s’est passĂ© ailleurs pourrait-il nĂ©cessairement se produire chez nous ? Qu’adviendra-t-il de nous, qui sommes habituĂ©s Ă  nous terrer ?

Me Yondo Black

« Est-il normal qu’un homme Ă©lu Ă  plus de 70% ne soit plus aperçu nulle part, et soit totalement inaudible devant tant de dangers que court le pays ? »

Attention, pas de mimĂ©tisme, Surtout pas ! Pas d’idĂ©ologies importĂ©es. Gardons-nous en. Sur le plan politique, nous sommes dans l’impasse, et une classe d’hommes a tout confisquĂ© Ă  son profit alors que la voix de votre chef ne se fait sentir dĂ©sormais que par dĂ©cret. Il y a lĂ  un danger auquel, je crois, la nation est exposĂ©e. Est-il normal qu’un homme Ă©lu Ă  plus de 70% ne soit plus aperçu nulle part et soit totalement inaudible devant tant de dangers que court le pays ?

La sociĂ©tĂ© est bloquĂ©e et il nous semble impĂ©ratif d’intĂ©grer que les Camerounais qui Ă©prouvent le besoin fort et lĂ©gitime de construire un nouveau contrat social se retrouvent autour d’une table pour engager une vĂ©ritable palabre sur des questions qui gĂȘnent : le retour Ă  la paix au NOSO, la forme de l’Etat et un systĂšme Ă©lectoral consensuel, notamment. Vous ĂȘtes du peuple, vous connaissez les souffrances de votre peuple, vous avez le devoir de protĂ©ger ce peuple. La nation vous sera Ă  jamais reconnaissante. C’est le cri du cƓur d’un citoyen de base qui en appelle Ă  la contribution de tous pour une paix des braves, pour le plus grand bien de notre patrie sans laquelle nous n’existons pas : le Cameroun ! « Une conscience qui fait autant de bruit qu’une arme Ă  feu est D’une grande paix » Jacques NTEKA BOKOLO’’

Me Yondo Black

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🔮 Louis Marie Kakdeu: « Il y a une solution simple pour limiter les affrontements communautaires au Cameroun »

Cameroun: Trois mesures pour limiter les affrontements intercommunautaires
Par Louis-Marie Kakdeu, PhD & MPA

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Au Cameroun, Les violences et affrontements intercommunautaires font dĂ©sormais partie du paysage quotidien des citoyens du pays Ă  la fois dans le monde virtuel (rĂ©seaux sociaux) que dans le rĂ©el. Au-delĂ  des vellĂ©itĂ©s de sĂ©cession qui secoue la partie anglophone depuis novembre 2016, l’on a notĂ© depuis 2019 une dizaine d’affrontements intercommunautaires. Ce 04 septembre 2020, les Sawa ont signĂ© un mĂ©morandum et manifestĂ© contre la nomination des « chefs allogĂšnes » chez eux. Aussi, des appels Ă  la haine tribale se multiplient sur les rĂ©seaux sociaux, compromettant sĂ©rieusement la paix dans le pays. Notre prĂ©occupation est de savoir ce qui pose problĂšme et ce qu’il faut faire pour apporter des solutions.

Sur ce chemin de la recherche de la solution, certains proposent le fĂ©dĂ©ralisme comme Ă©tant une panacĂ©e. Ils expliquent que le fĂ©dĂ©ralisme viendra rĂ©soudre les problĂšmes communautaires, ce qui est trĂšs discutable dans la mesure oĂč notre sociĂ©tĂ©, camerounaise ou non, est une rĂ©alitĂ© cosmopolite. Il n’y aura JAMAIS homogĂ©nĂ©itĂ© culturelle et ethnique dans une localitĂ© au Cameroun. Le fĂ©dĂ©ralisme n’a pas vocation Ă  homogĂ©nĂ©iser les communautĂ©s. Cela veut dire que les gens proposent une mauvaise solution pour un vrai problĂšme. Nous avons L’OBLIGATION de rĂ©flĂ©chir sur un projet de vivre-ensemble dans le cadre d’une sociĂ©tĂ© multiculturelle et cosmopolite. Voici mes trois propositions :

1- Réformer le statut inégalitaire des citoyens et promouvoir la citoyenneté résidentielle

Toutes les localitĂ©s du Cameroun sont cosmopolites mais, la citoyennetĂ© reste identitaire au lieu d’ĂȘtre rĂ©sidentielle. Je dĂ©fends la citoyennetĂ© rĂ©sidentielle. C’est elle qui est en droite ligne avec les exigences dĂ©mocratiques appliquĂ©es dans les Etats modernes. La migration est un phĂ©nomĂšne courant voir normale et naturelle, mais certains l’envisagent encore comme Ă©tant un problĂšme pour la cohĂ©sion sociale. Mon hypothĂšse d’intervention est que si nous voulons crĂ©er une paix durable, alors nous devons Ă©viter de crĂ©er de par la Constitution, deux catĂ©gories de citoyens dans un mĂȘme pays : l’autochtone (citoyen plein) et l’allogĂšne (sous-citoyen). Le piĂšge est que chaque citoyen est tantĂŽt autochtone tantĂŽt allogĂšne en fonction de sa situation gĂ©ographique dans le pays. C’est en dĂ©calage avec les exigences du fonctionnement d’un Etat moderne. On tend Ă  oublier au Cameroun/Afrique qu’un Etat fonctionne grĂące aux impĂŽts et que celui qui paie ses impĂŽts a le droit de regard sur sa cotisation. Et donc, l’on fabrique un Etat dans lequel les Autochtones et les AllogĂšnes sont soumis aux mĂȘmes devoirs civiques et aux droits diffĂ©rents. C’est un projet d’escroquerie politique. La citoyennetĂ© est rĂ©sidentielle dans tous les Etats modernes du monde. Si le Cameroun veut aussi ĂȘtre moderne un jour, il devra s’y accommoder. Un digne fils ou fille d’une localitĂ© n’est pas, au sens moderne, celui ou celle dont les parents sont installĂ©s depuis plusieurs gĂ©nĂ©rations (nous sommes toutes et tous des migrants) ; mais, celui ou celle qui contribue dignement Ă  construire la localitĂ©.
Que faut-il faire pour promouvoir la citoyennetĂ© rĂ©sidentielle ? Il faut rĂ©former la Constitution sans forcĂ©ment changer la forme de l’Etat (ceux qui me lisent savent dĂ©jĂ  que je ne trouve pas que le fĂ©dĂ©ralisme soit une panacĂ©e). Bien qu’au Titre premier, Article premier, AlinĂ©a 2 de la Constitution, il soit prĂ©vu que la RĂ©publique du Cameroun assure l’égalitĂ© de tous les citoyens devant la loi, on observe que la mĂȘme Constitution, au mĂȘme Titre premier, mĂȘme Article premier et mĂȘme AlinĂ©a 2 reconnaĂźt les valeurs traditionnelles sous rĂ©serve du respect des valeurs dĂ©mocratiques qui ne sont pas requises dans les faits.

« Le terme « allogÚne » est violent dans sa forme actuelle et la dichotomie autochtone/allogÚne contenue dans la Constitution camerounaise est inappropriée »

Par consĂ©quent, les personnes qui sont « dans leur village [oĂč elles ont une descendance multisĂ©culaire) » ont la primautĂ© sur celles qui rĂ©sident au village avec une descendance rĂ©cente (allogĂšne). Ces villages sont organisĂ©s autour d’une chefferie traditionnelle oĂč les allogĂšnes n’ont ni rang ni classe en violation des « valeurs dĂ©mocratiques ». Pire, la mĂȘme Constitution engage l’Etat Ă  prĂ©server les droits des populations « autochtones ». En ne dĂ©finissant pas le terme « autochtones », cette Constitution crĂ©e le doute et la confusion ; toutefois, il s’agit au sens du Haut-commissariat des Nations Unies pour des Droits de l’Homme des «descendants de ceux qui habitaient dans un pays ou une rĂ©gion gĂ©ographique Ă  l’Ă©poque oĂč des groupes de population de cultures ou d’origines ethniques diffĂ©rentes y sont arrivĂ©s et sont devenus par la suite prĂ©dominants, par la conquĂȘte, l’occupation, la colonisation ou d’autres moyens ». Dans cette dĂ©finition, c’est la notion de minoritĂ© qui ressort et qui nĂ©cessite une protection juridique. Comme dans tout Etat moderne et dĂ©mocratique, il faut plutĂŽt introduire la notion de minoritĂ© dans la Constitution et assurer leur protection. J’ai l’habitude de dire que les problĂšmes sont mal posĂ©s au Cameroun.
Le terme « allogĂšne » est violent dans sa forme actuelle et la dichotomie autochtone/allogĂšne contenue dans la Constitution camerounaise est inappropriĂ©e. En matiĂšre de droits humains, l’on protĂšge les minoritĂ©s ; or, aucun texte lĂ©gislatif ou rĂ©glementaire ne dĂ©finit les minoritĂ©s ethniques au Cameroun. A la rigueur, seuls les pygmĂ©es mĂ©ritent actuellement d’ĂȘtre protĂ©gĂ©s. Pour le reste, il est difficile de dire qu’il existe des « peuples autochtones » au Cameroun au sens des instruments internationaux.
Ce concept Ă  connotation primitive importĂ© dans la Constitution camerounaise est source de confusion. Dans le droit international, le terme anglais « indigenous/indigena » a Ă©tĂ© traduit en français par « autochtone » pour Ă©viter le terme « indigĂšne » qui renvoie Ă  la catĂ©gorie juridique des « sujets indigĂšnes » de l’Empire colonial français (« Code de l’indigĂ©nat »). Il convient pour les Camerounais/Africains d’utiliser ces termes avec modĂ©ration. Le Cameroun doit respecter son engagement constitutionnel de garantir que « Toute personne a le droit de se fixer en tout lieu et de se dĂ©placer librement [sur l’ensemble du territoire national]».

2- Réformer le droit de propriété et protéger la propriété privée

En marge des affrontements intercommunautaires au Cameroun, se trouve la croyance des autochtones qu’ils ont le pouvoir de « chasser [exproprier] » les allogĂšnes en marge du droit. Les autochtones se croient investis du pouvoir de « faire la loi » chez eux. En l’état, il n’existe pas de sĂ©curitĂ© d’investir au Cameroun en dehors de son village (d’origine) ; un jour et en cas de dĂ©saccord avec les autochtones, le « propriĂ©taire » peut ĂȘtre « chassĂ©/ expropriĂ© » sous le regard passif des autoritĂ©s publiques. Cela fait croire aussi aux allogĂšnes qu’ils peuvent ĂȘtre « chassĂ©s » parce que le pouvoir de l’Etat est dĂ©tenu par un « autochtone ». D’oĂč la violence du combat politique pour le contrĂŽle du pouvoir de l’Etat.
Pour ma part, la solution se trouve dans la rĂ©forme du droit de propriĂ©tĂ©. Dans un Etat moderne qui se veut dĂ©mocratique, le droit de propriĂ©tĂ© est sacrĂ©. Aussi, il serait injuste au sens des libertĂ©s individuelles de s’attaquer aux biens d’autrui. Ni l’Etat, ni les autochtones ne doivent pouvoir « chasser » un propriĂ©taire privĂ© contre son grĂ© sous prĂ©texte qu’il est « allogĂšne ». Il convient de renforcer les bases de la libertĂ© et du droit dans notre sociĂ©tĂ©. Au-delĂ  du problĂšme de vivre-ensemble, ce nouveau modĂšle de sociĂ©tĂ© est plus propice au dĂ©veloppement dans la mesure oĂč il permettrait de rassurer les investisseurs et d’attirer des ressources extĂ©rieures (IDE) nĂ©cessaires aux financements des investissements intĂ©rieurs. Il garantirait un systĂšme libre et Ă©quitable: droits de propriĂ©tĂ© et droit de rĂ©sidence inviolables. Certains communautaristes au Cameroun semblent dĂ©fendre le projet de construction d’une vie en autarcie. Or, ils ignorent qu’un Etat moderne a besoin d’attirer les capitaux Ă©trangers pour se dĂ©velopper et que personne ne viendrait investir lĂ  oĂč il peut ĂȘtre « chassĂ© » au premier dĂ©saccord. Le dĂ©saccord est normal dans la vie des ĂȘtres humains et certains veulent faire croire qu’il n’y aura jamais de dĂ©saccord ou d’escroquerie entre frĂšres et sƓurs du village. Mensonge !

3- Lutter contre l’Etat providence et promouvoir la libre compĂ©tition

Mon hypothĂšse ici est que la prĂ©caritĂ© socioĂ©conomique et la paupĂ©risation de notre sociĂ©tĂ© exacerbent les replis identitaires. Dans la recherche du bouc-Ă©missaire, le « Nous » pense que le « Eux » reprĂ©sente une menace pressante en raison de la raretĂ© des ressources pour la survie. Les autochtones pensent donc qu’ils galĂšrent Ă  cause des allogĂšnes qui profitent aussi de leurs ressources. Ils pensent qu’en chassant les allogĂšnes, leurs ressources leur suffiraient, ce qui est une illusion. La rĂ©flexion Ă©conomique a pour vocation de permettre l’optimisation des ressources dans ces cas oĂč la demande est supĂ©rieure Ă  l’offre. Le rĂ©gime Biya a Ă©chouĂ© Ă  conduire Ă  bien cette rĂ©flexion Ă©conomique. Au lieu de fuir le dĂ©bat, il faut mener cette rĂ©flexion. Le contexte Ă©conomique national est caractĂ©risĂ© par l’existence des ressources limitĂ©es et des opportunitĂ©s illimitĂ©es de production, de transformation ou de distribution. Au sein des Ă©conomistes, deux modĂšles de sociĂ©tĂ© (avec prix Nobel chacun) cohabitent de façon conflictuelle : Une premiĂšre approche qui serait plutĂŽt keynĂ©sienne pousse la population Ă  attendre de l’Etat qu’il favorise la consommation en vue de la relance. Une autre approche plutĂŽt libĂ©rale (Paul Krugman) pense que la mondialisation (et donc la migration) n’est pas coupable et que le libre-Ă©change (l’ouverture des marchĂ©s) dispose plutĂŽt des vertus. Au Cameroun, les ressources de l’Etat se font rares et les citoyens se rĂ©voltent. Les jeunes qui se retrouvent au chĂŽmage et dans l’oisivetĂ©, sombrent dans l’incivisme. Dans les faits, les jeunes oisifs (qui attendent tout de l’Etat) s’attaquent aux biens des jeunes entrepreneurs (qui n’attendent rien de l’Etat) parce que ces derniers seraient allogĂšnes (libĂ©raux). L’Etat providence et le jacobinisme promu par le colon français avaient fait croire que la rĂ©ussite sociale se trouvait plutĂŽt dans la fonction publique de l’Etat. Or, il n’en est rien !

« Dans son discours de fin d’annĂ©e, Paul Biya a l’habitude de donner le nombre d’emplois crĂ©Ă©s au lieu du nombre d’entreprises crĂ©Ă©es. Dans un Etat moderne, ce sont les entreprises qui crĂ©ent la richesse et non l’Etat ! »


Les affrontements identitaires au Cameroun sont aussi le fruit de l’affrontement de ces deux modĂšles de sociĂ©tĂ©. Ceux qui n’attendent rien de l’Etat ne sont pas intĂ©ressĂ©s par le quota ethnique dans les concours ou dans l’appareil de l’Etat.
Dans une sociĂ©tĂ© de plus en plus ouverte, il convient de remettre en question l’idĂ©e de l’Etat providence. Il faudrait promouvoir l’égalitĂ© de traitement et donner la possibilitĂ© Ă  tout citoyen d’ĂȘtre compĂ©titif. Il s’agit simplement de la promotion de la libre entreprise et/ou de l’esprit d’entrepreneuriat. Cela passe par le dĂ©placement du symbole de la rĂ©ussite sociale de l’obtention du matricule (intĂ©gration dans la fonction publique) Ă  la crĂ©ation d’une entreprise. Dans son discours de fin d’annĂ©e, Paul Biya a l’habitude de donner le nombre d’emplois crĂ©Ă©s (approche keynĂ©sienne) au lieu de donner le nombre d’entreprises crĂ©Ă©es. Dans un Etat moderne, ce sont les entreprises qui crĂ©ent la richesse et non l’Etat !
S’il est vrai que l’Etat ne peut pas recruter tous les citoyens dans la fonction publique, il lui est en revanche possible de permettre Ă  chaque citoyen de crĂ©er son entreprise et d’aspirer Ă  la richesse. A l’image du « American dream », il faut libĂ©rer les ascenseurs sociaux pour favoriser le « Cameroon dream » en vue de permettre aux citoyens ordinaires d’aspirer librement Ă  l’argent, au pouvoir et Ă  la gloire. Cette possibilitĂ© de rĂȘver n’est possible qu’avec l’ouverture des frontiĂšres communautaires et la prĂ©paration Ă  la libre compĂ©tition. Le « Nous [autochtones] » ne percevra plus le « Eux [allogĂšnes/immigrĂ©s] » comme menace dans la mesure oĂč chacun aura droit Ă  son rĂȘve au-delĂ  des barriĂšres communautaires. Un BĂ©ti/BamilĂ©kĂ© qui crĂ©e son entreprise ne peut pas rĂȘver ne vendre qu’à l’intĂ©rieur de sa communautĂ© ethnique. Notre modĂšle d’ouverture crĂ©erait la croissance nĂ©cessaire pour gĂ©nĂ©rer le financement des biens publics actuellement demandĂ©s par le citoyen (eau, Ă©nergie, route, Ă©cole, hĂŽpitaux, logements sociaux, etc.).

En somme, nous pensons que pour limiter les affrontements communautaires au Cameroun, il faut promouvoir la citoyennetĂ© rĂ©sidentielle, la protection de la propriĂ©tĂ© privĂ©e et la libre entreprise. Ce sont-lĂ  des bases solides pour construire une nouvelle justice sociale et un nouvel ordre social consensuel. C’est le modĂšle qui cadre le plus avec les exigences de droits humains et de libertĂ©s fondamentales. C’est le modĂšle qui cadre le plus avec les exigences d’un Etat moderne et dĂ©mocratique. Tous ceux qui sont en Europe ou aux Etats-Unis vivent dans ce modĂšle sans le savoir pour certains.

Louis Marie Kakdeu

Dr Louis Marie Kakdeu

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